Début octobre 2025, les chiffres révèlent un basculement : la Chine a retrouvé la première place des échanges commerciaux de l’Allemagne, tandis que les États-Unis reculent dans ce rôle stratégique. Ce retournement marque un moment clé de la relation économique transatlantique et sino-allemande.
Le retour de la Chine en tête du commerce allemand
Pour les huit premiers mois de 2025, les échanges entre l’Allemagne et la Chine ont atteint 163,4 milliards d’euros, contre 162,8 milliards avec les États-Unis, selon L’Express. Cette légère avance illustre un changement de direction net dans les flux commerciaux allemands.
Par ailleurs, les exportations allemandes vers les États-Unis ont reculé de 7,4 % sur cette période par rapport à 2024, pour s’établir à 99,6 milliards d’euros, relève Zonebourse. « Les droits de douane ont fait chuter les exportations allemandes vers les États-Unis », selon Zonebourse Suisse.
Ce retour de la Chine à la première place intervient après une année 2024 au cours de laquelle les États-Unis avaient brièvement supplanté l’Asie. Ainsi, la Chine renforce non seulement son rôle de fournisseur mais aussi celui de débouché pour l’industrie allemande, tandis que les États-Unis voient leur attractivité commerciale se réduire dans le contexte germanique.
Les raisons de l’ascension chinoise face aux États-Unis
Plusieurs facteurs expliquent cette montée de la Chine comme partenaire commercial privilégié de l’Allemagne.
D’abord, la politique de droits de douane et de protection américaine pèse directement sur les exportations outre-Atlantique. Selon le bureau fédéral des statistiques allemand, les mesures américaines ont freiné les échanges.
Ensuite, l’Allemagne reste fortement dépendante de la Chine, notamment pour les intrants mais aussi comme marché : les importations en provenance de Chine représentent près de 12 % du commerce total allemand en 2022, et les exportations vers la Chine environ 7,5 %, selon les chiffres révélés par Etudes Economiques.
Enfin, l’industrie allemande subit la concurrence chinoise de façon accrue. Le ministère français des Finances note que l’Allemagne est « particulièrement confrontée à la concurrence chinoise, notamment dans le secteur automobile (17 % des exportations totales allemandes en 2024) », d’après les données du Trésor Public.
Ce sont donc à la fois une pression externe (via les États-Unis) et une dynamique interne (via la Chine) qui expliquent ce retournement.
Les implications pour l’Allemagne et au-delà
L’acquisition par la Chine de la place de premier partenaire commercial de l’Allemagne a plusieurs conséquences.
D’un côté, Berlin doit faire face à une dépendance accrue à l’égard de Pékin : « Pendant des décennies, l’Allemagne a cultivé sa dépendance économique à la Chine », souligne Handelsblatt. D’un autre côté, le recul américain place l’Allemagne dans une situation plus délicate vis-à-vis de ses alliés transatlantiques, d’autant que la politique commerciale américaine se durcit.
Pour les entreprises exportatrices allemandes, le basculement vers la Chine peut représenter une opportunité commerciale, mais aussi un risque stratégique si les tensions géopolitiques entre l’Allemagne, la Chine et les États-Unis s’amplifient. Pour l’Europe, ce glissement de l’Allemagne vers la Chine pourrait renforcer l’éloignement d’un alignement sino-européen et rehausser les interrogations sur la souveraineté industrielle.








