Dans le 16ᵉ arrondissement, les résultats de Sarah Knafo ne peuvent pas être lus comme des simple votes. Au scrutin d’arrondissement du premier tour du 15 mars 2026, elle obtient 22,53 % des voix, soit 13 763 suffrages, derrière Jérémy Redler, élu dès le premier tour avec 50,62 %. Au scrutin municipal parisien dans le même arrondissement, la liste portée par Rachida Dati obtient 50,17 %, Sarah Knafo 21,40 %, Emmanuel Grégoire 11,69 %. Ces chiffres dessinent moins une poussée populiste classique qu’un possible déplacement d’une partie de l’électorat bourgeois de droite vers une offre plus ferme sur le plan régalien et plus affirmée idéologiquement, sans rompre avec les attentes de compétence, de gestion et de crédibilité économique propres au 16ᵉ arrondissement. Ce score est révélateur de l’attitude de la bourgeoisie même sur le plan national car il est un concentré des classes supérieures.
Un score élevé, mais dans un rapport de forces encore dominé par la droite classique
L’élément central est d’abord le niveau atteint par Sarah Knafo dans un arrondissement où la droite classique reste massivement dominante. Jérémy Redler franchit la majorité absolue au scrutin d’arrondissement avec 50,62 %, ce qui signifie qu’il n’y a pas basculement du 16ᵉ, mais l’installation d’une seconde droite à un niveau élevé. Le fait que Sarah Knafo dépasse nettement les 20 % et distance à la fois le centre et la gauche locale montre qu’elle ne capte pas seulement une frange protestataire, mais qu’elle agrège une partie d’un électorat déjà politiquement structuré. Le contraste entre ses 22,53 % au scrutin d’arrondissement et ses 21,40 % au scrutin municipal confirme d’ailleurs que son ancrage local n’est pas seulement lié à une étiquette nationale, mais aussi à une offre politique qui trouve, dans le 16ᵉ, un terrain réceptif.
Un électorat bourgeois qui ne se radicalise pas forcément, mais qui se redéploie
L’interprétation la plus prudente consiste à parler non d’une radicalisation brutale, mais d’un redéploiement interne de la droite. Le 16ᵉ arrondissement demeure sociologiquement un territoire de classes supérieures, de propriétaires, de professions libérales et de cadres à haut capital économique et culturel. Dans un tel espace électoral, un vote important en faveur de Sarah Knafo ne signifie pas automatiquement adhésion à un populisme de rupture comparable à celui que peut rechercher le Rassemblement national dans d’autres milieux sociaux. Il peut au contraire traduire l’attractivité d’un positionnement combinant libéralisme économique, fermeté sur l’ordre, critique de l’affaiblissement de l’État et style de compétence technique. Le fait qu’elle surclasse nettement la gauche et qu’elle rivalise, dans ce segment, avec l’offre centriste de Pierre-Yves Bournazel ou d’Emmanuelle Hoffman suggère qu’une partie de l’électorat bourgeois préfère désormais une droite plus idéologiquement assumée plutôt qu’une droite simplement modérée ou gestionnaire.
Le 16ᵉ arrondissement comme symptôme d’une possible recomposition de la droite
Le phénomène politique à observer est donc moins une percée isolée qu’une recomposition potentielle de l’espace de droite. Le 16ᵉ montre qu’il existe, à côté de la droite classique incarnée ici par Jérémy Redler et Rachida Dati, une demande pour une droite plus dure mais présentée sous une forme plus technicienne, plus libérale et moins explicitement populiste que celle du Rassemblement national. Cela ne signifie pas que Sarah Knafo devienne majoritaire, ni que cet électorat se détache massivement des Républicains, puisque la domination de la droite traditionnelle reste très nette. Mais son score crée une donnée nouvelle : dans un arrondissement qui constitue l’un des marqueurs sociologiques les plus lisibles de la droite parisienne, plus d’un électeur sur cinq a choisi cette offre. Politiquement, cela peut annoncer soit une pression sur la droite classique pour durcir sa ligne, soit l’installation durable d’un courant concurrent capable de mordre sur son socle. C’est en cela que le 16ᵉ n’est pas seulement un bon score local pour Sarah Knafo, mais peut-être un laboratoire de la recomposition de la droite.








