Retraites : le rapport du COR rouvre la bataille sur les droits familiaux

Le nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites replace au cœur du débat public les droits familiaux et conjugaux, qui pèsent plus de 63 milliards d’euros par an et structurent des choix politiques majeurs. Ses scénarios de réforme touchent à l’équilibre entre solidarité conjugale, égalité femmes-hommes et soutenabilité budgétaire, au moment où l’exécutif veut clore la séquence de la réforme de 2023.

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Retraites Le Rapport Du Cor Rouvre La Bataille Sur Les Droits Familiaux
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Remis au gouvernement le 20 novembre 2025, le rapport du Conseil d’orientation des retraites s’attaque à un bloc de droits moins médiatique que l’âge légal ou le montant des cotisations, mais tout aussi stratégique : les dispositifs liés à la parentalité et au statut conjugal. Ils regroupent la pension de réversion, les trimestres supplémentaires pour enfants, les majorations de pension et des avantages spécifiques selon les régimes. Leur poids financier est considérable, autour de 63,6 milliards d’euros en 2024 selon le COR. Leur architecture, héritée de compromis sociaux passés, pourrait être remise en cause, au risque de rouvrir une bataille que l’exécutif entendait refermer.

Un enjeu politique central : concilier redistribution familiale et cohérence du modèle social

Depuis la révision de 2023, l’exécutif s’efforce de défendre une stabilité législative des retraites, mais les droits familiaux et conjugaux constituent un angle mort des réformes successives. Pensés pour compenser des carrières hachées et garantir un revenu aux veuves à faibles pensions, ils forment un socle implicite de solidarité nationale. Le COR rappelle qu’ils « occupent une place centrale » dans le système. Cependant, leur fragmentation entretient une logique d’héritage institutionnel plutôt qu’une stratégie cohérente. Les règles varient selon les régimes, les époques et les situations conjugales, rendant la lisibilité faible et la légitimité politique difficile à défendre face aux évolutions familiales.

Dans un paysage marqué par la baisse du mariage, la montée des unions libres et le recul de la natalité, le maintien de dispositifs de retraites conçus pour un modèle conjugal unique pose question. Le débat ne relève plus seulement de l’équité entre hommes et femmes, mais de la place que l’État entend reconnaître à la famille dans la redistribution. Une réforme en profondeur impliquerait de trancher un choix politique : protéger avant tout le couple ou cibler les aides vers les enfants, donc la parentalité. Ce débat dépasse le cadre budgétaire et réactive des lignes de fracture anciennes, entre défense du socle social traditionnel et promotion de droits strictement individualisés.

Réversion sous condition et bascule vers la parentalité : des choix qui diviseront l’Assemblée

La généralisation d’une condition de ressources pour la pension de réversion des retraites constitue l’une des propositions les plus sensibles. Actuellement, les règles varient selon les régimes et peuvent attribuer une part de la pension du défunt indépendamment du revenu du conjoint survivant. L’uniformisation réduirait la dépense de 17 % d’ici 2070. Techniquement, cela alignerait les régimes ; politiquement, cela reviendrait à réinterroger la nature même du mariage dans la solidarité publique. Ce chantier sur les retraites pourrait fracturer le Parlement, la réversion étant perçue comme une compensation structurelle des inégalités de carrière subies par les femmes.

À l’inverse, renforcer les droits de retraites liés aux enfants plutôt que ceux liés au statut marital s’inscrit dans une logique plus universaliste, davantage axée sur la natalité que sur la conjugalité. Toutefois, les simulations du COR montrent que cette orientation ne bénéficierait pas uniformément aux femmes : environ 34 % seraient gagnantes, seulement 2 % des hommes aussi, laissant une majorité de perdantes. Si l’exécutif choisissait cette voie, il devrait articuler mesure budgétaire, défense du pouvoir d’achat des mères et compensation politique pour les électorats les plus exposés. De telles lignes de fracture pourraient opposer gauche sociale, centre réformateur et droite nataliste.

Un terrain stratégique pour l’exécutif entre rigueur budgétaire et stabilité sociale

Même s’il ne s’agit pas d’un projet de loi, ce rapport sur les retraites intervient dans un moment politique clé. Le gouvernement cherche à préserver la crédibilité de la réforme précédente, tout en réduisant les dépenses publiques. Or les 63,6 milliards d’euros alloués aux droits familiaux et conjugaux constituent une dépense structurelle, difficilement compressible sans coût politique. Le COR recommande une meilleure planification et une architecture juridique plus cohérente, afin de piloter ces dépenses et d’éviter l’accumulation de dispositifs additionnels.

Au-delà de leur montant, ces droits cristallisent un débat sur la philosophie même de la solidarité en France. Faut-il continuer à privilégier les mécanismes collectifs des retraites financés par la répartition, qui répartissent la charge sur l’ensemble des actifs, ou ouvrir davantage la voie à des formes d’épargne individualisée, transmissible et indépendante du parcours conjugal ? Le rapport ne tranche pas, mais son diagnostic offre des arguments aux partisans d’un rééquilibrage entre solidarité publique et autonomie patrimoniale. Le débat qui s’ouvrira désormais portera moins sur l’âge légal que sur la nature même de la protection sociale.

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