La question du temps de travail revient au cœur des débats sociétaux. Alors que le modèle à cinq jours reste dominant, une étude d’envergure publiée le 22 juillet dans Nature Human Behaviour démontre que la semaine de 4 jours, loin d’être une utopie, offre des gains tangibles en santé, bien-être et efficacité professionnelle. Pour les entreprises, les salariés et les décideurs publics, cette étude constitue désormais une base solide pour repenser les équilibres du travail moderne.
Semaine de 4 jours : une expérimentation grandeur nature sur plusieurs continents
Entre février et août 2024, 141 entreprises situées dans six pays (Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, Irlande, Royaume-Uni et États-Unis) ont accepté de participer à une expérimentation rigoureusement encadrée. Les salariés impliqués ont vu leur semaine réduite à quatre jours, sans baisse de salaire ni réorganisation radicale des objectifs. Au total, 2 896 personnes ont suivi ce nouveau rythme. En parallèle, un groupe témoin de douze entreprises, rassemblant 285 employés, est resté sur un fonctionnement classique à cinq jours.
L’étude, intitulée The health and well-being effects of a reduced workweek, repose sur un protocole méthodologique exigeant : évaluation de la santé mentale, du niveau de burnout, de la satisfaction au travail, des troubles du sommeil, des symptômes physiques chroniques et du ressenti global. Ces indicateurs ont été mesurés avant et après la période d’essai. Ce cadre permet aux chercheurs de tirer des conclusions nettes sur l’impact de la réduction du temps de travail.
Santé mentale, forme physique : des résultats probants
Les données révèlent une tendance marquée. Chez les salariés passés à une semaine de 4 jours, les symptômes de burnout ont significativement diminué. Les troubles anxieux, les insomnies et les tensions physiques associées à un stress prolongé ont reculé. Les participants ont déclaré se sentir plus reposés, plus concentrés et plus satisfaits de leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
Le sommeil est apparu comme un indicateur clé : en gagnant du temps de récupération, les individus ont rapporté une amélioration de la qualité de leur repos nocturne. Ce bénéfice s’est répercuté directement sur leur niveau d’énergie, leur motivation au travail et leur disponibilité cognitive.
Dans un entretien accordé à ABC News Australia, la chercheuse Libby Sander, experte en comportement organisationnel à la Bond University, résume : « Quand les gens dorment mieux et ressentent moins de pression, leur productivité augmente mécaniquement. Ce n’est pas une hypothèse, c’est un constat. »
La productivité ne faiblit pas, elle se stabilise
L’une des craintes habituelles des dirigeants d’entreprises est que travailler moins rime avec produire moins. L’étude nuance fortement cette idée. En réalité, les salariés ayant adopté la semaine de 4 jours ont déclaré un niveau de performance identique à celui mesuré avant l’expérimentation. Certaines entreprises ont même observé des améliorations, notamment dans la gestion du temps et la priorisation des tâches.
Cette efficacité serait due à un effet double : une réduction des tâches parasites (réunions inutiles, surcharge de mails, multitâche dispersif), mais aussi à un regain de motivation généré par le sentiment de reconnaissance. Ne pas toucher au salaire tout en réduisant le temps de travail a été perçu comme un gage de confiance, stimulant l’implication individuelle. L’équipe de chercheurs souligne que certaines entreprises ont réduit jusqu’à huit heures de travail hebdomadaire, soit l’équivalent d’une journée entière, sans affecter les indicateurs de productivité.
Une dynamique internationale en pleine structuration
Ce travail scientifique alimente une réflexion mondiale sur la transformation des conditions de travail. En Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et en Irlande, des institutions publiques étudient déjà les résultats de l’étude pour orienter leurs politiques de productivité. En Australie, un groupe de réflexion piloté par le ministère de l’Innovation a intégré ces données dans sa feuille de route 2025.
Du côté des entreprises, ce sont surtout les structures de taille intermédiaire, évoluant dans les secteurs du numérique, du conseil ou de l’édition, qui ont servi de terrain d’expérimentation. Mais les chercheurs insistent : les effets positifs sont reproductibles dans de nombreux secteurs, à condition de repenser l’organisation collective et les méthodes de travail.
Dans Nature Human Behaviour, la chercheuse Juliette Schaafsma, co-autrice de l’étude, rappelle que « ce n’est pas un modèle universel à appliquer sans adaptation. C’est une base empirique qui montre qu’une autre organisation du travail est possible, mesurable, et bénéfique à tous les niveaux. ».












