L’homme le plus riche d’Ukraine vient d’acquérir l’appartement le plus cher du monde pour 471 millions d’euros à Monaco. Cette transaction record, réalisée par Rinat Akhmetov en pleine guerre, interroge sur les priorités de l’oligarque dont le pays lutte pour sa survie.
L’appartement le plus cher du monde acheté par l’oligarque ukrainien Rinat Akhmetov
Tandis que l’Ukraine saigne sous les bombardements et que ses villes se transforment en champs de ruines, l’appartement le plus dispendieux jamais vendu au monde vient d’être acquis par Rinat Akhmetov, l’homme le plus fortuné de ce pays meurtri. Cette transaction stratosphérique de 471 millions d’euros révèle la réalité d’un milliardaire qui investit dans le luxe monégasque pendant que sa patrie agonise.
L’ironie crève les yeux : pendant que Marioupol, berceau de son empire industriel et symbole de la résistance ukrainienne, n’est plus qu’un amas de décombres, Akhmetov s’offre un palace dans la principauté.
Un bien immobilier aux dimensions pharaoniques
L’appartement en question défie toute mesure raisonnable : 2 500 mètres carrés étalés sur cinq étages dans l’immeuble « Le Renzo », joyau du quartier Mareterra. Cette résidence d’exception déploie vingt-et-une chambres, huit places de parking, une piscine privée, un jacuzzi et des terrasses qui embrassent la Méditerranée d’un regard princier.
Niché dans le dixième et dernier quartier de Monaco, Mareterra incarne la démesure contemporaine. Ces six hectares arrachés à la mer ont englouti deux milliards d’euros d’investissement. L’écoquartier, consacré par le prince Albert II en décembre 2024, accueille 124 logements d’exception : 110 appartements haut de gamme, dix villas et quatre maisons de ville qui redéfinissent l’art de vivre monégasque.
La transaction révèle la fascination magnétique qu’exerce ce territoire artificiel sur les grandes fortunes. Selon les experts immobiliers interrogés par Bloomberg, le prix au mètre carré dans Mareterra pulvérise les 100 000 euros, érigeant ce quartier au sommet mondial de la spéculation immobilière. Une performance qui relègue même les arrondissements parisiens les plus huppés au rang de marché populaire.
Un record qui pulvérise tous les précédents
Avec 554 millions de dollars (471 millions d’euros), cette vente écrase tous les records antérieurs dans un nuage de poudre d’or. Elle relègue dans l’ombre le précédent détenteur du titre : le manoir londonien du milliardaire britannique Nick Candy à Chelsea, cédé pour la modeste somme de 350 millions de dollars.
Cette performance exceptionnelle distance également l’appartement-terrasse new-yorkais du spéculateur Ken Griffin, acquis pour environ 240 millions de dollars. Monaco confirme ainsi sa suprématie absolue comme sanctuaire des grandes fortunes mondiales.
La densité de prix atteinte – près de 190 000 euros le mètre carré – établit un nouveau plafond vertigineux pour l’immobilier de luxe planétaire.
L’empire industriel d’un oligarque controversé
Rinat Leonidovitch Akhmetov, 59 ans, trône sur un empire industriel tentaculaire orchestré par sa holding System Capital Management (SCM). Ce conglomérat, mastodonte ukrainien, étend ses tentacules dans la métallurgie, les mines, l’énergie et l’immobilier. Sa fortune, estimée à près de 8 milliards de dollars selon Forbes en janvier, a culminé à 16 milliards avant que l’invasion russe ne vienne redistribuer les cartes.
L’homme d’affaires possède également le club de football ukrainien Shakhtar Donetsk, formation qu’il a métamorphosée en puissance européenne. Son ascension, amorcée dans le négoce du charbon au début des années 1990, l’a propulsé au firmament de l’oligarchie post-soviétique, non sans soulever des interrogations sur les méthodes employées pour gravir cette montagne de pouvoir.
Accusé jadis de corruption, Akhmetov a longtemps slalomé entre les camps pro-russe et pro-occidental avec l’habileté d’un funambule géopolitique. Exilé à Monaco entre 2004 et 2006 après la révolution orange, il avait déjà élu domicile dans l’une des suites les plus somptueuses de l’hôtel Hermitage, savourant alors sa première immersion dans l’hédonisme côtier.
Entre engagement patriotique et paradoxes
Paradoxalement, depuis l’invasion russe de février 2022, Akhmetov a opéré un virage spectaculaire dans sa stratégie de communication. Longtemps perçu comme un homme de Moscou, il dénonce désormais publiquement les crimes de guerre commis par l’armée de Poutine et applaudit les sanctions occidentales avec un enthousiasme de néophyte.
Selon le Financial Times, il aurait déjà déversé plus de 100 millions d’euros dans les caisses de Kiev pour financer l’aide humanitaire et soutenir l’effort de guerre ukrainien. L’oligarque s’est également engagé à reconstruire intégralement Marioupol, ville martyre où trônait son usine sidérurgique Azovstal, devenue symbole planétaire de la résistance.
Néanmoins, cette acquisition de 471 millions d’euros dans la principauté interroge cruellement sur la cohérence entre discours patriotique et pratiques financières. Alors que l’Ukraine implore la mobilisation de toutes les ressources pour panser ses plaies et préparer sa reconstruction, voir son homme le plus riche flamber une fortune dans l’immobilier de luxe monégasque soulève des questions qui dérangent.









