Pro-russes européen : quand l’anti-wokisme devient une porte d’entrée vers l’imaginaire « conservateur » du Kremlin

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Pro-russes européen : quand l’anti-wokisme devient une porte d’entrée vers l’imaginaire « conservateur » du Kremlin © www.nlto.fr

La sanction par l’Union européenne, mi-décembre 2025, de l’ex-militaire français Xavier Moreau et de l’ex-colonel suisse Jacques Baud pour leur rôle décrit comme « propagande pro-Kremlin » remet un sujet sur la table : l’existence, en France, d’un écosystème de commentateurs, d’associations et de figures politiques qui, au nom d’un rejet de « l’Occident décadent » et de l’idéologie « woke », présentent la Russie comme un modèle de civilisation conservatrice. Derrière la posture, un mécanisme bien rodé : la guerre culturelle et la conquête des esprits.

Le point de départ : des sanctions européennes qui visent des “relais d’influence”

Le 15 décembre 2025, le Conseil de l’UE a adopté un paquet de sanctions contre douze personnes et deux entités au titre des « menaces hybrides » russes, incluant la manipulation de l’information. Dans la décision publiée au Journal officiel, Jacques Baud est présenté comme un intervenant « régulièrement invité » sur des médias pro-russes, agissant comme « porte-parole de la propagande pro-russe » et relayant des « théories du complot » (l’UE cite notamment l’idée selon laquelle l’Ukraine aurait “orchestré” sa propre invasion pour rejoindre l’OTAN). Le même texte vise Xavier Moreau, fondateur de Stratpol, décrit comme « porte-voix de la propagande pro-russe et pro-Kremlin » diffusant, là aussi, des récits conspirationnistes sur l’invasion de l’Ukraine. Au-delà des deux individus, Bruxelles a également sanctionné le « Mouvement international russophile » (International Russophile Movement) pour amplification de narratifs déstabilisateurs « au nom » du gouvernement russe. 

Le mécanisme français : de la guerre culturelle à l’alignement géopolitique

Une partie de la droite conservatrice (et, plus largement, des milieux “anti-woke”) raisonne d’abord en termes de mœurs, d’identité, de souveraineté culturelle, de critiques des politiques publiques autour du genre et de la place des minorités sexuelles. La Russie de Vladimir Poutine se présente précisément comme la gardienne des « valeurs traditionnelles » face à un Occident accusé de « décadence morale ». C’est ici que la bascule s’opère : l’anti-wokisme (ressenti comme un combat civilisationnel) devient une grille de lecture de l’international. La Russie n’est plus seulement un État en guerre, mais un symbole : ordre, autorité, religion, famille, hiérarchie des normes et des identités. Pour certains relais français, la conclusion implicite est simple : si l’Occident serait “perdu”, alors “l’ennemi de mon ennemi” devient fréquentable et la propagande trouve un terrain émotionnel favorable. 

Les figures et réseaux en France : qui parle, où, et avec quelles phrases-clés

Le paysage n’est pas homogène : on y trouve des commentateurs “stratégiques”, des élus, des associations de “dialogue”, et des plateformes médiatiques. Mais on retrouve souvent trois constantes : (1) anti-OTAN / anti-UE, (2) relativisation de l’agression russe via la “provocation occidentale”, (3) cadrage moral “anti-woke” opposant une Russie “saine” à un Occident “déraciné”. L’intérêt de profils comme Xavier Moreau et Jacques Baud, pour une stratégie d’influence, est leur capital d’autorité (vocabulaire militaire, posture d’expertise, récit “froid” et “rationnel”). C’est précisément ce que documente la décision européenne : la mise en récit n’est pas présentée comme une simple opinion, mais comme une contribution à la manipulation de l’information. Pourtant Jacques Baud se pare de la légitimité d’être un ancien officier des services de renseignement suisse qui ne font rien de secret et son microscopique avec moins de 400 personnes. Par ailleurs, il met en avant son appartenance à l’OTAN alors que la suisse n’a jamais été membre de l’alliance et donc il n’avait qu’un rôle mineur. Xavier Moreau a été officier dans l’armée française très peu de temps. Mais plus grave des personnalités proches de l’extrême droite sont obnubilés par la Russie comme étant le dernier rempart contre la décadence de l’occident. Au nom de l’antiwokisme et de l’anti théorie du genre ils s’imaginent que c’est une guerre de civilisation alors que la Russie est un État corrompu à l’extrême avec une criminalité omniprésente qui se confond avec le pouvoir. Il est probable que cette posture d’une partie de la droite radicale la fasse perdre aux prochaines élections car ce sujet est clivant et une immense majorité de français n’y adhère pas du tout.

Conclusion

L’anti-wokisme n’implique évidemment pas d’être pro-Kremlin ; des tribunes ont même explicitement dénoncé l’amalgame entre critique du wokisme et “poutinisme”. Mais l’actualité de décembre 2025 montre pourquoi la tentation existe : le Kremlin propose un récit moral simple (valeurs traditionnelles vs décadence), et certains relais français l’utilisent comme raccourci pour réinterpréter la guerre, l’OTAN, l’UE et la démocratie libérale. Les sanctions européennes ne tranchent pas un débat d’idées ; elles ciblent, selon Bruxelles, des dispositifs d’influence. Et c’est précisément là que se situe l’enjeu français : repérer quand la guerre culturelle cesse d’être un désaccord interne, pour devenir un couloir de diffusion d’une stratégie étrangère. 

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