La France donne aujourd’hui le spectacle affligeant d’un État vidé de sa substance, où le pouvoir ne s’exerce plus, mais se mime. Un État qui communique au lieu de gouverner, qui met en scène sa propre impuissance, qui feint d’agir pour mieux masquer qu’il ne contrôle plus rien. À force de confondre autorité et storytelling, décision et communication, le pays est devenu une sorte de théâtre politique où les acteurs récitent mal un texte qu’ils ne comprennent plus. Le rideau n’est pas tombé, mais la pièce n’a plus de metteur en scène.
Le pouvoir exécutif : de Jupiter à la baudruche
À la tête de cet État fantoche, un chef de l’État qui a fait du « en même temps » une religion et du vide une méthode. Emmanuel Macron incarne cette dérive : celle d’un président persuadé que gouverner, c’est parler. Il a remplacé la décision par la mise en scène, l’action par le signal, la stratégie par le « coup de com ». Le pouvoir, chez lui, n’est plus qu’un spectacle destiné à produire de l’émotion à court terme. Or, la communication n’a jamais fait une politique. Elle crée de la confusion, de l’instantané, du bruit. Ce président n’a jamais gouverné, il a communiqué. Tantôt Jupiter, tantôt « proche des Français », tantôt philosophe ou pompier, il passe d’un rôle à l’autre comme un comédien épuisé qui ne sait plus quel masque porter. Derrière les postures, il n’y a plus rien : pas de cap, pas de vision, pas de projet, du « en même temps » symbole du vide intersidéral de la pensée politique. Même ses silences paraissent creux. Et l’État, privé de boussole, flotte dans le vide, livré à des improvisations successives. À ses côtés, un Premier ministre sans existence politique, choisi pour sa docilité et non pour sa stature. Sébastien Lecornu n’est pas à Matignon pour gouverner, mais pour protéger le président d’une cohabitation. Il n’a qu’un mandat : préserver le fauteuil de celui qui ne préside plus. Le reste, la direction du pays, les choix économiques, les priorités nationales, semble accessoire. Invisible, sans souffle, sans parole, il n’est qu’un gestionnaire du néant, prêt à toutes les compromissions pour maintenir la façade. Le pays vacille, mais la priorité reste de sauver la majorité. Et pour cela, toutes les alliances sont bonnes. On pactise avec un Parti socialiste fantomatique, incapable de représenter plus de 3 % des électeurs, mais qui impose pourtant ses obsessions fiscales comme si la France entière attendait son retour. La taxation des holdings, symbole d’une politique bricolée pour flatter une gauche inexistante, illustre cette trahison démocratique : gouverner aujourd’hui, c’est satisfaire les caprices d’une minorité pour acheter la paix parlementaire. C’est renoncer à la raison d’État pour la survie d’un pouvoir.
Le législatif : le parlement des postures
Le Parlement n’est pas mieux. L’Assemblée nationale, temple du débat et de la loi, est devenue une arène de communication politique. Les députés n’y légifèrent plus, ils tweetent en direct. L’amendement est un instrument de marketing, la loi un support de communication. On ne propose plus des textes pour transformer le pays, mais pour envoyer des signaux à sa base électorale. Une fiscalité démagogique pour flatter les jaloux, une loi « morale » pour émouvoir les réseaux sociaux, un discours tonitruant pour passer au journal de 20 heures. C’est ainsi qu’on produit une inflation législative délirante, où chaque semaine voit naître une nouvelle loi inutile, mal rédigée, jamais appliquée. On empile, on superpose, on corrige la loi précédente par la suivante, sans jamais évaluer les effets des textes votés. Résultat : un droit devenu inintelligible, un Parlement disqualifié, une République gouvernée à la petite semaine. Et dans cette cacophonie, les véritables enjeux, éducation, industrie, énergie, défense, sécurité, émigration, disparaissent, étouffés par la médiocrité des débats.
Le judiciaire : la justice sans sanction
Quant au pouvoir judiciaire, il s’est depuis longtemps égaré dans le déni de réalité. La prison n’est plus une sanction, mais une fiction. Dix ans de réclusion n’est pas dix ans, la perpétuité ne dure jamais toute une vie, et les peines dites « fermes » ne sont plus exécutées faute de place. Le citoyen ne comprend plus : comment croire à une justice qui ne sanctionne plus ? Comment respecter un système où le crime ne paie pas, mais ne coûte plus rien non plus ? La politisation des magistrats, elle, achève le discrédit. Les jugements varient selon les convictions de ceux qui les prononcent. Les délinquants d’extrême gauche sont traités avec mansuétude, les militants de droite avec sévérité. Les violences urbaines sont relativisées, les manifestations conservatrices criminalisées pendant que des black blocs cassent tout en toute impunité car ils s’affichent antifas, c’est à dire contre le mal absolu que représente l’abstraction de la menace fasciste en France. La justice n’est plus le dernier rempart, mais un acteur de la division nationale. Et quand la justice cesse d’être juste, c’est la République qui se défait.
L’administration : le royaume du « toujours plus »
Reste la fonction publique, cette machine hypertrophiée qui s’auto-entretient. Toujours plus de postes, toujours plus de privilèges, toujours moins de résultats. Les effectifs augmentent, les performances chutent. On recrute, on promeut, on crée des grades, des directions, des inspections, mais l’État n’en devient pas plus efficace. Dans la police, l’armée, l’éducation nationale, les bureaux débordent de hiérarchies inutiles pendant que le terrain manque de moyens. Il suffit de regarder l’inflation des grades dans l’administration en comparant aux années 80. Vous verrez une multitude de galons dans tous les sens qui sont apparus à la suite de revendications catégorielles. La fonction publique, c’est aujourd’hui trois tiers : un tiers de gens dévoués, compétents, qui font tourner le système ; un tiers d’incompétents, dont l’inefficacité ralentit tout ; et un tiers de fainéants, placardisés, parfois payés à ne rien faire et qui ne veulent rien faire à part un emploi à vie. Cette structure absurde pèse sur ceux qui travaillent réellement, épuise les bons éléments et encourage les médiocres. Et chaque crise sociale, chaque grogne, se traduit par des concessions supplémentaires : primes, avantages, statuts. Le « toujours plus » a remplacé le service public.
La France qui tient encore
Alors, pourquoi la France ne s’effondre-t-elle pas ? Parce qu’elle tient par la base. Parce qu’il existe une France réelle, celle qui se lève tôt, travaille, invente, exporte, entreprend. Ce sont les artisans, les ingénieurs, les patrons de PME, les salariés, les enseignants de terrain, les agriculteurs, les chercheurs. Ce sont eux qui font vivre le pays pendant que l’État les entrave, les taxe, les décourage. C’est cette France-là, la France active, qui maintient à bout de bras un édifice politique délabré. Mais jusqu’à quand ? On ne saborde pas impunément la confiance d’un peuple. On ne méprise pas éternellement ceux qui produisent la richesse. On ne taxe pas impunément une population pour entretenir un État défaillant, obèse et inefficace. Mais nous arrivons au bout. Ce système ne tient plus que par la résignation de ceux qui paient. Il a longtemps survécu parce que la France réelle compensait les fautes de la France politique, parce que des millions de travailleurs, d’entrepreneurs et de contribuables acceptaient de réparer, de produire, de soutenir. Mais cette France-là s’épuise. Elle ne croit plus, elle ne suit plus, elle ne finance plus. Le pays est désormais miné par une dette sans fin, un appareil d’État saturé, une corruption morale installée au sommet. Plus rien n’est dirigé, plus rien n’est maîtrisé. On ne gouverne plus, on gère la chute. Et la ruine de l’État apparaît désormais au grand jour.
Car plus cette classe politique se sait impuissante, plus elle se crispe. Plus elle se sent jugée, plus elle s’accroche à ses privilèges. Elle protège des postes, pas des principes. Elle défend des carrières, pas la nation. Elle ne pense plus à demain : elle pense à durer jusqu’à ce soir. Cette petitesse, cette médiocrité, cette absence d’idéal éclatent aujourd’hui au grand jour. Et quand cette comédie cessera d’amuser, quand la France qui travaille cessera de soutenir la France qui triche, le système s’effondrera de lui-même. Non pas dans un grand fracas, mais dans un silence de désaveu. Ce sera le moment de vérité : celui où l’État fantoche, privé de citoyens pour soutenir son décor, découvrira sa propre vacuité. Alors viendra le temps du réel. Le temps des comptes. Et peut-être, enfin, celui du redressement.








