La publication progressive des archives judiciaires américaines liées à Jeffrey Epstein a fait surgir plusieurs noms français, ou liés à la France, dans un dossier longtemps perçu comme essentiellement anglo-saxon. Il ne s’agit pas toujours de mises en examen ni d’accusations pénales, mais de courriels publiés, de correspondances établies, de structures financières identifiées et d’enquêtes ouvertes. Pris isolément, ces éléments peuvent sembler disparates ; mis en perspective, ils dessinent une cartographie précise des réseaux français qui ont croisé la trajectoire du financier américain après sa condamnation de 2008.
Le cas le plus lourd reste celui de Jean-Luc Brunel, agent de mannequins longtemps implanté à Paris et à New York, dont le nom apparaît de manière récurrente dans les témoignages de victimes et dans les archives américaines comme relais du dispositif de recrutement de jeunes filles. Arrêté en France en 2020, mis en examen pour viols sur mineures et proxénétisme aggravé, il est mort en détention en 2022 avant d’être jugé, laissant derrière lui un vide judiciaire et de nombreuses interrogations sur l’ampleur exacte de ses connexions françaises. Dans son cas, il ne s’agit pas d’une simple mention dans des fichiers mais d’une procédure pénale structurée, distincte du reste des situations françaises.
À un autre niveau se situe Olivier Colom, ancien conseiller diplomatique à l’Élysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Des courriels publiés à partir des archives américaines montrent qu’il a écrit en 2013 à Epstein afin de lui présenter Bruno Le Maire comme un ami et potentiel candidat à l’élection présidentielle, suggérant un appui financier. Ces échanges relèvent du réseautage politique et de la recherche de soutiens et aucun élément publié ne les relie aux infractions sexuelles du dossier, mais ils révèlent qu’Epstein était perçu comme un acteur disposant d’une capacité d’influence financière transnationale susceptible d’intéresser certains cercles politiques français.
Les révélations ont également concerné Jack Lang, dont le nom apparaît dans des correspondances et des contacts documentés avec Epstein. Ancien ministre et président de l’Institut du monde arabe, il a vu sa proximité passée avec le financier analysée à l’aune des nouvelles publications. La presse a évoqué des échanges suivis et des interactions sociales inscrites dans la durée, ainsi que l’ouverture d’investigations portant sur des aspects financiers connexes. Aucune accusation de participation aux crimes sexuels d’Epstein n’a été retenue à son encontre à ce stade, mais la question politique demeure celle de la nature et du maintien de ces relations après la condamnation américaine de 2008.
Dans ce contexte apparaît aussi Caroline Lang, associée à des structures offshores mentionnées dans l’environnement financier d’Epstein. La presse a détaillé l’existence de sociétés immatriculées dans des paradis fiscaux. Là encore, il ne s’agit pas d’une mise en cause pénale pour faits sexuels, mais d’éléments financiers qui alimentent l’examen public de la proximité entre certaines figures françaises et le réseau international d’Epstein.
Le nom de Fabrice Aidan est apparu dans un volume important de courriels et de documents échangés avec Epstein entre 2010 et 2016. Les articles évoquent des communications régulières, parfois liées à ses fonctions, et des échanges d’ordre logistique ou institutionnel. Une enquête administrative a été signalée afin de clarifier la nature exacte de ces relations. À ce stade, aucune accusation publique de participation aux crimes sexuels du réseau n’a été formulée, mais la répétition et la durée des échanges soulèvent des interrogations sur le degré de connaissance qu’avaient certains interlocuteurs français du profil déjà controversé d’Epstein.
Enfin, le nom de Daniel Siad, présenté dans la presse comme de nationalité suédoise et algérienne, est également cité dans les archives et dans certaines enquêtes journalistiques comme ayant gravité dans l’environnement d’Epstein. Des articles évoquent des accusations anciennes et des signalements relatifs à son rôle supposé dans des mises en relation ou des comportements problématiques, sans qu’à ce stade une condamnation en France ne soit intervenue dans le cadre direct du dossier Epstein. Son cas illustre la dimension transnationale du réseau et la difficulté à démêler ce qui relève de faits judiciairement établis et ce qui relève d’allégations rapportées.
Ce panorama montre que l’expression « Français mis en cause » recouvre des réalités très différentes, allant d’une mise en examen pour infractions graves à de simples échanges de courriels ou à des montages financiers examinés par la presse. Le point commun n’est pas une qualification pénale uniforme, mais la proximité, qu’elle soit relationnelle, financière ou institutionnelle, avec un individu dont la réputation judiciaire était déjà établie aux États-Unis. C’est cette continuité des liens, plus que l’existence de poursuites systématiques, qui constitue aujourd’hui le cœur du débat public en France autour de l’affaire Epstein.








