Sanctions pour sexisme à l’Assemblée nationale : quand toute critique adressée à une femme devient un délit politique

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Sanctions pour sexisme à l’Assemblée nationale : quand toute critique adressée à une femme devient un délit politique © www.nlto.fr

Les sanctions visant plusieurs députés RN et UDR pour des propos jugés sexistes contre Sandrine Rousseau ont déclenché une polémique qui dépasse largement l’incident lui-même. Car l’enjeu réel est ailleurs : à partir de quel moment une critique envers une élue devient-elle du sexisme, et pourquoi certains propos, parfaitement transposables à un homme, sont-ils désormais interprétés comme misogynes par principe ? En qualifiant automatiquement d’attaque sexiste toute remarque adressée à une femme, la présidence de l’Assemblée crée un déséquilibre inédit : elle confère aux élues un statut d’intouchabilité verbale dont aucun élu homme ne bénéficie. Ce glissement pose un problème démocratique majeur.

Des propos sanctionnés qui auraient pu être adressés à un homme sans changer un mot

Les faits rapportés par Le Figaro sont précis. Gérault Verny, député UDR, déclare : « Sandrine Rousseau hurle quand elle prend la parole. Vous nous cassez les oreilles ! ». Yaël Braun-Pivet coupe son micro et répond : « Ce n’est pas acceptable. Je vous rappelle à l’ordre immédiatement, c’est insupportable et honteux ». Dans une autre séquence, deux députés RN lancent : « Sandrine, prends un cachet ! Sandrine, tu vas craquer ! », puis « Elle est complètement dingue », « Elle est complètement siphonnée ». Ces expressions peuvent choquer par leur rudesse, mais rien, dans leur formulation, ne renvoie au sexe de la personne visée. « Tu hurles », « tu vas craquer », « tu es dingue », « tu nous casses les oreilles » : ces expressions sont couramment utilisées dans des passes d’armes entre hommes, entre femmes, ou entre hommes et femmes dans l’hémicycle. Dire que Sandrine Rousseau « hurle » n’est pas plus sexiste que dire qu’un député « beugle » ou « vocifère ». L’hémicycle en est rempli chaque semaine. Interpréter ces formulations comme une agression sexiste revient à introduire une asymétrie dangereuse : un homme pourrait être critiqué vigoureusement, une femme non. À force d’élargir artificiellement la notion de sexisme, on finit par interdire toute critique adressée à une élue, quelle que soit son attitude. C’est précisément cela qui constitue une forme de discrimination inversée : la transformation d’une critique de comportement en attaque contre le sexe. Critiquer une femme n’est pas en soi misogyne ; prétendre le contraire revient à essentialiser les femmes et à infantiliser le débat politique.

Un « deux poids deux mesures » dénoncé jusque dans les exemples les plus flagrants

La réaction des élus RN et UDR repose donc sur deux arguments : l’erreur de qualification et l’inégalité de traitement. Éric Ciotti rappelle un épisode où la députée UDR Hanane Mansouri, d’origine marocaine, a été qualifiée de « caution » par un député LFI, Abdelkader Lahmar. L’expression, cette fois, visait explicitement l’origine de l’élue, et donc sa légitimité même. Pourtant, aucune sanction. De même, des députés RN rappellent que Nicolas Sansu (PCF) aurait proféré des menaces de mort envers eux, et que Thomas Portes (LFI) leur aurait adressé des menaces physiques directes. Aucune procédure, aucun rappel à l’ordre. La différence de traitement devient criante. Les élus rappellent en outre un tweet de Yaël Braun-Pivet en 2024, dans lequel elle ironisait sur les « hurlements » d’élus du Nouveau Front populaire dans une vidéo ASMR. Le même terme devient acceptable lorsqu’il vise la gauche, mais insupportable lorsqu’il vise Sandrine Rousseau. Cette contradiction nourrit l’idée que la présidence ne protège pas la dignité de l’Assemblée, mais certains camps politiques, et que la lutte contre le sexisme est parfois moins une exigence morale qu’un outil de disqualification sélective.

Une Assemblée transformée en cour de récréation et une autorité institutionnelle en déroute

Ce débat révèle surtout une réalité plus inquiétante : l’Assemblée nationale n’est plus un espace de débat maîtrisé, mais une cour de récréation où dominent cris, invectives, provocations et coups d’éclat permanents. L’indiscipline n’est plus un accident, mais un mode de fonctionnement. Les sanctions se concentrent sur des propos bénins lorsqu’ils visent une élue particulière, alors que les débordements massifs et constants, l’agressivité généralisée et les comportements indignes de la fonction sont largement tolérés. Cette absence de cohérence donne l’image d’un Parlement incapable de se gouverner lui-même, où l’autorité n’est plus exercée que de manière ciblée, et où la crédibilité de l’institution s’érode chaque semaine. En qualifiant de sexisme des remarques qui, dans n’importe quel autre contexte, seraient classées comme brusques mais banales, l’institution produit l’effet inverse de celui recherché : elle aggrave la confusion, fragilise la notion même de sexisme et alimente l’idée que la parole masculine serait, par nature, suspecte. Or c’est cela, précisément, qui menace l’équilibre du débat démocratique.

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