L’affaire Rima Hassan : quand des députés LFI s’attaquent à l’autorité judiciaire

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L’affaire Rima Hassan n’est pas seulement un dossier judiciaire. Elle est devenue un révélateur d’une dérive politique inquiétante. D’un côté, une eurodéputée française est poursuivie pour apologie du terrorisme à la suite de propos et de publications diffusées publiquement sur les réseaux sociaux. De l’autre, plusieurs députés de La France insoumise, pourtant membres du pouvoir législatif, ont choisi de transformer cette procédure judiciaire en attaque politique contre la justice elle-même. Autrement dit : un mélange explosif entre banalisation du terrorisme et remise en cause de la séparation des pouvoirs. Dans une démocratie, une telle situation est profondément choquante.

Des propos publics à l’origine d’une enquête pour apologie du terrorisme

L’origine de l’affaire est claire et documentée. Le 26 mars 2026, Rima Hassan publie sur le réseau social X un message reprenant une citation attribuée à Kōzō Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise impliqué dans l’attentat de l’aéroport de Lod en Israël en 1972, attaque qui avait fait 26 morts et plus de 70 blessés. Le message diffusé reprenait notamment cette phrase : « J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir. » La publication était accompagnée d’images montrant Okamoto porté sur les épaules d’hommes armés. Ces éléments ont conduit le parquet de Paris à ouvrir le 27 mars 2026 une enquête pour « apologie du terrorisme en ligne ». Rima Hassan a été placée en garde à vue le 2 avril 2026 puis renvoyée devant le tribunal correctionnel, son procès étant prévu le 7 juillet 2026. Le cadre juridique est parfaitement établi : en droit français, l’apologie publique d’actes terroristes est punie de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, peine aggravée lorsque les faits sont commis en ligne. Autrement dit, l’enquête judiciaire ne repose pas sur une interprétation vague ou une polémique politique : elle repose sur des publications réelles, publiques et diffusées sur les réseaux sociaux. Cette procédure s’inscrit d’ailleurs dans un contexte de controverses déjà anciennes autour de l’eurodéputée. En février 2025, lors d’une interview sur Sud Radio, Rima Hassan avait déjà affirmé que « le Hamas mène une action légitime », tout en reconnaissant que son mode opératoire était terroriste et que certaines actions constituaient des crimes de guerre. Dans un contexte marqué par les attentats du 7 octobre 2023 et par la sensibilité extrême du sujet terroriste en France, ces déclarations avaient provoqué une indignation politique massive et plusieurs signalements à la justice.

Une enquête judiciaire transformée en offensive politique

L’affaire a pris une dimension encore plus grave lorsque certains responsables de La France insoumise ont décidé de s’attaquer publiquement à la procédure judiciaire elle-même. La polémique a éclaté après des révélations indiquant que les enquêteurs avaient notamment géolocalisé le téléphone de Rima Hassan et retracé certains déplacements dans le cadre de l’enquête pour apologie du terrorisme. Ces actes d’enquête sont pourtant parfaitement classiques et légitime dans une procédure pénale et sont réalisés sous l’autorité du parquet et d’un magistrat dans le cadre strict de la loi. Mais au lieu de laisser la justice suivre son cours, plusieurs responsables de LFI ont immédiatement politisé l’affaire. Le député Antoine Léaument a notamment interrogé publiquement le gouvernement sur la surveillance du téléphone de l’eurodéputée, tandis que Mathilde Panot évoquait des révélations « d’une gravité absolue » et que Manuel Bompard dénonçait un « scandale d’État ». De son côté, Ugo Bernalicis a accusé l’exécutif d’avoir utilisé les services de renseignement « au mépris de la réglementation ». En quelques heures, une procédure judiciaire ordinaire s’est ainsi retrouvée présentée comme une manœuvre politique, comme si l’existence même de l’enquête devenait suspecte dès lors qu’elle concernait une figure de La France insoumise.

Une remise en cause directe de la séparation des pouvoirs

Le problème démocratique est précisément là. Dans une République fondée sur l’État de droit, les rôles sont clairement définis : le Parlement vote la loi et la justice applique la loi. Lorsque des parlementaires commencent à contester publiquement la légitimité d’actes d’enquête décidés par des magistrats, ils franchissent une ligne dangereuse. La séparation des pouvoirs n’est pas un principe abstrait mais l’un des fondements mêmes de la démocratie. Elle garantit que la justice ne dépend pas du pouvoir politique et que les magistrats peuvent mener leurs enquêtes indépendamment des pressions partisanes. En réponse aux accusations des députés insoumis, le gouvernement a d’ailleurs rappelé un point élémentaire : l’enquête est menée sous l’autorité de la justice et il appartient aux magistrats d’en déterminer les modalités. Autrement dit, ce n’est pas à un groupe politique de décider si une enquête judiciaire est légitime ou non. Les lois qui permettent de poursuivre l’apologie du terrorisme ont été votées par le Parlement lui-même. Une fois adoptées, elles s’appliquent à tous, y compris aux responsables politiques.

Une dérive politique inquiétante

L’affaire Rima Hassan révèle finalement deux dérives. La première est la banalisation de propos pouvant être interprétés comme une légitimation d’actes terroristes ou de figures liées au terrorisme, ce qui est profondément choquant dans un pays qui a été frappé par plusieurs vagues d’attentats. La seconde dérive est institutionnelle : elle consiste à transformer une procédure judiciaire en affrontement partisan et à suggérer que la justice serait illégitime lorsqu’elle s’intéresse à un responsable politique. Or l’État de droit repose précisément sur l’inverse : la loi doit s’appliquer à tous, y compris aux élus. Quand des députés commencent à expliquer que la justice ne devrait pas enquêter sur l’un des leurs, ce n’est plus seulement une polémique politique mais le symptôme d’un problème beaucoup plus profond. Celui d’une partie de la classe politique qui semble considérer que la règle commune cesse de s’appliquer dès lors que ses propres intérêts sont en jeu. Et c’est précisément cela qui, dans cette affaire, est le plus inquiétant.

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