Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 prévoit une diminution du plafond de remboursement des arrêts de travail. Cette mesure suscite des réactions contrastées, notamment du côté des complémentaires santé, qui redoutent un transfert de charge vers les entreprises et les assurés.
Le 17 février 2025, le Sénat a validé en lecture définitive le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour l’année à venir. Dans un contexte budgétaire contraint, marqué par un déficit prévu de 22 milliards d’euros, le gouvernement entend rationaliser certaines dépenses, notamment celles liées aux arrêts maladie. Parmi les mesures les plus débattues, la réduction du plafond de remboursement des arrêts de travail cristallise les tensions.
Une réforme motivée par la maîtrise des dépenses
En 2024, les indemnités journalières versées au titre des arrêts de travail représentaient une charge de près de 16 milliards d’euros pour la Sécurité sociale. Cette progression constante est en partie attribuée à l’augmentation du nombre de jours d’arrêts prescrits et à une meilleure couverture des salariés. Face à cette dynamique, le gouvernement a décidé de revoir le mode de prise en charge des indemnités journalières.
Jusqu’à présent, la Sécurité sociale couvrait 50 % du salaire brut d’un salarié en arrêt de travail à partir du quatrième jour d’absence, dans la limite d’un plafond de 3 240 euros brut par mois. La réforme prévoit une baisse de ce plafond à 2 520 euros brut, soit une diminution de 720 euros brut par mois pour les salariés concernés. Cette modification vise à limiter l’augmentation des dépenses publiques, en incitant les entreprises et les complémentaires santé à prendre une part plus importante dans le financement des arrêts de travail.
Une répercussion sur les entreprises et les mutuelles
Avec cette nouvelle mesure, les entreprises seront confrontées à un choix : compenser la perte pour leurs salariés via des accords de maintien de salaire ou laisser ces derniers dépendre des complémentaires santé. Les contrats de prévoyance souscrits par les employeurs pourraient ainsi devenir un levier central pour garantir une couverture adéquate des arrêts maladie.
Les organismes complémentaires anticipent une augmentation de leur charge financière, qui pourrait se traduire par une hausse des cotisations. Certains représentants du secteur considèrent que cette évolution représente un transfert de coût masqué, reportant une partie du financement public sur le secteur privé. En effet, si les mutuelles doivent assumer un remboursement accru, elles pourraient ajuster leurs tarifs en conséquence, avec un impact direct sur les cotisations des assurés.
Un effet domino sur le reste à charge des assurés ?
Cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large de réajustements des remboursements de l’Assurance maladie. Depuis plusieurs années, la tendance est à une augmentation progressive du reste à charge pour les patients, que ce soit en matière de médicaments, de consultations médicales ou de soins spécialisés.
En parallèle, d’autres dispositions du budget 2025 de la Sécurité sociale pourraient affecter la prise en charge des soins. L’instauration de la « taxe lapin », destinée à pénaliser les patients qui ne se présentent pas à leurs rendez-vous médicaux sans justification, et l’augmentation des taxes comportementales sur certains produits de consommation s’inscrivent dans cette volonté de responsabilisation des usagers du système de santé.
Quels enjeux pour l’avenir du système de santé ?
La réforme du remboursement des arrêts de travail pose la question plus large de l’équilibre du financement de la protection sociale en France. Si la nécessité de contenir le déficit public est un argument avancé par les pouvoirs publics, la manière dont cette rationalisation est mise en œuvre suscite le débat.
L’évolution du rôle des complémentaires santé et des employeurs dans la prise en charge des arrêts maladie pourrait modifier en profondeur le modèle de solidarité sur lequel repose le système de Sécurité sociale. Une augmentation des cotisations pourrait rendre l’accès à une couverture renforcée plus coûteux, accentuant les inégalités entre les travailleurs selon leur statut et leur niveau de revenu.








