Le retour du Chaman QAnon : Jacob Chansley poursuit Donald Trump pour 40 000 milliards de dollars

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Chaman QAnon
Chaman de QAnon | www.nlto.fr

Il avait disparu du radar depuis sa libération en 2023. Le voilà de retour, plus mystique que jamais. Jacob Chansley, alias le “QAnon Shaman”, l’homme torse nu et coiffé de cornes qui avait déambulé dans les couloirs du Capitole le 6 janvier 2021, vient de déposer une plainte surréaliste contre Donald Trump et une série d’institutions publiques et privées. Le montant réclamé ? 40 000 milliards de dollars. Oui, milliards. L’affaire, révélée par le Phoenix New Times, mêle revendication politique, délire juridique et revanche personnelle. Et elle en dit long sur la dérive paranoïaque d’une frange du conspirationnisme américain, désormais retournée contre ses propres héros.

Du Capitole à la croisade judiciaire

Jacob Anthony Chansley, 36 ans, n’est pas un inconnu du système judiciaire américain. Figure emblématique de l’assaut du Capitole, il avait plaidé coupable en 2021 pour obstruction à une procédure officielle, écopant d’une peine de 41 mois de prison fédérale. Après avoir purgé un peu plus de deux ans, il avait été transféré dans une maison de transition, puis gracié en janvier 2025, au tout début du second mandat de Donald Trump. Une rédemption spectaculaire ? Pas vraiment. Quelques mois après sa libération, Chansley a de nouveau sombré dans une rhétorique confuse mêlant spiritualité, politique et vengeance. Et dans sa dernière apparition publique, il franchit un cap : accuser Trump lui-même, celui qu’il considérait autrefois comme un élu quasi divin.

Une plainte extravagante

Déposée devant la cour supérieure du comté de Maricopa, en Arizona, la plainte de 26 pages ressemble davantage à un manifeste qu’à un document juridique. Trump y figure aux côtés d’une liste improbable: la Réserve fédérale, la NSA, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, la Banque des règlements internationaux, l’État d’Israël, la DARPA, T-Mobile, Warner Bros. Studios, et même X Corp., la société d’Elon Musk. Le chaman y accuse ces institutions d’avoir violé la Constitution, de l’avoir espionné, de lui avoir volé 100 000 dollars en cryptomonnaies et, plus insolite encore, d’avoir utilisé ses écrits pour inspirer des films comme The Dark Knight et Avatar. Il affirme par ailleurs être le “président légitime” d’une “Nouvelle République constitutionnelle des États-Unis”, dont Phoenix, sa ville natale, serait la capitale. Le Phoenix New Times, qui a consulté la plainte et s’est entretenu avec lui, rapporte que Chansley a fourni un lien Google Drive regroupant des centaines de captures d’écran de ses tweets, censés prouver ses accusations. La plupart n’ont aucun rapport avec le dossier : on y trouve des messages adressés à Trump, des réflexions métaphysiques et quelques diatribes contre la Réserve fédérale.

“Trump m’a trahi”

Dans son entretien téléphonique avec le Phoenix New Times, Chansley explique sa volte-face : “Trump m’a trahi. Il savait. Il m’a laissé tomber.” Pour lui, l’ancien président serait désormais complice du “système” qu’il prétendait combattre. L’homme qui voyait autrefois Trump comme un messie patriote en guerre contre “l’État profond” le décrit aujourd’hui comme “l’un des pires menteurs”. Un revirement spectaculaire, mais pas inédit : de nombreux anciens partisans du mouvement QAnon se sont détournés de leur idole depuis 2023, déçus par l’absence de “révélation” ou de “plan secret” censé sauver l’Amérique. Sur le plan juridique, la plainte de Chansley n’a aucune chance d’aboutir. Les accusations sont imprécises, les montants irréalistes, et la plupart des institutions citées bénéficient d’immunités légales. Mais dans ce théâtre de l’absurde, la procédure compte plus que le verdict. Comme souvent avec les figures issues de QAnon, l’objectif n’est pas de gagner, mais de performer. Le procès devient un acte politique, une sorte de rituel de purification symbolique. Chansley y rejoue son rôle préféré : celui du prophète persécuté par les puissants, le guerrier spirituel trahi par les siens.

Le naufrage du mythe QAnon

Ce nouvel épisode illustre surtout la désintégration du mythe QAnon. À sa naissance, le mouvement promettait un combat cosmique entre le Bien (incarné par Trump) et le Mal (le supposé “État profond”). Cinq ans plus tard, le conte s’est transformé en guerre interne, entre anciens croyants désabusés. Le “chaman”, autrefois symbole d’un nationalisme mystique, en devient le bouffon tragique : un homme enfermé dans son propre récit, persuadé que Hollywood, la NSA et Donald Trump conspirent contre lui. La justice, elle, tranchera vite. Mais dans l’Amérique de 2025, la frontière entre le tribunal et le spectacle n’a jamais été aussi floue.

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