Retraite : le déficit du régime va-t-il être revu à la hausse ?

Les retraites françaises entrent dans une nouvelle zone d’incertitude. Le Conseil d’orientation des retraites alerte sur une possible aggravation du déficit, en raison d’hypothèses démographiques devenues obsolètes. À court terme, rien ne change pour les pensions. À moyen et long terme, en revanche, l’équilibre financier pourrait être plus fragile que prévu.

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L’alerte a été formalisée le 10 février 2026 dans une lettre du Conseil d’orientation des retraites. L’instance y prévient que son prochain rapport annuel, attendu à la fin du printemps, pourrait revoir « significativement » son diagnostic financier par rapport à celui de juin 2025. La retraite, déjà projetée en déficit sur plusieurs décennies, pourrait donc afficher des besoins de financement plus élevés que prévu.

Retraite : un déficit appelé à être « significativement révisé »

Dans sa lettre publiée en février 2026, le COR écrit noir sur blanc : « Le diagnostic financier de ce prochain rapport annuel pourrait être significativement révisé en comparaison du rapport de juin 2025. » Cette mise en garde, rare par sa clarté, vise directement les projections de déficit du système de retraite. Elle intervient alors que le débat politique sur les retraites n’est jamais totalement refermé en France.

Pour mémoire, dans ses projections rendues publiques en juin 2025, le COR estimait que le solde des régimes de retraite serait déficitaire de 0,2 % du PIB en 2030 et de 1,4 % du PIB en 2070, comme le rappelle Le Monde. Parallèlement, les dépenses de retraite atteindraient 14 % du PIB en 2030 puis 14,2 % en 2070, selon la lettre du COR de février 2026. Autrement dit, même sans choc supplémentaire, la retraite resterait structurellement en déficit pendant plusieurs décennies. La révision annoncée pourrait donc accentuer cette trajectoire.

La baisse de la natalité fragilise les cotisations

L’origine principale de cette alerte tient à la démographie. Les projections de retraite publiées en 2025 reposaient sur les hypothèses démographiques de l’Insee établies en 2021. Elles retenaient notamment un taux de fécondité de 1,8 enfant par femme et un solde migratoire de +70 000 personnes par an. Ces paramètres conditionnent directement le volume futur de cotisations finançant les pensions.

Or, les données récentes s’écartent sensiblement de ce scénario central. La fécondité observée en 2025 s’établirait à 1,56 enfant par femme, selon les éléments cités par le COR. Cet écart n’est pas anodin. Moins de naissances aujourd’hui signifie, mécaniquement, moins d’actifs demain, donc moins de cotisations pour financer les retraites. Selon Le Monde, si l’indice de fécondité restait durablement autour de 1,6, le déficit à l’horizon 2070 pourrait être aggravé d’environ 0,7 point de PIB. À l’inverse, un solde migratoire plus élevé pourrait atténuer le besoin de financement. Le journal évoque un ordre de grandeur de +0,8 point de PIB d’amélioration si l’hypothèse retenue était de +120 000 personnes par an. En moyenne, le solde migratoire observé entre 2018 et 2022 atteignait 186 000 personnes par an, un niveau très supérieur aux +70 000 du scénario central.

Le COR souligne cependant que ces simulations restent dépendantes d’hypothèses globales. C’est précisément pour cette raison que l’instance prévoit un réexamen formel de ses hypothèses démographiques en avril 2026, en lien avec l’Insee, avant d’intégrer d’éventuelles corrections dans son rapport annuel.

Retraite et hypothèses économiques : productivité, chômage et Sécurité sociale

Le scénario de référence du COR retient une croissance de la productivité horaire de 0,7 % par an après 2040 et un taux de chômage de 7 % à partir de 2032. Ces paramètres influencent directement la masse salariale, donc le niveau des cotisations encaissées par les régimes de retraite et par la Sécurité sociale.

Si la productivité progressait moins vite que prévu, ou si le chômage restait plus élevé, les recettes pourraient être inférieures aux projections. Dans ce cas, le déficit de la retraite s’en trouverait accentué. Inversement, un marché du travail plus dynamique améliorerait les comptes. C’est pourquoi le COR insiste sur la « forte dépendance aux hypothèses » de ses projections financières. Il ne s’agit pas d’un constat politique, mais d’un diagnostic technique : à horizon 2050 ou 2070, de faibles écarts de croissance ou de démographie produisent des effets significatifs en points de PIB.

Dans ce contexte, la perspective d’une révision « significative » du diagnostic financier pourrait relancer le débat sur les paramètres de la retraite. Plusieurs leviers existent théoriquement : ajustement des cotisations, évolution de l’âge effectif de départ, ou modification des règles de calcul des pensions.

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