Trois mois de débats, des députés mobilisés jour et nuit, et au bout du compte un passage en force brutal avec un 49.3. En organisant une fausse négociation budgétaire avant d’imposer son texte, le gouvernement Lecornu a transformé le Parlement en simple paillasson institutionnel, un lieu sur lequel on s’essuie les pieds avant de décider seul. Au-delà du budget, c’est une humiliation politique et démocratique assumée.
Des députés au travail, un pays qui paie
Pendant trois mois, les députés ont travaillé sur le budget. Des journées entières passées en commission, des nuits de discussion, des compromis arrachés au forceps. Un grand moment démocratique : le Parlement qui discute, débat, tranche. Sur le papier, tout était normal. Dans les faits, le piège était déjà refermé. Le Parlement travaillait, mais l’exécutif avait déjà décidé que ce travail ne serait qu’une étape décorative. Le 49.3 bien que Sébastien Lecornu s’était engagé à ne pas l’utiliser était déjà envisagé.
La promesse qui ne valait rien
L’exécutif a laissé croire à une négociation sincère. Il a encouragé les échanges, laissé les groupes parlementaires s’opposer, se rapprocher, se diviser. Il a même été question de ne pas utiliser le 49.3. Cette promesse a pesé lourd dans les choix des députés, notamment chez ceux qui ont accepté des concessions douloureuses pour éviter un passage en force. Mais cette parole n’engageait rien. Une fois les discussions arrivées à leur limite naturelle, l’exécutif a repris la main. Le 49.3 est tombé. Brutalement. Sans tenir compte du travail accompli. Sans respecter les arbitrages déjà actés. Tout ce qui avait été discuté pouvait être effacé. Le Parlement n’était plus un lieu de décision, mais un simple paillasson politique, utile tant qu’on pouvait s’y essuyer avant d’entrer à Matignon.
Une démocratie transformée en décor
Le message envoyé est limpide. Les députés peuvent parler, débattre, s’agiter, mais la décision finale appartient à l’exécutif, quoi qu’il arrive. Le Parlement devient un décor coûteux, utile pour donner l’illusion du débat, mais sans pouvoir réel au moment décisif. Ce type de pratique ne choque pas seulement les oppositions. Il alimente le dégoût politique, l’abstention, et l’idée que tout est joué d’avance. Quand on promet de ne pas passer en force et qu’on le fait quand même, ce n’est pas seulement une manœuvre politique. C’est une rupture de confiance. Et à force de transformer la démocratie en théâtre, il ne faut pas s’étonner que le public finisse par quitter la salle.








