Depuis des mois, le Rassemblement national enchaîne les positions qui l’éloignent de la droite économique et le rapprochent ouvertement des marqueurs historiques de la gauche : retraite « avant l’heure », impôt sur les patrimoines, taxes sur les multinationales, contribution renforcée des hauts revenus. Le discours reste musclé, mais la doctrine change. Et à l’arrivée, le RN ressemble de moins en moins à un parti « antisystème » et de plus en plus à un parti social étatiste façon socialisme des années 80.
Retraite et fortune : le RN se réapproprie les totems de la gauche
Premier tournant : la retraite.
Le RN ne s’est pas contenté de s’opposer au passage à 64 ans : il a fait de la défense du départ précoce son étendard central. En appuyant la suspension de la réforme adoptée à grand-peine en 2023, il s’est installé sur la ligne exactement inverse de celle de la droite réformatrice, et exactement dans le sillage historique du PS version 1981.
Deuxième tournant : la fortune.
Le vote en faveur d’un nouvel impôt visant les patrimoines « improductifs » marque un retour clair à la philosophie de l’ISF. Une idée mitterrandienne par excellence : taxer le capital plutôt que le travail, pointer du doigt ceux qui accumulent, et faire de l’impôt un outil moral de redistribution.
Quand un parti valide coup sur coup la retraite « plus tôt » et l’impôt sur la fortune, il ne faut plus parler d’accidents parlementaires : c’est un axe politique assumé.
Grandes entreprises et hauts revenus : le RN choisit la redistribution plutôt que la compétitivité
Le deuxième basculement est moins visible, mais tout aussi structurant : les multinationales et les hauts revenus sont devenus les cibles prioritaires du RN.
Augmentation de la surtaxe d’impôt sur les sociétés, alourdissement de la fiscalité sur les rachats d’actions, renforcement de l’impôt minimum mondial, nouvelles contributions sur les très hauts revenus… Le RN s’est retrouvé systématiquement du côté de ceux qui veulent « faire payer ceux qui ont les moyens ». Ce n’est pas une posture anecdotique. C’est un modèle économique. Un modèle simple, efficace politiquement, et très populaire : plus d’État, plus d’impôts sur “le haut”, plus de protection pour “le bas”. Et sur ce terrain-là, les convergences sont frappantes :
- avec le PS, qui revendique depuis toujours l’impôt comme outil d’équité,
- avec LFI, qui veut aller encore plus loin dans la taxation du capital,
- et contre la droite traditionnelle, qui défend la compétitivité, l’investissement privé et la baisse des charges.
En matière de fiscalité économique, le RN n’est donc plus un parti de contestation : c’est un parti de redistribution.
Le vrai visage économique du RN : une gauche sociale sous drapeau bleu-blanc-rouge
En réunissant ces choix, on voit apparaître une ligne économique bien définie :
une gauche sociale-nationaliste, très interventionniste, très fiscaliste, et indifférente à la maîtrise de la dépense publique. Le RN ne parle plus de réduire l’État, ni de contenir la dette, ni de restaurer une trajectoire budgétaire crédible. Il ne cherche pas non plus à alléger la pression fiscale sur les entreprises ou les ménages. Il privilégie un message : ceux d’en haut paieront. Ce discours, c’est celui :
- de la gauche du PS, époque Mauroy-Bérégovoy ;
- de LFI, dans une version plus abrasive ;
- et du social-étatisme français le plus classique :
protection, redistribution, dette, taxation symbolique des « profiteurs ».
Rien à voir avec un parti libéral, ni même conservateur. Le RN a simplement repeint en bleu marine une économie qui, dans ses mécanismes, dans ses réflexes et dans ses réflexes fiscaux, est aujourd’hui beaucoup plus proche de la gauche que de la droite.








