Le 2 février 2026, le président des États-Unis, Donald Trump, a officialisé le lancement d’un projet inédit : la création d’une réserve stratégique de matières premières critiques. Cette réserve, pensée comme un outil industriel et géopolitique, doit protéger l’économie américaine contre les ruptures d’approvisionnement, tout en renforçant la stratégie nationale face aux tensions commerciales internationales.
Une réserve stratégique de terres rares au cœur de la stratégie industrielle américaine
La réserve stratégique annoncée par l’administration américaine repose sur une logique simple : sécuriser les matières premières indispensables à l’industrie moderne. Depuis plusieurs années, les chaînes d’approvisionnement mondiales ont montré leur fragilité. Or, selon Reuters, le projet baptisé « Project Vault » vise explicitement à empêcher que les entreprises américaines ne soient pénalisées par des pénuries soudaines de minerais essentiels, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’électronique et de la défense.
Dans ce cadre, la réserve doit fonctionner comme un filet de sécurité. À l’image de la réserve stratégique de pétrole, elle permettra de libérer rapidement des volumes de matières premières en cas de choc géopolitique ou commercial. Donald Trump a ainsi déclaré que, pendant des années, les entreprises américaines avaient risqué « de manquer de minéraux critiques lors de perturbations du marché », lors de l’annonce officielle.
Cependant, cette réserve stratégique ne se limite pas à une logique de crise. Elle s’inscrit aussi dans une stratégie industrielle de long terme. Selon le Financial Times, le projet doit soutenir la relocalisation de certaines chaînes de valeur et offrir de la visibilité aux industriels, qui pourront planifier leurs investissements en s’appuyant sur une réserve accessible en cas de tension sur les marchés.
Quelles matières premières pour la réserve stratégique américaine ?
La composition de la réserve stratégique constitue l’un des éléments centraux du projet. D’après Mining.com, la réserve intégrera à la fois des terres rares et d’autres matières premières critiques. Sont notamment concernés le lithium, le cobalt, le nickel et le gallium, des métaux indispensables à la fabrication des batteries, des semi-conducteurs et des équipements de défense.
Les terres rares occupent une place particulière dans cette stratégie. Utilisées dans les aimants permanents, les moteurs électriques ou encore les technologies militaires, elles sont aujourd’hui largement dominées par la production chinoise. La réserve stratégique vise donc à réduire la vulnérabilité industrielle américaine face à cette concentration de l’offre. Selon Reuters, l’objectif affiché est de constituer un stock capable de couvrir environ soixante jours de consommation pour certaines matières clés, en cas de rupture brutale des importations. Selon des responsables la liste des matières premières pourra évoluer en fonction des besoins industriels et des tensions géopolitiques.
Un projet à 12 milliards de dollars au service d’un objectif géopolitique
Le coût de la réserve stratégique constitue un autre marqueur fort du projet. Selon Bloomberg, l’investissement total atteint 12 milliards de dollars. Cette somme repose sur un montage financier hybride, combinant fonds publics et capitaux privés. Dans le détail, environ 10 milliards de dollars seront apportés sous forme de prêts par l’Export-Import Bank des États-Unis. À cela s’ajoutent près de 2 milliards de dollars de capitaux privés provenant d’entreprises partenaires du projet. Ces entreprises, issues notamment des secteurs automobile et technologique, paieront des frais d’accès pour bénéficier de la réserve stratégique, comme l’indique le Financial Times.
L’objectif dépasse toutefois la seule dimension économique. Selon Bloomberg, la réserve stratégique est explicitement conçue pour contrer la domination chinoise sur les chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques. Dans un contexte de rivalité stratégique croissante, Washington entend ainsi se doter d’un outil de dissuasion économique, capable d’amortir les effets de sanctions, de restrictions à l’exportation ou de conflits commerciaux. Cette réserve stratégique marque un changement de doctrine. Il ne s’agit plus seulement de laisser le marché gérer les flux de matières premières, mais bien d’assumer une intervention directe de l’État pour sécuriser l’industrie nationale. Une orientation assumée par l’administration Trump, qui voit dans ce projet un pilier de la souveraineté industrielle américaine.








