Présence de femmes voilées à l’Assemblée Nationale : tenue inacceptable, selon Yaël Braun-Pivet

La présence de plusieurs jeunes filles voilées dans les tribunes de l’hémicycle de l’Assemblée nationale a déclenché mercredi 6 novembre 2025 une polémique politique. Yaël Braun‑Pivet, présidente de l’institution, a qualifié cette situation « d’inacceptable », ce qui suscite une vague de réactions partisanes sur le port du voile, la laïcité et les limites de la liberté de visite.

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Présence de femmes voilées à l'Assemblée Nationale : tenue inacceptable, selon Yaël Braun-Pivet
Présence de femmes voilées à l’Assemblée Nationale : tenue inacceptable, selon Yaël Braun-Pivet © www.nlto.fr

Mercredi 5 novembre 2025, lors d’une séance budgétaire à l’Assemblée nationale, des jeunes filles visiblement voilées étaient présentes dans les tribunes publiques du Palais-Bourbon. Cette apparition a ainsi fait surgir un débat vif autour de l’Assemblée nationale et du port du voile, au cœur des valeurs républicaines.

Contexte et prise de position de Yaël Braun-Pivet

La photo-véhicule initiale, diffusée par le média identitaire Frontières sur X, montrait « cinq femmes voilées, dont certaines semblent très jeunes » dans les tribunes de l’Assemblée nationale. Interpellée par des députés de l’extrême droite, comme Julien Odoul (RN) qui évoquait « une infâme provocation », la présidente a réagi, rapporte Le JDD.

Yaël Braun-Pivet a estimé : « Au cœur même de l’hémicycle, il me paraît inacceptable que de jeunes enfants puissent porter des signes religieux ostensibles dans les tribunes. » Elle a en outre appelé à « une extrême vigilance pour que cela ne se reproduise pas. C’est une question de cohérence républicaine. » , d’après les propos rapportés par Le Dauphiné Libéré.

En intervenant ainsi, Braun-Pivet fait du Assemblée nationale un espace symbolique de la laïcité et rappelle la loi de 2004 sur la laïcité à l’école, appliquée selon elle à ce cas.
Cependant, le règlement de l’Assemblée ne mentionne pas explicitement l’interdiction du voile pour les visiteurs : selon l’article 8, « le public doit porter une tenue correcte, rester assis, découvert et en silence ». Mais cette formule « découvert » n’a jamais été appliquée systématiquement aux signes religieux, relève La Dépêche.

Ainsi, la dénonciation de Braun-Pivet rassemble deux volets : d’une part, une critique formelle de la présence des voiles au sein de l’Assemblée ; d’autre part, une volonté de réaffirmer ce qu’elle estime être la cohérence républicaine dans l’enceinte du Parlement.

Les réactions politiques et l’onde de choc

Réactions de soutien à Braun-Pivet et à l’extrême droite

Du côté du Rassemblement national (RN), la sortie a été saluée, notamment par Jordan Bardella, qui a estimé que « la France n’est pas une terre islamique ; le voile devrait être interdit dans les sorties scolaires ». Le député Julien Odoul avait déjà interpellé la présidente : « Comment peut-on tolérer que des petites filles recouvertes du voile islamique soient présentes dans les tribunes de l’Assemblée nationale, temple de la République française ? »
Ces propos illustrent une ligne politique qui considère le voile comme un signe incompatible avec l’espace public républicain, et utilise l’Assemblée nationale comme terrain symbolique de cette bataille.

Critiques de la gauche et du camp pluraliste

À l’inverse, le parti La France insoumise (LFI) a vivement critiqué l’attitude de Braun-Pivet. Le président de la commission des Finances, Éric Coquerel, a accusé la présidente de l’Assemblée de « donner raison à un média d’ultra-droite », rapporte Le Figaro. Sa collègue Sarah Legrain a jugé « gravissime » la déclaration, estimant qu’elle indiquait que « de jeunes femmes musulmanes ne seraient pas les bienvenues pour assister aux débats publics. »

Pour la secrétaire nationale des Europe Écologie – Les Verts, Marine Tondelier, « porter le voile à l’Assemblée nationale n’est pas interdit », et « si cela l’avait été, les huissiers ne les auraient pas laissées entrer. »

Ces réactions suggèrent un conflit entre la préservation de la laïcité et le respect des libertés individuelles, prenant pour champ de bataille l’Assemblée nationale.

Enjeux juridiques et symboliques

Le débat dépasse un simple fait d’actualité : il touche à l’interprétation du règlement de l’Assemblée nationale et à la portée de la loi de 2004 sur la laïcité dans un lieu visité par le public. L’Assemblée s’en tient à ce que le public soit « découvert », mais sans mention explicite du voile.
Or, certains législateurs voient dans cette situation une « instrumentalisation de la laïcité comme l’extrême droite ». La symbolique est forte : l’Assemblée nationale devient un terrain où s’affrontent deux visions de la République.

Le voile, la République et l’hémicycle

La polémique autour de l’Assemblée nationale et du voile raconte à la fois une affaire de visibilité, de réglementation et de principe. D’un côté, plusieurs jeunes filles voilées assises dans les tribunes ont été perçues comme une transgression par la présidente de l’Assemblée. De l’autre, la réglementation ne prévoit pas d’interdiction claire du voile pour les visiteurs.
En ce sens, la scène interroge : dans l’enceinte de la République, faut-il poser des limites au port de signes religieux ? Et si oui, selon quel fondement ? Ce cas dans l’hémicycle relance un débat qui secoue déjà l’ensemble du pays. L’Assemblée nationale, lieu par excellence de la représentation démocratique, est ainsi le miroir d’un conflit politique plus large sur le voile et la république.

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