Le scandale des “safaris humains” : des touristes auraient réservé des séjours pour tuer des hommes et des femmes

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Crédit photo NLTO | www.nlto.fr

Trente ans après le siège de Sarajevo, l’une des accusations les plus sordides de la guerre de Bosnie refait surface. Une enquête italienne vise désormais trois suspects, tandis que le journaliste italien Ezio Gavazzeni publie un livre fondé sur de nouveaux témoignages. Entre révélations glaçantes et fragilité des preuves, l’affaire met à nu une zone d’ombre profondément dérangeante de l’histoire européenne récente.

Une mécanique de guerre transformée en divertissement meurtrier
Les révélations, relancées par une enquête d’El País, reposent sur une accusation d’une extrême gravité : durant le siège de Sarajevo entre 1992 et 1996, des civils étrangers auraient payé pour tirer sur des habitants de la ville, depuis les positions de snipers situées sur les hauteurs. Ces pratiques, qualifiées de “safaris humains”, auraient impliqué des circuits organisés depuis plusieurs pays européens, notamment l’Italie, avec des acheminements via Belgrade jusqu’aux lignes serbes encerclant la capitale bosnienne. Les témoignages décrivent un système structuré, avec des intermédiaires, des accompagnateurs et des modalités tarifaires, dans lequel certains participants, souvent aisés, venaient passer quelques jours à tirer sur des civils avant de repartir. La dimension la plus choquante réside dans l’existence supposée de prix différenciés selon les cibles, certains récits évoquant des montants plus élevés pour abattre des enfants, ce qui donne à l’ensemble une dimension proprement sidérante.

Le rôle central du journaliste Ezio Gavazzeni et la publication d’un livre clé
L’affaire connaît aujourd’hui un regain d’attention grâce au travail du journaliste italien Ezio Gavazzeni, collaborateur de Café Sorsi, qui a contribué à faire émerger ces accusations dans l’espace public italien. À la suite du documentaire Sarajevo Safari, il a mené ses propres investigations et participé au dépôt d’une plainte auprès du parquet de Milan en 2025. En mars 2026, il publie un ouvrage intitulé I Cecchini del Weekend. L’inchiesta sui safari umani a Sarajevo, dans lequel il rassemble de nouveaux témoignages et décrit de manière détaillée l’organisation de ces “séjours” macabres. Le livre apporte des éléments supplémentaires sur les profils des participants, les circuits logistiques et les complicités possibles, renforçant la pression sur les autorités judiciaires italiennes. Ces nouveaux éléments, sans constituer des preuves définitives, contribuent à structurer un récit qui, jusqu’ici, reposait largement sur des fragments et des témoignages dispersés.

Une enquête sous contrainte, entre avancées judiciaires et risque d’impunité
Sous l’effet de ces révélations, le parquet de Milan a ouvert une enquête pour homicide volontaire aggravé et identifié trois suspects, dont les profils renvoient à des civils italiens ayant pu participer à ces expéditions. Des perquisitions ont été menées et des armes saisies, mais l’enquête se heurte à des obstacles considérables. Les faits remontent à plus de trois décennies, les preuves matérielles sont rares et les témoignages souvent indirects ou tardifs. La dimension transnationale du dossier complique encore l’établissement des responsabilités, dans un contexte où de nombreux acteurs ont disparu ou se murent dans le silence. Malgré la gravité des accusations, l’issue judiciaire demeure incertaine, laissant planer la possibilité que l’un des épisodes les plus abjects de la guerre de Bosnie ne débouche jamais sur des condamnations.

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