Chaque année, à l’approche de Noël, une poignée d’organisations hyper-militantes se lance dans sa grande croisade : sauver la République d’un péril immanent : la crèche municipale. Armées de communiqués enflammés, de recours administratifs et d’une vision très sourcilleuse de la laïcité, ces minorités agissantes entendent protéger le peuple… contre lui-même. Sauf que le peuple, lui, voulait juste fêter Noël tranquille, que dis-je, avec cette terminologie fasciste : les fêtes de fin d’année.
Les chevaliers de la neutralité absolue
La Fédération nationale de la Libre Pensée, la Ligue des droits de l’Homme et leurs cousins laïques autoproclamés issus de la franc-maçonnerie tendance Grand Orient de France se sont trouvés une mission sacrée : empêcher que la France sombre dans la théocratie provençale à cause d’un santon mal placé. Pour eux, une crèche culturelle est un oxymore, un cheval de Troie religieux, un attentat décoratif contre la République. Le bébé en plastique devient une menace pour l’ordre public, le bœuf et l’âne des agents d’infiltration, la paille un message confessionnel codé. Ces organisations, minuscules dans la vie réelle, se rêvent en dernier rempart de la liberté. Dans les faits, elles passent leurs hivers à examiner des figurines en terre cuite comme s’il s’agissait d’armes de destruction massive. Il est bien dérisoire qu’une bande d’illuminés de la laïcité consacre de l’énergie, de l’argent public au travers de leurs subventions (719 000 € en 2024 rien que pour la Ligue des Droits de l’Homme) et des dons qui leur sont faits pour aller mener des actions aussi essentielles pour la France et la défense des droits de l’homme et du santon. C’est en effet important d’encombrer la justice avec de telles causes alors qu’en même temps les tribunaux n’arrivent même plus à traiter les affaires importantes. Consternant, ridicule et dérisoire.
Quand la défense des droits de droit cache d’abord une vision totalitaire
Le plus amusant, c’est que ces mouvements se revendiquent champions de la liberté et des droits de l’Homme. Ils défendent tout, sauf le droit de poser une crèche dans un hall municipal sans être accusé de tentative de coup d’État liturgique. Leur conception de la laïcité est si rigide qu’elle finit par ressembler à un dogme, avec ses gardiens, ses règles intangibles et ses tribunaux. Et surtout son péché mortel : laisser un élu local, un agent communal ou un parent d’élève croire innocemment qu’une crèche puisse être un élément du patrimoine français plutôt qu’un manifeste religieux clandestin. Sous prétexte de protéger la société, ils en profitent pour imposer une vision du monde que personne ne leur a demandée, sinon eux-mêmes. Autoritarisme, dérive totalitaire, probablement. Une chose est sûre, parés de la légitimité autoproclamée des droits de l’Homme (En fait c’est une juste une association avec un nom), ces organisations ne représentent personne, à peine quelques milliers d’adhérents, et pourtant elles imposent, au nom de lois inadaptées, leur vision au plus grand nombre. La majorité trouve leur soi-disant combat à la fois ridicule et méprisable, mais ils continuent bêtement. Ils prennent des avocats à qui l’on verse des honoraires, et qui passent leur samedi à manifester. Franchement, une ligue qui se dit des droits de l’Homme ou une association qui se réclame de la libre pensée n’a pas d’autres causes plus importantes ? Visiblement non.
La France réelle continue de vivre pendant que ces minorités jouent à se faire peur
Pendant que ces organisations livrent leur grande bataille symbolique, leur croisade (euh, non, pardon pour cette comparaison non laïque), la France, la vraie, installe ses sapins, se promène sur les marchés de Noël et admire la crèche du village sans s’imaginer un instant qu’elle met la République en péril. Les citoyens vivent, rient, décorent, fêtent, bref, tout ce que ces militants semblent redouter profondément. Car leur combat repose sur un paradoxe délicieux : prétendre défendre la liberté en passant leur temps à dire aux gens ce qu’ils n’ont pas le droit d’exposer, de regarder ou de trouver joli. Au fond, leur croisade anticrèche n’est pas un combat laïque, mais un théâtre d’ombres où quelques minorités bruyantes jouent à sauver un pays qui ne leur a rien demandé. Et qui, chaque année, continue malgré tout de fêter Noël.









