Face à l’usage croissant des plateformes numériques par des enfants et adolescents, le Parlement européen a réagi en proposant un cadre commun pour l’âge d’accès. Le texte adopté mercredi appelle à fixer l’âge minimal légal à 16 ans pour l’accès aux réseaux sociaux, dans le but de mieux encadrer l’exposition des mineurs à des contenus parfois nocifs.
Un coup de semonce face à la vulnérabilité des mineurs en ligne
Le Parlement européen, dans son rapport, pointe les risques liés à l’accès précoce aux réseaux sociaux, notamment en matière de santé mentale, d’addiction ou d’exposition à des contenus dangereux. Les députés demandent en ce sens l’interdiction des « conceptions addictives », des contenus assimilables à des jeux de hasard, des publicités ciblées ainsi que des interfaces trompeuses — pratiques particulièrement pernicieuses pour les jeunes utilisateurs.
Selon le rapport rédigé par l’eurodéputée danoise à l’origine de l’initiative, « notre rapport indique clairement la nécessité de renforcer la protection des mineurs en ligne à deux égards. Premièrement, nous devons relever le seuil d’accès aux réseaux sociaux, c’est pourquoi nous proposons un âge minimum de 16 ans à l’échelle de l’UE. »
En prônant un âge minimum de 16 ans, le Parlement entend ainsi instaurer un seuil unique, dans toute l’Union, afin de limiter la dispersion des règles nationales et d’assurer une protection cohérente des enfants.
Les modalités de la résolution et ses limites
La proposition soumise à adoption prévoit un âge légal minimal de 16 ans pour les réseaux sociaux, les plateformes de partage de vidéos, ainsi que les “compagnons IA”, sauf en cas d’autorisation parentale. Par ailleurs, le texte entend interdire l’accès aux moins de 13 ans à ces services, quel que soit le contexte, indique Reuters.
Cependant, la résolution adoptée ce 26 novembre reste non contraignante : elle ne modifie pas les obligations légales en place, mais reflète la position politique du Parlement. Elle appelle néanmoins la commission européenne à utiliser pleinement les leviers prévus par la réglementation actuelle, notamment la loi sur les services numériques (DSA), pour contraindre les plateformes à renforcer les protections.
Réactions et perspectives au sein de l’Union
L’initiative portée par le Parlement européen intervient à un moment où plusieurs États membres et responsables politiques plaident pour un resserrement de l’âge d’accès aux réseaux sociaux, comme le soulignait L’Express en octobre 2025.
Certains acteurs y voient une première pierre vers une “majorité numérique” européenne. La rapporteure du texte souligne qu’il s’agit d’un “seuil par défaut”, laissant la possibilité — sous conditions — à des accès anticipés avec consentement parental.
La tension demeure toutefois entre la nécessité de protéger la jeunesse et la crainte de restreindre l’accès à des espaces d’expression, d’information ou de socialisation. Plusieurs États sont divisés sur cette question, rendant difficile l’adoption d’une directive contraignante à l’échelle de l’UE.
Enjeux pour les plateformes et la régulation numérique
En demandant un âge minimal de 16 ans, le Parlement européen envoie un signal fort aux grandes plateformes (réseaux sociaux, services vidéo, IA conversationnelle) : leurs politiques actuelles d’âge minimum — souvent fixées à 13 ans — sont jugées insuffisantes pour protéger les mineurs.
Le texte plaide aussi pour des systèmes de vérification d’âge “respectueux de la vie privée”, afin d’éviter des violations des données personnelles tout en assurant un contrôle sérieux de l’accès.
Par ailleurs, les plateformes pourraient être amenées à repenser leurs interfaces : élimination des mécanismes addictifs (défilement infini, autoplay, notifications intempestives), suppression des “loot boxes” ou des fonctionnalités incitant à la consommation, afin de limiter l’engagement des jeunes.
Ce que la résolution change — et ce qu’elle n’impose pas
L’adoption de cette résolution constitue avant tout un signal politique, puisqu’elle marque la volonté du Parlement européen d’encadrer davantage l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Elle affirme clairement la nécessité de renforcer la protection des jeunes utilisateurs, même si le texte ne crée aucune obligation directe pour les plateformes.
En effet, aucune contrainte juridique nouvelle ne découle immédiatement de cette résolution : les entreprises du numérique ne sont pas encore tenues de revoir leurs seuils d’âge. La mise en œuvre effective d’un âge minimum dépendra de futures initiatives législatives ou d’une application plus rigoureuse des règles existantes, notamment dans le cadre du Digital Services Act. Néanmoins, le texte pourrait servir de fondement à une harmonisation européenne et accentuer la pression sur les acteurs du numérique pour qu’ils améliorent leurs dispositifs de sécurité destinés aux mineurs.
Vers une régulation renforcée de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux
L’adoption de la résolution confirme que la question des réseaux sociaux et de l’âge d’accès des mineurs occupe désormais une place centrale au sein des institutions européennes. Le thème s’impose comme une priorité politique dans un contexte de prise de conscience grandissante des risques numériques.
Si cette position se transforme, à terme, en législation contraignante, les règles encadrant l’accès aux réseaux sociaux pourraient évoluer en profondeur. En attendant, la résolution constitue une alerte adressée aux États membres, aux plateformes et aux familles : la protection des mineurs en ligne reste plus que jamais un enjeu majeur à l’agenda européen.








