Hong Kong retrouve des accents de ruée vers l’or. Cette semaine, des files entières se sont formées devant les bijouteries et comptoirs d’achat du quartier central, où les habitants se pressaient pour convertir leurs bijoux et lingots en liquidités. Selon le Los Angeles Herald (Anabelle Colaco, 13 octobre 2025), la flambée du métal jaune — qui a franchi pour la première fois la barre des 4 000 dollars l’once — a déclenché un véritable réflexe de vente. Les boutiques comme Chong Kee Gold Shop ont dû cesser de distribuer des tickets dès le milieu de l’après-midi, après avoir atteint leur quota de 300 clients. L’atelier pesait, testait, et rachetait à la chaîne bracelets et barres d’or, certains clients recevant des chèques dépassant 100 000 HK$. Cette effervescence traduit une double réalité : d’un côté, la valorisation record du métal, de l’autre, un climat d’incertitude économique et géopolitique qui pousse les particuliers à sécuriser leurs avoirs. L’or devient une monnaie d’urgence dans un environnement financier perçu comme instable.
Chine continentale : prudence et repositionnement
À la différence de Hong Kong, la Chine continentale n’assiste pas à une vague de ventes massives. À Shanghai, les commerçants rapportent davantage d’acheteurs que de vendeurs, beaucoup échangeant d’anciens bijoux contre des modèles récents — signe que l’or reste une valeur de confiance. Selon Reuters, les données de la China Gold Associationmontrent qu’au premier semestre 2025, la demande de bijoux a chuté de 26 % en volume, tandis que l’investissement en lingots et pièces progressait de 23,7 % (BullionVault). En parallèle, les vendeurs d’or en Chine ont consenti à des rabais records, entre 31 et 71 dollars l’once sous le prix international, un écart qui illustre l’affaiblissement de la consommation locale (Reuters). Le World Gold Council confirme cette tendance : la demande de gros en Chine a reculé de 17 tonnes en août, au plus bas depuis 2010. Pourtant, les banques centrales chinoises poursuivent leurs achats réguliers, renforçant leurs réserves officielles mois après mois (World Gold Council). L’Asie se divise ainsi en deux mouvements économiques opposés : Hong Kong, liquidant massivement pour profiter du sommet des cours, et la Chine continentale, qui transforme son rapport à l’or en le déplaçant de l’ornement à l’investissement de long terme.
Une flambée sous haute tension
Depuis le début de l’année, l’or a bondi de plus de 50 %, propulsé par les tensions géopolitiques, les craintes monétaires et les attentes d’assouplissement des taux de la Réserve fédérale américaine (Reuters). La Bank of America prévoit désormais que le métal pourrait atteindre les 5 000 dollars l’once d’ici 2026, un niveau historiquement inédit (Reuters). Mais cette ascension vertigineuse inquiète une partie des analystes, qui évoquent le risque d’un marché “suracheté” susceptible de corriger brutalement (The Times of India). Les écarts de prix entre marchés — rabais chinois, primes à Singapour, envolées à Dubaï — traduisent une fragmentation inédite du commerce mondial du métal précieux. À Hong Kong, cette situation a un enjeu stratégique : la cité entend renforcer son rôle de hub mondial du négoce de l’or. Le gouvernement local prévoit la création d’infrastructures de stockage d’une capacité de 2 000 tonnes et d’un système centralisé de compensation pour les transactions (China Daily HK). En somme, la “fièvre de l’or” ne se limite pas à une spéculation passagère : elle révèle la recomposition des équilibres monétaires et financiers en Asie. L’or redevient une boussole de confiance face à la volatilité des devises et à la désynchronisation des politiques économiques mondiales.












