Transport aérien en France : une reprise très fragile

L’une des principales faiblesses du modèle français réside dans la pression fiscale et réglementaire exercée sur le secteur aérien.

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Billets d'avions : une explosion des taxes se prépare en 2025
Transport aérien en France : une reprise très fragile © www.nlto.fr

Après quatre années de turbulences provoquées par la crise sanitaire, le transport aérien en France montre des signes de reprise, mais cette dernière reste inférieure aux attentes sectorielles et aux performances de nos voisins européens. En 2024, 205,7 millions de passagers ont été enregistrés dans les aéroports français, soit une hausse de 3,6% par rapport à 2023. Pourtant, ce chiffre demeure 4% en dessous du niveau de 2019, année de référence avant la pandémie.

La France à la traîne au niveau du trafic aérien

Dans le même temps, les performances des aéroports en Europe montrent une hétérogénéité marquée. En effet, la plupart des hubs concurrents ont retrouvé voire dépassé leur niveau pré-pandémie :

  • Turquie : +23% par rapport à 2019
  • Grèce : +22%
  • Italie et Portugal : +17%
  • Union Européenne : +1,6%【3】

Ces chiffres traduisent un décrochage progressif des infrastructures françaises face aux pays les plus dynamiques. Si l’Allemagne ou le Royaume-Uni partagent en partie cette difficulté de reprise, d’autres nations ont su capter une part croissante du marché grâce à une politique fiscale plus attractive et une modernisation accélérée de leurs infrastructures.

Les causes du retard français : une structure de coûts défavorable

L’une des principales faiblesses du modèle français réside dans la pression fiscale et réglementaire exercée sur le secteur aérien. Contrairement à des pays comme l’Espagne ou le Portugal, la France a adopté une politique fiscale particulièrement contraignante, renforcée en 2024 par de nouvelles hausses de taxes.

Une fiscalité alourdie qui pénalise la compétitivité des aéroports français

En janvier 2024, la taxe de solidarité sur les billets d’avion a été multipliée par trois, passant de 2,63 euros à 7,4 euros pour les vols intérieurs et vers l’Europe rappelle l’UAF lors de sa conférence de presse du 12 mars 2025. Cette hausse s’ajoute aux charges existantes :

  • Tarif de Sûreté et de Sécurité (T2S) : en augmentation constante.
  • Taxe Chirac sur les billets d’avion.
  • Écotaxe sur les carburants visant à financer la transition écologique.

Résultat : un billet au départ de la France coûte en moyenne 12% plus cher que dans un pays voisin à cause de la fiscalité et des redevances aéroportuaires.

La chute structurelle du trafic intérieur : -24,8% depuis 2019

Le transport aérien domestique en France n’a pas retrouvé son niveau d’avant-crise et continue de s’éroder, enregistrant une chute de 5% supplémentaires entre 2023 et 2024. Depuis 2019, le recul est vertigineux : -24,8%, soit près d’un quart du marché intérieur.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :

  • La montée en puissance du réseau ferroviaire : l’expansion du TGV et les interdictions de vols courts (moins de 2h30 en cas d’alternative ferroviaire) ont réduit la demande.
  • L’essor des visioconférences et du télétravail : la clientèle professionnelle a modifié ses habitudes.
  • L’effet des nouvelles taxes sur le prix des billets.

Cette tendance structurelle a un impact direct sur la rentabilité des aéroports régionaux, où le trafic domestique représentait un pilier économique central. Lyon (-10,9%), Bordeaux (-14,4%) et Toulouse (-18,5%) font partie des plateformes les plus affectées.

L’inégalité de la reprise selon le type d’aéroport

Si certains grands aéroports souffrent, d’autres enregistrent des performances record. Le cas de Beauvais (+64,6% par rapport à 2019) illustre la dynamique positive des plateformes spécialisées dans le trafic low-cost.

À l’inverse, les aéroports à vocation internationale souffrent d’un double handicap : la fiscalité et l’attrait croissant des hubs étrangers (Amsterdam, Madrid, Lisbonne). En conséquence, les transporteurs internationaux réduisent leurs fréquences sur le marché français au profit d’autres destinations.

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