La taxation spécifique des holdings refait surface dans le débat public. Portée par Amélie de Montchalin et accompagnée de prises de parole d’Éric Lombard dénonçant une supposée « sur-optimisation fiscale », cette séquence politique repose sur une confusion majeure entre patrimoine, revenus et fiscalité réelle. Une confusion qui nourrit un récit séduisant mais économiquement faux.
Ne pas payer d’impôt sur le revenu ne signifie pas frauder
Le raisonnement avancé est simple en apparence : certains détenteurs de holdings possèdent des patrimoines importants et ne paient pourtant pas d’impôt sur le revenu. La conclusion politique est immédiate : il y aurait là une anomalie, voire une injustice fiscale. En réalité, ce raisonnement confond deux notions fondamentales : le patrimoine et le revenu. L’impôt sur le revenu porte sur un flux, pas sur un stock. Or, un grand nombre de holdings ne génèrent tout simplement aucun revenu distribuable. Certaines sont des structures de détention passive, sans chiffre d’affaires, dont les dirigeants ne se versent ni salaire ni dividendes. D’autres sont exposées à des investissements dégradés, notamment en immobilier tertiaire, avec des immeubles de bureaux valorisés à plusieurs dizaines de millions d’euros mais partiellement ou totalement vacants, donc sans loyers. Dans ces cas-là, il n’y a mécaniquement aucun revenu personnel à déclarer. Taxer l’absence de revenu reviendrait à instituer un impôt sur le potentiel théorique, non sur la réalité économique.
Le faux scandale des dirigeants « sans revenus »
Un second cas, très fréquent, est volontairement ignoré dans le débat public. De nombreux dirigeants de holdings se versent des dividendes importants de manière ponctuelle, souvent après une cession, une opération exceptionnelle ou une phase de forte rentabilité. Ces dividendes sont immédiatement fiscalisés, généralement via la flat tax à 30 %. Un dirigeant qui se verse, par exemple, 3 millions d’euros de dividendes acquitte environ 1 million d’euros d’impôt l’année même. Les 2 millions d’euros nets restants lui permettent ensuite de vivre plusieurs années sans se verser de nouveaux revenus. Pendant cette période, il ne paie logiquement pas d’impôt sur le revenu, puisqu’il n’en perçoit pas. L’argent restant dans la holding continue, lui, à être investi, placé, mobilisé pour de nouveaux projets. Présenter cette situation comme une « optimisation abusive » relève d’un contresens fiscal total : l’impôt a été payé en amont, lourdement, et non éludé.
Une fiscalité déjà lourde, un raisonnement politiquement dangereux
Si l’on raisonne correctement sur plusieurs années, le discours s’effondre. Le million d’euros d’impôt payé sur 3 millions de dividendes, réparti sur trois ans de consommation, revient à une charge fiscale annuelle d’environ 300 000 euros. Autrement dit, l’impôt est bien là, il est élevé, et il est conforme aux règles en vigueur. Ce que certains responsables politiques dénoncent n’est pas une faille, mais le fonctionnement normal d’une fiscalité fondée sur les flux. Vouloir taxer spécifiquement les holdings au motif que leurs dirigeants ne paieraient pas d’impôt certaines années, c’est ignorer volontairement la cyclicité des revenus entrepreneuriaux, la réalité des investissements à long terme et le fait que le capital productif n’est pas un compte courant. Derrière cette rhétorique, il y a moins une réflexion sérieuse sur la justice fiscale qu’une stratégie classique de stigmatisation patrimoniale, dangereuse pour l’investissement, l’emploi et la stabilité économique. Et surtout une stratégie politicienne visant à donner des gages au Parti Socialiste pour ne pas se faire censurer.











