Réalisée entre le 14 et le 22 janvier 2026, l’enquête Odoxa pour Entreprise & Progrès met en lumière une évolution significative des attentes citoyennes. Dans un contexte de défiance politique persistante, le vote apparaît désormais comme un terrain d’expression où entreprises et salariés sont appelés à jouer un rôle plus actif, au-delà de la seule sphère économique.
Vote et entreprises : une légitimité civique reconnue par les Français et les salariés
D’abord, les résultats de l’enquête soulignent une adhésion majoritaire à l’idée d’une implication civique des entreprises. 57 % des Français estiment que les entreprises devraient inciter leurs salariés à aller voter, selon l’enquête Odoxa. Ce niveau est strictement stable par rapport à 2024, ce qui traduit une attente durable et non conjoncturelle, comme le souligne l’institut dans sa synthèse officielle.
Ensuite, cette perception se retrouve presque à l’identique chez les actifs. 56 % des salariés interrogés se disent favorables à une incitation au vote par leur entreprise, tandis que 43 % y sont opposés, ce qui montre un débat encore clivant mais largement majoritaire en faveur de l’engagement civique. Cette proximité entre opinion générale et opinion salariale confirme que le vote n’est pas perçu comme une intrusion mais comme une responsabilité partagée.
Par ailleurs, les écarts socioprofessionnels éclairent les dynamiques internes aux entreprises. 60 % des cadres se déclarent favorables à ce type d’incitation, contre 53 % des ouvriers. Si le soutien est plus marqué chez les catégories les plus qualifiées, il demeure néanmoins majoritaire dans l’ensemble du salariat, ce qui renforce la légitimité de l’entreprise comme acteur de cohésion démocratique.
Enfin, cette adhésion s’inscrit dans un climat plus large de confiance accordée au monde économique. 59 % des Français déclarent faire confiance aux entreprises pour “changer les choses en France”, loin devant les associations, les syndicats et surtout les responsables politiques. Cette crédibilité explique en partie pourquoi l’incitation au vote par les entreprises est perçue comme acceptable, voire souhaitable.
Vote, salariés et responsabilité sociétale : un prolongement naturel de la RSE
Ensuite, l’incitation au vote s’inscrit clairement dans une conception élargie de la responsabilité sociétale des entreprises. Selon l’enquête Odoxa, 75 % des Français estiment que les entreprises doivent mettre sur un pied d’égalité performance économique et impact social et environnemental, même si 21 % privilégient désormais la seule rentabilité, un chiffre en hausse de sept points sur un an. Cette tension n’efface toutefois pas l’attente majoritaire d’un engagement global.
Dans ce cadre, le vote apparaît comme un prolongement logique de la RSE. Les salariés eux-mêmes intègrent cette dimension dans leur rapport au travail. 76 % des salariés déclarent que l’implication d’une entreprise en matière de RSE compterait dans leur décision de la rejoindre. Cette attente concerne aussi bien les grandes entreprises que les structures plus modestes, traduisant une évolution profonde des critères d’attractivité employeur.
Par ailleurs, la connaissance des engagements RSE progresse, même si elle reste imparfaite. 54 % des salariés déclarent connaître les engagements de leur entreprise en matière de RSE, contre 37 % en 2023. Toutefois, seuls 17 % affirment savoir précisément ce que fait leur entreprise, ce qui souligne un enjeu de pédagogie et de lisibilité, y compris sur les sujets civiques comme le vote.
Dans ce contexte, l’incitation au vote ne se limite pas à un geste symbolique. Elle s’inscrit dans une attente plus large de contribution au lien social et démocratique. Comme l’indique Céline Bracq, directrice générale d’Odoxa, « dans un contexte de fragilisation du lien démocratique, les entreprises sont jugées légitimes sur l’enjeu de la participation ».
Vote, entreprises et confiance : un signal adressé à la démocratie
Enfin, l’analyse des priorités assignées aux entreprises éclaire la place singulière du vote dans l’opinion publique. Interrogés sur les domaines où les entreprises devraient agir en priorité, 54 % des Français citent l’égalité entre les femmes et les hommes, et 54 % la souveraineté économique et le made in France. Ces thématiques structurantes coexistent avec une attente civique croissante.
Chez les salariés, ces priorités restent élevées, mais la hiérarchie se resserre. 53 % des salariés placent l’égalité femmes-hommes en tête, devant la souveraineté économique à 49 %. Cette stabilité des attentes sociales renforce l’idée que l’entreprise n’est plus seulement un acteur économique, mais aussi un espace de transmission de valeurs collectives, parmi lesquelles le vote occupe une place centrale.
De plus, la stabilité du soutien à l’incitation au vote constitue un signal fort. 25 % des Français répondent “oui, certainement” et 32 % “oui, probablement” à la question de l’incitation par les entreprises, selon Odoxa, tandis que 42 % expriment une opposition, partagée entre refus probable et certain. Cette répartition montre que le débat reste ouvert, mais qu’il repose désormais sur une base majoritairement favorable.
Ainsi, loin d’être perçue comme une ingérence, l’incitation au vote par les entreprises apparaît comme un prolongement de leur rôle social. Pour Céline Bracq, « les entreprises demeurent l’acteur jugé le plus crédible pour changer les choses en France ». Dans ce cadre, le vote devient un marqueur supplémentaire de cette crédibilité.








