À la fin janvier 2026, le projet de réforme de l’ESTA porté par l’administration Trump franchit un cap politique assumé. Derrière un discours sécuritaire, les autorités américaines envisagent d’imposer aux touristes étrangers un niveau inédit de divulgation de données personnelles, notamment liées aux réseaux sociaux. Dans un contexte mondial de concurrence touristique exacerbée, cette décision accélère une dynamique déjà négative.
Tourisme : quand l’idéologie prime sur l’attractivité
Le tourisme international repose sur un principe simple : la facilité d’accès conditionne la demande. Depuis des décennies, le programme ESTA incarnait cet équilibre fragile entre contrôle et fluidité. En y ajoutant l’examen de l’historique des réseaux sociaux sur cinq ans, l’administration Trump modifie radicalement la philosophie du dispositif. Le tourisme devient un instrument de sélection politique, et non plus un levier économique.
D’un point de vue strictement touristique, le signal envoyé est désastreux. Les voyageurs issus de 42 pays, dont la majorité des marchés européens à forte valeur ajoutée, se voient implicitement considérés comme suspects. Or le tourisme n’est pas un flux captif. Selon une enquête du World Travel & Tourism Council menée auprès de 4 563 voyageurs internationaux, 34 % déclarent être moins enclins à visiter les USA si ces règles entrent en vigueur, relaye The Business Travel Magazine. Pour un secteur fondé sur le volume et la récurrence, ce chiffre est politiquement lourd.
Tourisme américain : les données confirment un décrochage structurel
Les chiffres récents confirment que le recul du tourisme aux États-Unis ne relève plus de l’anticipation mais de la réalité. Selon le WTTC, l’application de ces nouvelles exigences pourrait provoquer une baisse de 23,7 % des arrivées internationales depuis les pays concernés dès 2026. Cela représenterait environ 4,7 millions de visiteurs en moins. Sur le plan financier, l’impact est tout aussi révélateur. Les pertes de dépenses touristiques sont estimées à 15,7 milliards de dollars, soit environ 14,7 milliards d’euros, selon CNN.
Le contraste international est saisissant. Selon Le Monde, les arrivées internationales aux États-Unis ont reculé de 5,4 % en 2025, alors que le tourisme mondial progressait de 4 % sur la même période. Le problème n’est donc ni conjoncturel ni global. Il est spécifique à la destination USA et à ses choix politiques. La France illustre parfaitement cette tendance. Les visiteurs français ont diminué de 7 % en 2025, tandis que les tour-opérateurs enregistrent une baisse de 15 % de leur clientèle vers les États-Unis. Les réservations pour l’été 2026 affichent déjà un retard de 30 %.








