Vente de dette américaine : le tabou que les États-Unis ne veulent pas voir tomber

La dette américaine est devenue une ligne rouge stratégique. Quand des investisseurs européens commencent à vendre des bons du Trésor, Washington ne voit pas un simple arbitrage financier. Les États-Unis y lisent une remise en cause de leur pouvoir économique, monétaire et politique. Et ils s’en inquiètent ouvertement.

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Depuis janvier 2026, la vente partielle de la dette américaine par des investisseurs européens provoque une réaction disproportionnée à Washington. Officiellement, il ne s’agit que de décisions techniques. Officieusement, les États-Unis redoutent que leur dette cesse d’être un pilier incontestable de l’ordre mondial.

Dette américaine : le socle invisible de la puissance des États-Unis

La dette américaine n’est pas une dette comme les autres. Elle est au cœur du système financier mondial. Les bons du Trésor des États-Unis servent de référence aux marchés, de garantie aux banques centrales et de refuge aux investisseurs en période de crise. Cette centralité confère à Washington un pouvoir immense, souvent sous-estimé.

Lorsque des investisseurs européens achètent de la dette américaine, ils ne financent pas seulement le déficit fédéral. Ils renforcent la domination du dollar, stabilisent les taux américains et contribuent indirectement à la capacité des États-Unis à financer leur armée, leurs sanctions et leur diplomatie. La dette américaine est un instrument de souveraineté globale.

C’est précisément pour cette raison que les premières ventes européennes inquiètent. En Suède, le fonds de pension Alecta a cédé la majorité de ses bons du Trésor américains, représentant entre 7,1 et 8,1 milliards d’euros selon les estimations publiées par Reuters. Le fonds a justifié cette décision par l’imprévisibilité politique des États-Unis et l’augmentation du risque associé à leur dette.

Au Danemark, AkademikerPension a annoncé vouloir vendre l’intégralité de ses obligations américaines, pour un montant proche de 92 millions d’euros. Anders Schelde, directeur des investissements du fonds, a expliqué que les finances publiques américaines n’étaient « pas soutenables à long terme », détaille Reuters. Pour Washington, le danger n’est pas immédiat. Les volumes restent faibles. Mais le symbole est explosif. Si la dette américaine cesse d’être perçue comme intouchable, alors l’architecture financière mondiale commence à se fissurer.

Europe et dette : un levier politique que Washington redoute

Les États-Unis savent que l’Europe détient une part massive de leurs actifs financiers. Les investisseurs européens possèdent environ 7 300 milliards d’euros d’actions et d’obligations américaines, selon La Tribune. Ce chiffre donne le vertige. Il alimente une crainte bien réelle à Washington.

Car une vente coordonnée, même partielle, de dette américaine aurait plusieurs effets. Elle ferait remonter les taux d’intérêt aux États-Unis. Elle renchérirait le coût du financement du déficit fédéral. Elle affaiblirait le dollar à court terme. Et surtout, elle briserait le tabou selon lequel la dette américaine est un actif politiquement neutre.

Certes, une telle stratégie serait coûteuse pour l’Europe elle-même. Les pertes de valorisation seraient immédiates. Les marchés réagiraient brutalement. Mais le simple fait que cette option soit évoquée constitue un changement de paradigme. La dette devient une arme potentielle dans les relations transatlantiques.

Or, selon Reuters, plusieurs grands investisseurs institutionnels nord-européens réévaluent désormais leur exposition aux actifs américains pour des raisons géopolitiques. Pour les États-Unis, cette évolution est dangereuse. Leur puissance repose sur un équilibre fragile : déficit budgétaire élevé, mais financement facile. Tant que le monde achète leur dette, Washington peut emprunter sans contrainte apparente. Si cette mécanique se grippe, même lentement, la crédibilité américaine est atteinte.

Menaces de représailles : la nervosité américaine à nu

La réaction de Donald Trump illustre cette nervosité. À Davos, le président américain a explicitement mis en garde les Européens contre toute tentative d’utiliser la dette américaine comme moyen de pression. « S’ils faisaient cela, il y aurait de grosses représailles, et nous avons toutes les cartes en main », a-t-il déclaré, selon The Guardian le 22 janvier 2026. Cette phrase révèle que Washington perçoit la vente de dette non comme un acte financier, mais comme une attaque politique. La réponse envisagée n’est pas monétaire, mais commerciale et diplomatique.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a tenté de minimiser l’impact des ventes européennes, déclarant que les investissements danois dans la dette américaine étaient négligeables, selon The Guardian. Mais cette communication défensive trahit une inquiétude plus profonde. Washington sait que la confiance est la véritable monnaie de sa dette.

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