Depuis quelques jours, certains médias évoquent l’hypothèse d’un déploiement massif de troupes américaines vers l’Iran, certains allant jusqu’à évoquer 60 000 soldats. La réalité militaire est très différente. Les forces américaines présentes au Moyen-Orient ne constituent pas une armée d’invasion prête à pénétrer en Iran, mais un dispositif essentiellement aérien et naval destiné à contrôler l’espace régional et à mener des frappes ciblées. Des soldats de l’armée de terre et des US Marines présents ne peuvent faire qu’une opération limitée.
Une présence militaire ancienne et structurée autour du golfe
Les États-Unis disposent depuis des décennies d’un dispositif militaire important au Moyen-Orient, organisé sous l’autorité du United States Central Command, chargé de superviser les opérations militaires américaines dans la région. Cette présence est relativement stable et oscille généralement entre 40 000 et 50 000 militaires selon les périodes et les rotations de navires. Ces forces sont réparties dans plusieurs pays du Golfe. Le Qatar abrite la base d’Al-Udeid, véritable centre névralgique des opérations aériennes américaines dans la région. Le Koweït constitue le principal hub logistique terrestre avec plusieurs camps militaires accueillant des brigades et des unités de soutien. Bahreïn accueille quant à lui la 5ᵉ flotte américaine, chargée de surveiller le Golfe persique et le détroit d’Ormuz. D’autres bases importantes existent également aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite ou en Jordanie. Mais contrairement à ce que suggèrent certains commentaires alarmistes, ces effectifs ne constituent pas une armée prête à envahir un pays. Ils sont dispersés sur une vaste zone et remplissent principalement des missions de surveillance, de dissuasion et de projection aérienne.
Une domination très nette de l’aviation et de la marine
La répartition des effectifs révèle la véritable nature de la stratégie américaine dans la région. La composante la plus importante est l’aviation. L’US Air Force représente près de la moitié des effectifs avec environ 18 000 à 20 000 militaires. Les bases aériennes du Golfe accueillent des chasseurs, des drones, des avions de surveillance et des appareils de ravitaillement en vol. Cette infrastructure permet aux États-Unis de contrôler l’espace aérien régional et de mener des frappes à longue distance si nécessaire. La seconde composante est navale. La présence maritime américaine est organisée autour de la 5ᵉ flotte, stationnée à Bahreïn. Plusieurs destroyers, croiseurs et parfois un groupe aéronaval complet patrouillent régulièrement dans le Golfe et dans la mer d’Arabie. Ces bâtiments sont capables de lancer des missiles de croisière, d’assurer la protection des routes pétrolières et de sécuriser le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part importante du pétrole mondial. L’armée de terre, contrairement à une idée répandue, n’est pas dominante dans ce dispositif. Les forces terrestres américaines représentent environ 6 000 à 8 000 soldats, principalement stationnés au Koweït avec essentiellement des soldats de 82e aéroporté (3500 à 4000 personnels). Leur mission est surtout logistique et défensive : protéger les bases, assurer l’approvisionnement des forces et maintenir une capacité de déploiement rapide en cas de crise. À cela s’ajoutent 2500 Marines, embarqués sur le USS Tripoli, ainsi qu’e des unités qu’un millier de forces spéciales chargées de missions de renseignement et d’opérations ciblées. 2500 marines ont quitté San Diego il y a quelques jours sur le USS Boxer.
Un dispositif conçu pour frapper, pas pour envahir
Cette structure révèle une réalité stratégique claire. Le dispositif américain au Moyen-Orient est conçu pour contrôler l’espace aérien et maritime et pour mener des opérations rapides, mais pas pour conduire une invasion terrestre massive. Une opération militaire terrestre contre un pays comme l’Iran nécessiterait un volume de forces très supérieur. À titre de comparaison, l’invasion de l’Irak en 2003 avait mobilisé environ 150 000 soldats américains (Avec 45 000 britanniques). L’Iran est un territoire beaucoup plus vaste, montagneux et peuplé de près de 90 millions d’habitants. Une opération de conquête exigerait probablement plusieurs centaines de milliers de soldats. Dans ce contexte, les 10 à 15 000 militaires américains en mesure de mener une opération terrestre ne pèsent pas lourd. Ils permettraient aux États-Unis d’intervenir rapidement, de sécuriser les routes énergétiques et de frapper des cibles stratégiques si nécessaire, mais ils ne représentent en aucun cas une force prête à mener une invasion terrestre de l’Iran. Il est cependant possible que les américains puissent envahir les iles du détroit d’Ormuz. Auquel cas l’Oncle Sam pourrait s’emparer d’un des endroits les plus stratégiques de la planète.









