Visa interdit à Thierry Breton : Washington ouvre un front politique inédit

La décision a surpris jusqu’aux cercles diplomatiques les mieux informés. En interdisant de Visa plusieurs responsables européens, dont Thierry Breton, les États-Unis franchissent un seuil politique inédit.

Publié le
Lecture : 2 min
Usa 6834543 1280
Visa interdit à Thierry Breton : Washington ouvre un front politique inédit | www.nlto.fr

Le 23 décembre 2025, les États-Unis ont officialisé une interdiction de Visa visant cinq ressortissants européens, parmi lesquels figure Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur. Cette décision, annoncée par le département d’État, s’inscrit dans un contexte politique explosif, où la régulation des plateformes numériques est devenue un enjeu central de souveraineté, de liberté d’expression et de confrontation idéologique.

Visa interdit : une décision politique assumée qui cible la régulation européenne

La mesure d’interdiction de Visa annoncée par les États-Unis ne relève pas d’un simple contentieux administratif. Au contraire, elle s’inscrit clairement dans une logique politique revendiquée par Washington. Selon les autorités américaines, les personnes visées auraient participé à des initiatives visant à contraindre des entreprises technologiques américaines à limiter certains contenus ou opinions jugés sensibles. Dès lors, les États-Unis estiment que ces actions portent atteinte aux valeurs fondamentales de la liberté d’expression, telles qu’elles sont interprétées outre-Atlantique.

Dans ce contexte, le choix de viser Thierry Breton n’a rien d’anodin. Ancien commissaire européen chargé du Marché intérieur entre 2019 et 2024, il a été l’un des principaux architectes de la régulation numérique européenne, notamment à travers le Digital Services Act. Or, pour l’administration américaine, cette régulation constitue une forme de pression politique exercée sur des entreprises privées américaines. C’est précisément ce raisonnement qui fonde l’interdiction de Visa, selon Reuters.

La tonalité employée par Washington illustre la fermeté de cette position. Marco Rubio, figure clé de la diplomatie américaine, a ainsi déclaré que, depuis trop longtemps, « des idéologues européens mènent des actions concertées pour contraindre les plateformes américaines à sanctionner des opinions américaines auxquelles ils s’opposent », selon des propos rapportés par l’AFP.

Pourquoi la mesure provoque une onde de choc politique

La décision américaine a immédiatement suscité de vives réactions en Europe, tant sur le fond que sur la forme. D’abord, parce qu’elle rompt avec une tradition diplomatique de retenue entre alliés historiques. Ensuite, parce qu’elle cible directement une figure emblématique de la politique européenne de régulation. Thierry Breton n’est pas un responsable marginal. Il incarne, aux yeux de nombreux observateurs, la volonté européenne de reprendre le contrôle de son espace numérique face aux géants technologiques américains.

Face à cette interdiction de Visa, Thierry Breton a réagi publiquement, dénonçant ce qu’il perçoit comme une dérive idéologique. Interrogé par des médias européens, il a ironisé sur la situation en évoquant un possible retour de pratiques assimilables à une chasse aux sorcières, selon une expression rapportée par Sweden Herald. Cette réaction souligne à quel point la décision américaine est vécue, côté européen, comme une remise en cause directe de la légitimité des politiques publiques européennes.

Du côté des États-Unis, la communication est assumée et structurée. La sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique, Sarah Rogers, a confirmé l’identité des personnes concernées par l’interdiction de Visa via des déclarations publiques. Ce choix de transparence, loin d’apaiser les tensions, a contribué à amplifier la polémique. En effet, en rendant publique cette liste, Washington envoie un message clair : la régulation européenne de la tech est perçue comme une menace stratégique.

Au-delà du cas personnel de Thierry Breton, l’interdiction de Visa soulève des questions fondamentales sur l’avenir des relations transatlantiques. La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, a réagi avec une fermeté inhabituelle. Il a rappelé que « les peuples de l’Europe sont libres et souverains et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique », selon l’AFP.

Laisser un commentaire