Guerre, bourse et soupçons : l’étrange affaire Hegseth qui embarrasse Washington

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Guerre, bourse et soupçons : l’étrange affaire Hegseth qui embarrasse Washington © www.nlto.fr

Encore un soupçon de plus. Depuis plusieurs semaines, l’administration Trump est accusée par ses opposants d’avoir favorisé l’enrichissement de certains acteurs économiques à l’ombre de décisions géopolitiques majeures. La révélation d’une tentative d’investissement dans un fonds d’armement juste avant la guerre contre l’Iran relance brutalement le débat. Aucune preuve d’achat n’existe à ce stade. Mais l’histoire suffit à poser une question dérangeante : peut-on décider de la guerre tout en restant à proximité de l’argent qu’elle génère ?

Tout commence par un coup de téléphone discret

L’histoire ressemble à ces intrigues que Washington produit régulièrement lorsque la politique, la finance et la guerre se croisent. Nous sommes en février 2026. L’Iran est déjà au centre de tensions croissantes avec les États-Unis et Israël et dans les cercles diplomatiques et militaires on parle déjà d’escalade possible. C’est à ce moment précis qu’un courtier de Morgan Stanley chargé de gérer les investissements de Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense de Donald Trump, contacte BlackRock pour se renseigner sur un investissement potentiel de plusieurs millions de dollars dans un fonds très particulier, le Defense Industrials Active ETF. Ce fonds regroupe certains des plus grands noms de l’industrie militaire mondiale comme Lockheed Martin, Northrop Grumman, RTX ou encore Palantir, c’est-à-dire des entreprises dont l’activité bénéficie directement de la hausse des budgets militaires et des tensions internationales. Quelques semaines plus tard, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran commencent. L’information révélée par le Financial Times et reprise par Reuters et Enderi provoque immédiatement un choc politique, même si un détail change tout : l’investissement n’a finalement pas eu lieu car le fonds n’était pas encore accessible aux clients de Morgan Stanley. Aucun ordre d’achat n’a été exécuté mais dans un dossier pareil l’absence de transaction ne suffit pas à calmer les esprits.

Une affaire qui dépasse la simple question financière

Car la question centrale n’est pas seulement boursière, elle est institutionnelle. Pete Hegseth n’est pas un investisseur privé parmi d’autres mais le chef du Pentagone, celui qui supervise l’appareil militaire américain et participe directement aux décisions stratégiques de Washington. Dès lors l’idée qu’un courtier lié à lui ait envisagé d’investir dans un fonds directement exposé aux profits de l’industrie de défense au moment même où les États-Unis s’apprêtaient à frapper l’Iran suffit à déclencher un malaise profond à Washington. Le Pentagone a immédiatement tenté d’éteindre l’incendie et Sean Parnell, chargé des affaires publiques du département de la Défense, a dénoncé une information « totalement fausse et fabriquée » en affirmant que ni Hegseth ni ses représentants n’avaient approché BlackRock. Mais cette ligne de défense ne ferme pas le dossier car elle ouvre une autre question : si Hegseth n’a rien demandé, qui a pris l’initiative et dans quel cadre ? Le courtier agissait-il seul dans une logique de gestion financière classique ou disposait-il d’un mandat implicite ? Reuters souligne d’ailleurs que Morgan Stanley n’a pas répondu aux questions et que BlackRock s’est abstenu de commenter, ce qui laisse subsister une zone grise. Il n’y a pas de profit démontré mais il existe une proximité troublante entre décision publique et intérêt privé.

La question qui dérange : peut-on gagner de l’argent avec la guerre ?

C’est précisément ce point qui a poussé plusieurs sénateurs américains à demander des explications. Elizabeth Warren, Tammy Duckworth, Richard Blumenthal, Jeff Merkley et Gary Peters ont adressé une lettre officielle au secrétaire à la Défense pour rappeler que les responsables du département de la Défense sont soumis à des règles éthiques strictes et que certains investissements dans l’industrie militaire peuvent créer un conflit d’intérêts. Les fonds sectoriels concentrés sur l’armement peuvent notamment poser problème au regard des lois américaines sur les conflits d’intérêts et les sénateurs ont également rappelé que dans son engagement éthique personnel Pete Hegseth avait indiqué que tout professionnel de l’investissement agissant pour lui devait obtenir son approbation préalable pour l’achat d’actifs ne relevant pas des exemptions applicables aux fonds largement diversifiés. Mais au-delà du droit c’est une question morale beaucoup plus profonde qui apparaît car l’affaire Hegseth ouvre une interrogation qui traverse toutes les démocraties modernes lorsque la guerre et l’argent se rapprochent trop : peut-on être certain que les crises internationales ne deviennent jamais des opportunités financières pour ceux qui les déclenchent ou les pilotent ? Dans une démocratie la guerre est censée être une décision tragique prise en dernier recours pour protéger un pays ou ses alliés. L’idée que certains dirigeants puissent même indirectement se retrouver en position de profiter financièrement d’un conflit est profondément choquante, d’autant plus que derrière les décisions géopolitiques il y a des soldats envoyés au combat, des vies humaines perdues et des civils pris dans la violence des affrontements. Pour l’instant aucune preuve ne montre que Pete Hegseth ait tiré un quelconque profit de cette situation et plusieurs éléments indiquent même qu’il ne détient pas de positions importantes dans les grandes entreprises de défense. Mais l’affaire révèle quelque chose de plus profond : elle montre à quel point la frontière entre pouvoir politique, information stratégique et marchés financiers peut devenir fragile. Et dans un Washington déjà traversé par les soupçons de trading opportuniste autour de certaines décisions politiques majeures, ce simple coup de téléphone a suffi à déclencher une tempête politique qui pourrait encore durer longtemps.

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