Chine : vers la fin du liquide avec le paiement biométrique

En Chine, le liquide semble avoir disparu des poches au profit de systèmes numériques de plus en plus sophistiqués. Tandis que le QR code règne toujours, le pays teste déjà des solutions biométriques avancées qui pourraient bien redéfinir le paiement de demain. Mais cette transition radicale pose aussi des questions essentielles sur la vie privée, la sécurité et l’inclusion.

Publié le
Lecture : 3 min
Chine : vers la fin du liquide avec le paiement biométrique
Chine : vers la fin du liquide avec le paiement biométrique © www.nlto.fr

Depuis juin 2025, les autorités chinoises encadrent plus strictement l’usage de la reconnaissance faciale dans les paiements. Une évolution notable dans un pays où 90 % des transactions s’effectuent déjà sans argent liquide. Ce mouvement vers une économie sans cash illustre à quel point la Chine est devenue un laboratoire à ciel ouvert pour les technologies de paiement biométrique, tout en soulevant de sérieuses interrogations économiques, sociales et réglementaires.

En Chine, le paiement sans argent atteint une nouvelle dimension biométrique

Dans la plupart des grandes villes de Chine, il est devenu inhabituel — presque déplacé — de régler en espèces. « Si vous sortez des billets dans un café, on vous regarde de travers », observe Samuel Emch, reporter en mission à Pékin, dont les propos ont été rapportés par BFMTV. À la place, les consommateurs utilisent massivement les applications de paiement comme WeChat ou Alipay, via QR code, dans plus de 90 % des cas, selon le média.

Mais la vraie rupture se joue ailleurs : dans les paiements biométriques. Dans plusieurs magasins et transports publics, les usagers peuvent déjà régler en scannant leur paume. Cette technologie analyse à la fois la forme externe et les veines internes de la main, offrant un niveau de sécurité plus élevé que la simple empreinte digitale.

Parallèlement, des tests sont menés pour des systèmes encore plus futuristes : reconnaissance du visage, de la voix, et même d’un simple sourire. Ces technologies ambitionnent de rendre le paiement invisible, intégralement intégré au corps.

Avantages technologiques et gains économiques visibles

Si la Chine pousse aussi fort ces nouveaux moyens de paiement, c’est en partie pour leurs bénéfices logistiques et économiques. Dans la province du Heilongjiang, par exemple, le volume des transactions mobiles réalisées par des étrangers a été multiplié par 4,9 entre janvier 2024 et janvier 2025, tandis que leur valeur totale a été multipliée par 8,1, selon China Daily. L’intégration des touristes dans l’écosystème numérique local a été facilitée par la possibilité de relier des cartes internationales aux applications locales.

Au niveau national, la dématérialisation du paiement permet aussi une traçabilité accrue, un contrôle fiscal renforcé, et une réduction des coûts logistiques liés à la gestion des espèces. Cela alimente également les ambitions chinoises autour du yuan numérique, qui pourrait à terme coexister — voire remplacer — les plateformes privées.

D’un point de vue technologique, la Chine s’appuie sur une infrastructure mobile très dense, des bases de données biométriques consolidées, et une population largement familiarisée avec le numérique. Cela crée un terrain propice pour tester à grande échelle des solutions que d’autres pays n’osent encore qu’imaginer.

Surveillance, exclusion, asymétrie : les revers d’une modernisation rapide

Mais cette transition ne va pas sans heurts. Le recours massif aux technologies biométriques dans le paiement soulève de sérieuses questions éthiques et juridiques. La Commission chinoise de cybersécurité a récemment dû intervenir pour imposer des garde-fous : « Les règles […] introduisent un principe de non‑obligatorité, stipulant que la reconnaissance faciale ne peut être le seul mode de vérification identitaire si d’autres modes non faciaux peuvent satisfaire l’objectif requis », a précisé l’organisme dans China Daily.

Depuis le 1er juin 2025, une nouvelle réglementation impose aux entreprises qui collectent des données faciales de plus de 100 000 personnes de s’enregistrer auprès de l’administration locale de la cybersécurité. Objectif : limiter les abus et garantir un consentement éclairé des utilisateurs. Toutefois, sur le terrain, les dérives persistent. Les paiements par reconnaissance faciale restent largement proposés sans alternatives, et peu d’utilisateurs sont réellement informés de leurs droits.

À cela s’ajoutent les risques techniques : vols de données biométriques, piratages, deepfakes, ou encore faux QR codes circulent sur le marché noir. La sécurité des systèmes, bien que renforcée, n’est pas infaillible. Les QR codes dynamiques ou les doubles authentifications biométriques réduisent les risques, mais ne les éliminent pas totalement.

Enfin, la disparition du liquide accentue les inégalités d’accès. Les personnes âgées, peu familières du numérique, se retrouvent exclues de certains services. Dans les zones rurales, l’infrastructure nécessaire à ces systèmes biométriques est encore lacunaire. De même, certains touristes rencontrent toujours des difficultés pour utiliser les plateformes locales malgré les améliorations.

Laisser un commentaire