Ryanair se retire de trois aéroports français, en réaction à la hausse de la fiscalité

Ryanair supprime plusieurs lignes et se retire de trois plateformes régionales françaises. En cause : une augmentation significative de la taxe sur les billets d’avion, décidée par le gouvernement français dans le cadre de sa stratégie de transition écologique.

Publié le
Lecture : 3 min
Ryanair Retrait Aeroports Francais Hausse Fiscalite
Ryanair se retire de trois aéroports français, en réaction à la hausse de la fiscalité © www.nlto.fr

Ce 30 juillet 2025, Ryanair a confirmé son intention de fermer ses bases dans les aéroports de Brive, Bergerac et Strasbourg et de supprimer 25 lignes en France. Cette décision s’inscrit dans une réaction directe à la récente revalorisation de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), adoptée dans le cadre de la loi de finances 2025. L’entreprise évoque un surcoût structurel incompatible avec son modèle économique. Les pouvoirs publics, eux, défendent une mesure visant à renforcer la contribution du transport aérien à la transition écologique.

Une taxe revalorisée, plusieurs plateformes désertées

Entrée en vigueur le 1ᵉʳ mars 2025, la nouvelle grille de la taxe de solidarité sur les billets d’avion porte le montant à 7,40 € en classe économique pour les vols intra-européens, jusqu’à 120 € pour les vols long-courriers en classe affaires. La mesure a été présentée comme un levier de financement pour la transition écologique, avec un objectif de recettes estimé entre 800 et 850 millions d’euros par an.

Ryanair, qui applique un modèle tarifaire fondé sur des coûts unitaires très bas, estime que cette hausse remet en cause la rentabilité de plusieurs lignes françaises. La compagnie a annoncé l’arrêt de ses opérations à Brive, Bergerac et Strasbourg, et une réduction globale de capacité de 13 % sur ses lignes françaises pour l’hiver 2025-2026.

Impact territorial et économique

Les fermetures concernent principalement des aéroports secondaires qui, en dehors de la haute saison touristique, dépendent fortement de compagnies à bas coûts pour maintenir une offre régulière. À Strasbourg, par exemple, la fin des liaisons Ryanair vers Porto ou Agadir réduit fortement l’attractivité de la plateforme.

Selon l’Union des Aéroports Français (UAF) et la FNAM (Fédération Nationale de l’Aviation et de ses Métiers), l’ensemble de la réforme pourrait provoquer une baisse de 2 % du trafic aérien, la suppression de 11 500 emplois directs et induits, et une perte fiscale estimée à 500 millions d’euros, si les prévisions de fréquentation sont confirmées.

Les conséquences du retrait de Ryanair ne se limitent pas à l’offre de transport. À Strasbourg, Brive ou Bergerac, ces suppressions de lignes de Ryanair affectent directement l’accessibilité des territoires pour les touristes, les professionnels et les investisseurs. Certaines liaisons vers des villes européennes à forte attractivité économique, comme Londres, Bruxelles ou Porto, disparaissent purement et simplement, faute de repreneur immédiat. Pour les acteurs locaux, cela signifie une perte de flux, un ralentissement de la dynamique économique, et dans certains cas, une fragilisation de secteurs clés comme l’hôtellerie, l’événementiel ou les activités exportatrices.

Une stratégie nationale critiquée pour son isolement européen

Le gouvernement français justifie cette hausse fiscale par la nécessité d’accélérer la réduction des émissions liées au transport aérien. Il s’agit aussi d’aligner la France sur les niveaux de taxation observés dans d’autres pays européens. Toutefois, cette approche ne prévoit ni différenciation selon les types d’aéroports, ni mécanisme de modulation en fonction du volume de trafic ou du caractère structurel des dessertes.

Par comparaison, certains États membres de l’Union européenne ont adopté des modèles différenciés : l’Irlande exempte ses lignes domestiques, l’Allemagne applique une fiscalité modulée selon la distance, et les Pays-Bas ont mis en place un mécanisme de plafonnement temporaire.

Le retrait de Ryanair relance le débat récurrent sur la surtransposition des normes européennes par la France, c’est-à-dire l’ajout de contraintes ou de niveaux d’exigence supérieurs à ceux fixés par le droit communautaire. Dans le secteur aérien, cette tendance peut générer des écarts de compétitivité avec d’autres États membres.

Le retrait de Ryanair de trois aéroports français illustre les tensions entre objectifs climatiques nationaux, équilibre territorial et compétitivité économique. Si l’intention de renforcer la fiscalité verte est conforme aux engagements de la France en matière de transition, les modalités d’application — et notamment l’absence de concertation sectorielle ou d’harmonisation européenne — interrogent sur leur efficacité à long terme.

Laisser un commentaire