Le 9 août 2025, le quotidien britannique The Guardian a relayé un rapport alarmant : en seulement six mois, plus de neuf mille six cents cas d’adultes manipulant des enfants en ligne ont été signalés au Royaume-Uni. Derrière ce chiffre glaçant, une réalité mondiale : la sextorsion en ligne – extorsion d’images ou vidéos à caractère sexuel – est devenue l’une des menaces les plus pressantes pour l’enfance connectée. Le FBI, la NSPCC (National Society for the Prevention of Cruelty to Children) et de nombreuses organisations mettent en garde contre un phénomène en pleine industrialisation, qui s’appuie sur les réseaux sociaux pour cibler et piéger les mineurs.
Qu’est-ce que la sextorsion ?
La sextorsion est une forme d’exploitation sexuelle en ligne. Elle commence souvent par une prise de contact apparemment anodine sur un réseau social ou un service de messagerie. Les auteurs, parfois organisés en réseaux criminels, se font passer pour des personnes du même âge que la victime ou adoptent une fausse identité séduisante. Ils amènent la victime à partager des images ou vidéos intimes, puis la menacent de diffuser ce contenu si elle ne fournit pas d’autres images, ne verse pas de l’argent ou ne réalise pas des actes humiliants.
Selon le NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children), plus de 456 000 signalements d’« online enticement » – incluant la sextorsion – ont été enregistrés aux États-Unis au 5 octobre 2024, soit trois fois plus qu’entre 2021 et 2023. Les jeunes garçons sont de plus en plus visés, un changement par rapport aux années précédentes où les filles étaient majoritairement ciblées.
Une explosion mondiale des signalements
Les données récentes sont préoccupantes. Entre janvier et juin 2024 :
- Royaume-Uni : 9 600 cas signalés, soit environ 400 par semaine.
- États-Unis : 546 000 signalements, +192 % par rapport à 2023.
- Snapchat : 20 000 contenus préoccupants signalés en six mois, incluant sextorsion et abus sexuels sur mineurs.
La NSPCC juge ces chiffres “choquants” et estime qu’ils sont probablement en dessous de la réalité. Dans certains cas, la pression exercée sur les victimes est telle que l’issue est tragique : depuis 2021, plus de trente adolescents se sont suicidés après avoir été piégés par des sextorqueurs, rappelle notamment BFMTV.
Les réseaux sociaux au cœur du problème
Snapchat, Instagram et TikTok sont régulièrement cités dans les rapports officiels. Le chiffrement de bout en bout, déployé par certaines plateformes, complique la détection des contenus illicites. Snapchat, qui ne l’a pas encore généralisé, reste celui qui signale le plus d’incidents.
Les auteurs utilisent aussi les applications de messagerie comme WhatsApp ou Telegram pour diffuser des manuels et conseils criminels. L’arrestation en décembre 2024 de “Baron Martin”, 20 ans, autoproclamé “roi de l’extorsion”, a révélé l’existence d’un guide de 101 pages détaillant les méthodes pour exploiter les jeunes : choix des téléphones, techniques de chiffrement, création d’avatars crédibles, manipulation émotionnelle.
Le FBI et la NSPCC décrivent des gangs en ligne opérant à l’échelle internationale. Certains sont basés au Nigeria, en Côte d’Ivoire ou aux Philippines, et se spécialisent dans le ciblage de mineurs occidentaux.
Comment protéger ses enfants ? Conseils aux parents
Les experts recommandent une approche proactive :
- Dialogue régulier : parler des risques, expliquer ce qu’est la sextorsion.
- Paramètres de confidentialité : régler les comptes pour limiter les contacts inconnus.
- Vigilance sur le partage d’images : rappeler que tout contenu envoyé peut être copié.
- Surveillance bienveillante : utiliser des outils de contrôle parental, tout en préservant la confiance.
- Réaction rapide : si un cas survient, conserver les preuves (captures d’écran, conversations), ne pas payer, et signaler immédiatement (3018 en France, police, plateforme).
L’association e-Enfance propose une assistance via le numéro 3018, disponible 7 j/7, et un service de retrait d’images appelé “Take It Down” en lien avec le NCMEC. En France, les victimes ou leurs parents peuvent également signaler sur Pharos (plateforme de signalement du ministère de l’Intérieur) et déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie.








