Les glaciers reculent. Or, cette disparition progressive de la glace n’a pas seulement des conséquences sur le niveau des mers. Elle pourrait aussi libérer une énergie insoupçonnée : celle des volcans endormis. C’est l’une des révélations majeures d’une série d’études scientifiques publiées ces derniers mois. En Islande, en Antarctique, au Chili ou en Alaska, les chercheurs observent les mêmes signaux : la fonte accélérée des glaciers pourrait précipiter le réveil de plusieurs volcans jusqu’ici considérés comme inactifs.
Quand la glace empêche le magma de remonter
Les scientifiques savent depuis longtemps que la pression qu’exerce un glacier sur le sol agit comme un couvercle. Cette masse glacée compacte maintient la croûte terrestre dans un état de stabilité relative. Mais quand cette pression disparaît, le sous-sol se dilate, et le magma peut remonter plus facilement.
L’un des volcans les plus surveillés aujourd’hui est l’Öræfajökull, en Islande. Selon une étude publiée dans Nature le 18 mars 2025, sa chambre magmatique est en mouvement. Des microséismes, des déformations du terrain et une hausse des températures internes ont été enregistrés depuis l’hiver. Les géophysiciens estiment que ces signaux sont « compatibles avec une instabilité croissante liée à la fonte glaciaire ».
Le cas du Mont Spurr en Alaska
De l’autre côté du globe, en Alaska, le Mont Spurr, situé à 129 kilomètres d’Anchorage, montre aussi des signes de réveil. Dans un bulletin publié le 11 avril 2025, l’USGS (United States Geological Survey) rapportait une activité sismique « anormalement élevée » avec 55 séismes détectés en une semaine. Des effondrements partiels de glace ont été constatés à proximité du cratère, sans émission de gaz pour le moment. Le niveau d’alerte est modéré, mais les équipes de surveillance restent mobilisées. Le volcan avait déjà connu une éruption en 1992. Depuis, sa calotte glaciaire a perdu plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur.
Et ce phénomène n’est pas limité à quelques volcans isolés. Selon un article de Phys.org publié le 7 juillet 2025, la fonte des glaciers pourrait affecter la stabilité de plus de 120 volcans dans les Andes, l’Antarctique et d’autres régions polaires.
Les chercheurs évoquent un risque potentiel d’éruptions en cascade, si plusieurs systèmes volcaniques entraient en activité sous l’effet combiné de la déglaciation et des changements tectoniques. Le volcanologue Sebastian Watt explique que « la fonte des glaces peut modifier la pression interne des systèmes magmatiques, les rendant plus vulnérables à des éruptions soudaines ».
Une interaction climat-volcan encore mal intégrée
La plupart des modèles de prévision volcanique se fondent sur des paramètres sismiques et géochimiques. Mais les effets du changement climatique, et en particulier de la fonte glaciaire, sont encore rarement intégrés dans ces scénarios. Or, comme le souligne Live Science dans un article du 8 juillet 2025, « le réchauffement accélère les processus de dépressurisation et crée des conditions favorables aux éruptions explosives ». Dans certaines zones, les satellites ont détecté des variations thermiques, des déformations du sol et une recrudescence de petits séismes, autant de signaux précoces.
Il ne s’agit pas d’annoncer une catastrophe imminente. Aucun volcan n’est sur le point d’entrer en éruption à cause de la seule fonte des glaces. Mais les données sont suffisamment préoccupantes pour que la communauté scientifique appelle à une prise en compte rapide de ce facteur dans la gestion des risques.











