Affaire Julien Théry : quand un professeur de Lyon 2 accuse sur X des personnalités d’être des génocidaires…

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24 Nov. 2025 à 19 46 56
Affaire Julien Théry : quand un professeur de Lyon 2 accuse sur X des personnalités d’être des génocidaires… © www.nlto.fr

À Lyon-2, l’affaire aurait pu n’être qu’un épisode de plus dans la longue série de polémiques qui secouent l’Université. Mais la publication par Julien Théry, professeur d’histoire médiévale, d’une « liste de génocidaires à boycotter » a mis à nu un malaise plus profond : celui d’une institution où l’autorité académique sert parfois de tremplin à des prises de position militantes, en l’occurence anti israélienne, qui dépassent largement le cadre de la critique politique.

Une “liste noire” qui dit beaucoup trop

Sur X, Julien Théry n’a pas seulement exprimé une opinion : il a dressé un inventaire de personnalités d’origine juive présentées comme “génocidaires” du fait de leur position pro israélienne dans le conflit avec le Hamas sur la bande de Gaza. Le problème n’est pas que Julien Théry ait une vision du monde radicale, ni qu’il la revendique, c’est son droit. Le problème, c’est la méthode : on ne balance pas des noms en les associant à l’un des crimes les plus graves du droit international comme on partage une playlist. C’est les comparer aux pires criminels qu’ils soient nazis ou khmers rouges. Cette liste, où figurent des personnalités souvent ciblées parce qu’elles prennent publiquement position sur le conflit israélo-palestinien, révèle une dérive : l’usage inflationniste du vocabulaire accusatoire, transformé en arme rhétorique au détriment de la rigueur.

Quand le professeur se transforme en procureur

Julien Théry n’est pas un internaute lambda : il est professeur, fonctionnaire, historien. Son expertise lui confère un poids symbolique. Lorsqu’il accuse, même sur un réseau social, ses mots ont des conséquences. La liberté académique, indispensable, n’est pas un blanc-seing pour transformer le débat public en tribunal improvisé. Elle s’accompagne d’un devoir de prudence, de nuance, d’honnêteté factuelle tout ce qui manque ici. À travers son statut, Julien Théry donne une autorité implicite à une liste qui, en réalité, n’a rien d’un travail d’historien. C’est un geste militant, individuel, qui prend la forme d’une sentence publique.

Lyon-2 prise au piège

En pleine exposition médiatique, l’Université s’est retrouvée dans un rôle qu’elle connaît trop bien : celui de l’institution contrainte de préciser que non, un professeur ne parle pas au nom de tous. Le malaise, pourtant, dépasse la communication de crise. Car l’affaire Julien Théry s’inscrit dans un contexte où certaines facultés se vivent comme des espaces militants, où l’engagement personnel déborde parfois dans l’espace pédagogique. Entre étudiants qui réclament de la neutralité, enseignants qui revendiquent leur liberté totale, et direction prise en étau, Lyon-2 illustre une tension nationale : comment maintenir un cadre où la critique peut s’exprimer sans que le statut académique ne serve de caution à des dénonciations sans fondement ?

Des mots qui accusent des personnalités juives

“Génocide”, “génocidaire” : ces mots portent un poids historique et juridique immense. Les employer pour désigner des citoyens engagés dans le débat public, sans enquête ni décision de justice, c’est non seulement une erreur politique, mais une faute éthique. Le glissement sémantique finit par vider le terme de son sens. En ce sens, la démarche de Julien Théry fait plus que diviser : elle brouille les repères, elle abîme la confiance, elle pollue le débat par excès de radicalité. La démocratie c’est le débat y compris sur les questions internationales. Accuser à l’excès ne permet plus la confrontation des idées.

Que reste-t-il ?

L’affaire Julien Théry n’est pas un débat de spécialistes, ni une banalité de réseau social. C’est un symptôme. Celui d’une époque où certains enseignants, confondant engagement et charge politique, s’autorisent à accuser sans filtre, sans méthode, sans retenue. On peut défendre une cause, critiquer un gouvernement, dénoncer des crimes. Mais un professeur, surtout lorsqu’il s’exprime en public, doit savoir que ses mots ne circulent pas dans le vide. Ils façonnent des perceptions, ils attribuent des responsabilités, ils exposent des personnes. Ce qui est reproché à Julien Théry, ce n’est pas d’avoir une opinion forte. C’est d’avoir abandonné ce qui distingue l’analyse de la dénonciation : la rigueur, la mesure, et la responsabilité. Accuser quelqu’un d’être un génocidaire c’est l’accuser d’être un criminel. C’est très grave. C’est aussi révélateur d’une dérive de l’université où le militantisme remplace le doute scientifique.

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