À chaque cycle politique, la gauche française réussit ce petit miracle intellectuel : proposer exactement les mêmes recettes qui ont échoué partout ailleurs, tout en expliquant avec un sérieux imperturbable qu’elles vont cette fois-ci sauver l’économie. Le nouveau programme économique du Parti socialiste appartient clairement à cette tradition héroïque.
Le grand retour de la punition économique
Il fallait oser. Dans un pays déjà champion d’Europe des prélèvements obligatoires, où l’État capte près de la moitié de la richesse nationale, le Parti socialiste propose donc… d’augmenter encore les impôts. La logique est imparable : si l’économie française peine à respirer sous le poids des taxes, c’est évidemment parce qu’il n’y en a pas assez. Dans cette vision du monde, l’entrepreneur n’est pas celui qui crée de l’activité, de l’emploi et de la richesse, mais un suspect permanent qu’il convient de surveiller, taxer et moraliser. Le programme ressemble ainsi à une sorte de guide pratique de la fiscalité punitive : davantage de prélèvements sur les hauts revenus, davantage de pression sur le capital, davantage de redistribution administrée. Autrement dit, l’idée que la prospérité se fabrique en appuyant toujours plus fort sur ceux qui produisent.
L’économie vue comme un jeu de punition morale
Ce qui frappe dans ce type de programme, ce n’est pas seulement son irréalisme économique, mais sa dimension morale. La richesse n’y est presque jamais considérée comme le résultat d’une activité économique, d’un risque ou d’une innovation. Elle est interprétée comme un problème politique qu’il faudrait corriger. La conséquence est toujours la même : punir ceux qui réussissent afin de compenser ceux qui ne réussissent pas. Cette approche produit un système où l’incitation à entreprendre diminue progressivement. Pourquoi prendre des risques si la réussite devient immédiatement une cible fiscale et politique ? Pourquoi investir si l’État considère que le rôle premier de l’entreprise est d’être une base de prélèvement ? L’histoire économique des cinquante dernières années montre pourtant que les économies qui réussissent sont celles qui encouragent la création de richesse avant de la redisuer.
Le profil intellectuel des architectes du programme
Derrière ce programme se trouve une figure familière de l’économie politique française : l’économiste convaincu que l’État peut organiser la prospérité par décret budgétaire. Ce courant intellectuel, très présent dans certaines universités et dans les cercles politiques parisiens, repose sur une croyance centrale : la croissance ne vient pas d’un tissu d’entreprises dynamiques mais d’une redistribution orchestrée par la puissance publique. Dans cette vision, l’économie est presque un mécanisme administratif. Il suffirait d’augmenter les prélèvements, de déplacer les ressources et d’annoncer de nouveaux droits sociaux pour que la machine économique se remette en marche. La réalité internationale montre pourtant exactement l’inverse. Les pays qui ont adopté cette logique ont généralement obtenu deux résultats : une fuite des capitaux et une stagnation économique. Au coeur de cette réflexion Liem Hoang Ngoc auteur d’un livre qui s’intitule « vive l’impôt » et qui a contribué au programme de Jean Luc Mélenchon. Un membre du club Piketty, Zucman des militants déguisés en universitaire pour avoir de la légitimité.
Transformer la France en Cuba… mais sans le soleil
L’ironie est que ces propositions sont présentées comme un projet de modernisation sociale. En pratique, elles ressemblent plutôt à une tentative de retour vers une économie administrée. Une économie où l’État décide, prélève et redistribue en permanence. Une économie où la réussite individuelle devient suspecte et où la performance économique est remplacée par une gestion bureaucratique de la pénurie relative. On pourrait presque résumer le projet par une formule : transformer la France en Cuba, mais sans le soleil ni les plages. L’histoire montre pourtant une constante remarquable : les sociétés qui punissent systématiquement la réussite finissent par manquer de réussite à punir. Et c’est peut-être là le paradoxe le plus cruel de ce type de programme. À force de vouloir corriger les inégalités par l’impôt, on finit surtout par affaiblir la capacité collective à produire la richesse qui permet justement de les réduire. Et les victimes de ces promesses démagogiques sont d’abord les pauvres…








