Modèle d’abonnement piégé : la FTC attaque Uber

Le 21 avril 2025, la FTC a officiellement assigné Uber Technologies Inc. et sa filiale Uber USA LLC devant le tribunal.

Publié le
Lecture : 2 min
UberEats, l’Uber de la livraison de repas
Modèle d’abonnement piégé : la FTC attaque Uber © www.nlto.fr

La plainte déposée par la Federal Trade Commission contre Uber n’est pas un simple litige commercial. Elle constitue un acte de régulation majeur dans un marché où les mécanismes d’abonnement récurrents sont devenus une norme stratégique pour fidéliser — ou capturer — les clients. Le recours judiciaire vise directement les fondations de l’économie de plateforme et pourrait redéfinir les limites de la concurrence loyale.

Une plainte structurée autour de deux axes de concurrence déloyale

Le 21 avril 2025, la FTC a officiellement assigné Uber Technologies Inc. et sa filiale Uber USA LLC devant le tribunal fédéral du district Nord de Californie (dossier n° 3:25-cv-03477), accusant l’entreprise d’avoir déployé une stratégie commerciale reposant sur des procédés qualifiés de « déloyaux » et « trompeurs ».

Deux fondements juridiques sont invoqués :

  • La section 5 du FTC Act, qui interdit les pratiques commerciales déloyales affectant les consommateurs ou la concurrence.
  • Le Restore Online Shoppers’ Confidence Act (ROSCA), qui encadre strictement les ventes par abonnement en ligne.

L’accusation porte sur la manière dont Uber aurait :

  1. Enrôlé des utilisateurs à leur insu dans son service “Uber One”.
  2. Facturé des clients sans consentement clair.
  3. Complexifié à l’extrême la procédure de désabonnement.

L’autorité fédérale parle d’un « système d’obstacles » conçu pour décourager la résiliation, entravant ainsi la fluidité du marché.

Un modèle d’abonnement fondé sur l’opacité

Le service Uber One, facturé jusqu’à 9,99 dollars par mois (environ 9,40 euros), offre des avantages tarifaires sur les courses et les livraisons. Mais selon la FTC, les économies mises en avant (25 dollars par mois) n’intègrent pas le coût de l’abonnement, et les conditions sont dissimulées dans des zones de l’interface difficilement lisibles.

Le dossier juridique fait état de 23 écrans et 32 actions nécessaires pour parvenir à la désinscription complète. Certains utilisateurs affirment avoir été prélevés malgré la demande d’annulation ou en l’absence d’un compte actif. D’autres rapportent des prélèvements anticipés en pleine période d’essai gratuite.

Un tournant stratégique dans la régulation des plateformes

Cette action de la FTC s’inscrit dans une dynamique plus large de surveillance des dark patterns, ces procédés d’interface numérique destinés à manipuler l’utilisateur. Elle envoie un signal fort à l’ensemble de l’économie numérique : les logiques de rétention forcée ne relèvent plus d’un simple désagrément UX, mais d’un comportement anticoncurrentiel susceptible de poursuites fédérales. « Uber n’a pas seulement trompé les consommateurs. Elle a mis en place un système intentionnel d’obstruction à la résiliation. » Andrew N. Ferguson, président de la FTC, communiqué officiel du 21 avril 2025

Si la plainte est confirmée par la justice, la jurisprudence pourrait imposer des standards nouveaux de transparence, notamment sur les modèles freemium, les essais gratuits et les renouvellements automatiques.

Uber nie, les marchés s’inquiètent

La réaction boursière a été immédiate : le titre Uber a reculé de 3,9 %, tombant à 72,28 dollars (≈ 68,10 euros). Cette chute s’explique autant par l’effet d’annonce que par l’incertitude juridique entourant désormais le modèle d’abonnement d’Uber, qui constitue une source de revenus récurrents stratégique pour l’entreprise.

Le groupe a tenté de minimiser les accusations. Dans une déclaration à l’AFP relayée par BFMTV, un porte-parole d’Uber a affirmé : « Les processus d’inscription et d’annulation sont simples et conformes à la loi. Nous sommes confiants dans la capacité du système judiciaire à le reconnaître. »

Laisser un commentaire