El Mencho : plongée dans l’arsenal d’un narcotrafiquant devenu seigneur de guerre

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Lorsque les forces mexicaines ont finalement lancé l’opération contre Nemesio Oseguera Cervantes, dit El Mencho, elles ne visaient pas simplement un trafiquant. Elles s’apprêtaient à affronter un dispositif défensif solide conçu sur le mode militairre. Depuis des années, le chef du Cartel Jalisco Nueva Generación avait transformé son organisation en une structure hybride, quelque part entre réseau mafieux et proto-armée privée. Autour de lui, une garde rapprochée permanente, des groupes d’intervention mobiles, des systèmes d’alerte installés dans les villages, et surtout une logique territoriale : contrôler le terrain, surveiller les routes, anticiper l’ennemi. Là réside la rupture majeure du narcotrafic contemporain. Les grands barons de la drogue d’hier cherchaient la discrétion ; El Mencho, lui, avait choisi la dissuasion.

Un arsenal pensé pour dissuader l’État

Les révélations issues des perquisitions et combats qui ont suivi sa traque ont confirmé ce que les services de renseignement soupçonnaient depuis longtemps : le CJNG possédait une puissance de feu dépassant largement celle d’un groupe criminel classique. L’arsenal comprenait des armes lourdes, des lance-roquettes, des véhicules blindés artisanaux mais efficaces, ainsi que des drones modifiés pour transporter des charges explosives. Plus inquiétant encore, des mines antipersonnel avaient été disposées sur certains axes stratégiques, une technique jusque-là associée aux conflits armés plutôt qu’au narcotrafic. Cette évolution traduit une transformation doctrinale. Le cartel ne cherche plus seulement à échapper à l’État : il tente de le neutraliser, en rendant toute opération militaire trop coûteuse ou trop risquée.

Le territoire comme champ de bataille

Dans certaines zones rurales de l’ouest mexicain, la présence du CJNG s’apparentait déjà à une souveraineté parallèle. Les habitants connaissaient les règles : informer, ne pas poser de questions, ne pas collaborer avec les autorités. Le cartel contrôlait les routes, surveillait les communications et disposait d’un système d’alerte reposant sur des informateurs locaux, des radios et des guetteurs motorisés. Lorsque l’opération militaire a été lancée, la riposte fut immédiate : barrages routiers, véhicules incendiés, embuscades improvisées. Ce n’était pas la réaction d’un réseau clandestin pris de court, mais celle d’une organisation habituée à manœuvrer sous pression.

La mort d’un chef ne met pas fin à une guerre

La disparition d’El Mencho constitue un succès politique majeur pour Mexico et pour Washington, qui soutenait depuis longtemps les opérations de renseignement visant le CJNG. Mais dans le monde des cartels, l’élimination d’un leader n’est jamais une conclusion ; c’est souvent le début d’une recomposition violente. L’histoire du narcotrafic mexicain l’a montré à maintes reprises : lorsqu’un chef disparaît, deux dynamiques s’enclenchent simultanément. À court terme, une flambée de violence liée aux luttes internes pour le pouvoir. À moyen terme, une adaptation rapide des structures criminelles, qui se fragmentent ou se recomposent autour de nouveaux commandements. Le CJNG, construit sur une discipline militaire et une logique d’expansion territoriale, pourrait résister à cette transition mieux que d’autres organisations. Mais cette résilience a un prix : elle risque d’entretenir un cycle de confrontation durable avec l’État mexicain.

Une guerre qui ne dit pas son nom

Ce que révèle l’affaire El Mencho dépasse largement le destin d’un narcotrafiquant. Elle confirme que certaines régions du Mexique ne sont plus seulement confrontées à la criminalité organisée, mais à des acteurs armés capables de rivaliser avec les forces étatiques. Dans ce contexte, la lutte antidrogue ressemble de plus en plus à une guerre asymétrique. Les cartels disposent d’argent, de technologie, d’hommes entraînés et d’une implantation territoriale profonde. L’État, lui, conserve la légitimité et la puissance militaire mais doit désormais intervenir sur un terrain où la frontière entre police, armée et contre-insurrection devient de plus en plus floue. La chute d’El Mencho marque peut-être la fin d’un homme. Elle ne marque pas la fin du modèle qu’il incarnait : celui d’un narcotrafiquant devenu chef de guerre.

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