Rachida Dati n’entre jamais quelque part. Elle atterrit, comme un missile sol-air qui aurait mis des Louboutins pour passer inaperçu. Ses talons claquent plus fort qu’un rappel à l’ordre au Sénat. Ils annoncent à l’avance que, désormais, l’air appartient à Dati. Les journalistes se redressent, les collaborateurs se crispent, les chaises se mettent presque au garde-à-vous. Elle parle en majuscules, et quand elle coupe la parole, ce n’est pas une interruption : c’est une procédure d’urgence. On dirait presque qu’elle a déposé un brevet pour sa manière d’occuper l’espace, un mélange d’autorité naturelle, de coup de griffe professionnel et de charme martial… le tout emballé dans un tailleur qui a dû signer une clause de confidentialité. Mais derrière cette assurance blindée, il y a ce cortège d’affaires et le PNF qui la suivent comme des canetons derrière se cane. Les robes de luxe empruntées et jamais revues jouent les revenantes dans la presse : on ne sait jamais si ce sont des vêtements ou des personnages secondaires qui réclament leur rôle dans l’histoire. Les mises en examen reviennent avec la régularité d’une newsletter : “Bonjour Rachida, voici votre rappel mensuel. » Certains dossiers semblent même faire partie de son équipe de campagne, ils la suivent partout, fidèles, tenaces, inamovibles. Et pourtant, elle avance. Rien ne la ralentit. Elle est bonne à tout et capable de tout. Sa carrière politique ressemble à un décor de théâtre que l’on change trop vite. Un jour, elle est ministre de la Justice, là où son passé de procureure lui donne une carrure naturelle, presque logique. Le lendemain, on la propulse ministre de la Culture, poste chic, lumineux, parfaitement inutile, idéal pour servir de faire-valoir “ouverture à droite” pendant que le vrai pouvoir dort tranquillement à Bercy. Elle occupe le fauteuil, oui, mais la télécommande est restée dans les mains d’un autre. On la déplace, elle sourit, elle griffe, elle s’installe. Elle fait tout avec la même intensité, que cela serve à quelque chose ou pas. Et puis il y a Paris. La mairie. Son Everest personnel, son étoile polaire, son rêve fixe qui tient à la fois de la vocation et de l’obsession. Cette ambition se cogne à Anne Hidalgo dans un duel permanent qui ferait passer Pépone et Don Camillo pour deux moines zen. Le feu contre l’eau, l’huile bouillante contre la glace, le chat contre le chien, l’escarpin contre le mocassin. Entre elles deux, tout devient conflit, tout devient symbole, tout devient combat. On pourrait installer des gradins place de l’Hôtel-de-Ville, ça ferait un spectacle municipal parfaitement rentable. Autour d’elle, les affaires sifflotent, les rumeurs bruissent, les rivales fulminent, mais les talons de Dati continuent leur cadence implacable. Elles ont en commun d’avoir chacune d’elle un dossier au Parquet National Financier. Les phrases tombent comme des verdicts. Les ambitions scintillent comme des néons. Et Rachida Dati avance encore, toujours, avec cette assurance déconcertante, comme si tout ce vacarme n’était que la bande-son d’un film dont elle est, évidemment, le rôle principal, même si personne n’a encore validé le casting. Mais cette semaine tout a dérapé avec des perquisitions spectaculaires à son domicile et au Ministère de la Culture.
Rachida Dati, talons aiguilles et coups de griffe








