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La petite cuisine de l’édition





Contre toute attente, le déjeuner est encore très pratiqué dans le milieu de l’édition, notamment en période de prix et de rentrée.


La petite cuisine de l’édition
C’est le sacro-saint. Une façon de séduire les auteurs, de les débaucher – rarement – ou de les fidéliser. De réseauter, de s’assurer le soutien des journalistes, des critiques. Dans l’édition, le déjeuner est tout cela à la fois. Autant dire qu’il est éminemment stratégique. S’il a lieu tout au long de l’année, dans les périodes de Rentrée littéraire ou de Prix comme aujourd'hui, sa pratique redouble. C’est un genre de rituel incontournable. Dans la réalité, cela explique pourquoi il est parfois difficile d’obtenir au téléphone, un acteur de l’édition entre 13 et 15 heures. Le quidam déjeune.
 
Le sujet est un sujet. D’ailleurs, le magazine professionnel Livres Hebdo qui s’est lancé dans l’aventure, s’est heurté à quelques écueils. Je cite : « Ah, non ! Vous allez stigmatiser le fait qu’on déjeune tous les jours sur notes de frais ! », avance une attachée de presse, quand le journaliste tente de la questionner. Le patron du Dilettante, Dominique Gaultier, choisi la carte de l’humour : « Livres Hebdo en est rendu aux sujets alimentaires ? » Dans l'édition, le déjeuner est un sujet sensible donc. « Ce n’est pas un sujet grave, mais c’est une affaire d’importance », explique le directeur de la collection Fiction & Cie au Seuil, Bernard Comment. Le ton est donné.
 
Déjeuners avec des auteurs, des journalistes, des confrères, des agents… Le déjeuner fait partie intégrante de la cuisine de l’édition. Après, les QG et les adresses varient selon des critères de cuisine interne justement, et souvent, de budget : du Dôme à la Closerie des Lilas en passant par Le Récamier, La Méditerranée, La Ferme Saint-Simon pour les éditeurs et les auteurs considérés comme des pointures ; cantines plus modestes pour certaines attachées de presse... Il y a de tout. À boire et à manger. Des adresses également, qui sont considérées comme le deuxième bureau ou l’annexe d’une maison d’édition : Le Perron pour Grasset, Le Select pour Fayard, Le Montalembert pour Antoine Gallimard… Pas idéal de déjeuner au coude à coude avec tout le milieu, d’autres adresses sont donc plus anonymes, plus discrètes et moins chères. Plus galvaudées aussi, comme Les Éditeurs.
 
Dans tous les cas, les déjeuners ont lieu dans un périmètre bien défini entre Saint-Germain-des-Près et Montparnasse. Quid des groupes qui ont déménagé très loin de cette zone, comme Flammarion ou comme Le groupe La Martinière dont le Seuil dépend ? La Martinière s’est installé boulevard Romain Rolland dans le 14ème au-delà du périph’. D'ailleurs, Livres Hebdo rapporte la remarque d’un journaliste littéraire : « Déjeuner porte d’Orléans ? Mais ça n’existe pas ! » CQFD.