La dernière édition du baromètre européen de la précarité alimentaire, publiée le 20 mars, confirme une tendance préoccupante en France : 21 % des enfants scolarisés se rendent à l’école sans avoir pris de petit-déjeuner au moins une fois par semaine.
Réalisée par le cabinet Spark Market Research pour le compte de Kellogg’s, cette étude s’appuie sur les réponses de 7 000 personnes, dont 1 750 enseignants issus de six pays européens. Pour la France, les données confirment une progression continue de la précarité alimentaire dans les foyers, en particulier ceux comptant de jeunes enfants.
Une hausse structurelle des situations de privation alimentaire
En 2016, déjà 4 % des enfants français allaient en classe le matin sans avoir mangé. Huit ans plus tard, cette proportion a plus que quintuplé. Les résultats de l’enquête mettent en évidence une aggravation corrélée à l’évolution des conditions économiques : l’inflation, combinée à la stagnation des revenus modestes, entraîne une révision contrainte des comportements alimentaires.
Aujourd’hui, près d’un quart des Français (22 %) indiquent avoir des difficultés à nourrir leur foyer, et un sur quatre (25 %) exprime une inquiétude constante à l’égard de son budget alimentaire, contre 14 % en 2016. Le petit-déjeuner, considéré à tort comme secondaire, devient le premier repas sacrifié. Selon le baromètre, 16 % des personnes interrogées déclarent ne pas prendre de petit-déjeuner, et 7 % précisent que ce renoncement est lié à des raisons strictement financières.
Des effets visibles sur le temps scolaire et la concentration des enfants
Dans les écoles, les conséquences sont visibles et mesurables. Un enseignant français sur trois affirme observer une augmentation du nombre d’élèves qui ont faim au début de la journée scolaire. Deux sur cinq signalent que certains élèves arrivent quotidiennement sans avoir rien consommé depuis la veille. L’impact sur le déroulé des cours est tangible : en moyenne, trois heures par semaine sont consacrées par les enseignants à la gestion des effets liés à l’absence de petit-déjeuner, principalement en matière de concentration et de fatigue.
Cette perte de disponibilité cognitive chez les enfants peut compromettre leur progression scolaire, en particulier dans les établissements où les situations de vulnérabilité sont déjà fortement représentées. Selon l’étude, 66 % des enseignants interrogés estiment aujourd’hui que l’absence de petit-déjeuner constitue un obstacle majeur à l’apprentissage, contre 55 % en 2023.
Une perception parentale déconnectée des enjeux nutritionnels pour leurs enfants
Malgré la multiplication des études soulignant l’importance du petit-déjeuner, 61 % des parents ne le considèrent pas comme un repas déterminant. Ce décalage entre les recommandations nutritionnelles et les pratiques effectives, souvent induit par des contraintes économiques, souligne la nécessité de renforcer les politiques d’information et d’accompagnement à destination des familles.
Cette inadéquation entre perception et réalité constitue un facteur aggravant pour les enfants les plus exposés aux inégalités alimentaires. Les privations régulières, même ponctuelles, peuvent à terme affecter leur équilibre nutritionnel et leur insertion scolaire.
Réponses associatives et partenariats privés
Dans ce contexte, plusieurs programmes ont été développés pour tenter d’apporter des réponses concrètes. Depuis 2019, le programme “Un petit-déjeuner pour tous”, mis en place par Kellogg’s avec le réseau d’épiceries solidaires Andès, a permis de soutenir les familles précaires à travers la distribution de kits petit-déjeuner et l’organisation d’ateliers pédagogiques. En cinq ans, 223 structures ont participé à cette initiative, qui a bénéficié à plus de 8 000 personnes.
Par ailleurs, un partenariat renouvelé avec la Croix-Rouge française permet à 2 200 enfants accueillis dans des établissements de protection de l’enfance de bénéficier d’ateliers d’éveil sensoriel autour de l’alimentation.
Une problématique durable aux répercussions économiques
Au-delà des conséquences individuelles sur la santé et la réussite scolaire des enfants, la précarité alimentaire pose une série d’enjeux collectifs.
Pour y répondre, plusieurs leviers sont identifiés : renforcer les dispositifs publics de soutien aux familles, promouvoir l’intégration de repas sains dans les environnements scolaires, et généraliser les programmes de sensibilisation nutritionnelle, notamment dans les zones dites « prioritaires ».








