Le sommet “Africa Forward” organisé cette semaine à Nairobi devait symboliser une renaissance diplomatique française sur le continent africain. Emmanuel Macron y a promis une relation “d’égal à égal”, débarrassée des vieux réflexes coloniaux et des réseaux opaques de la Françafrique. Mais derrière les slogans sur le partenariat et la souveraineté, c’est surtout l’aveu d’un déclassement stratégique français qui apparaît désormais au grand jour.
La France découvre soudain que l’Afrique francophone ne lui appartient plus
Le symbole est brutal : pour la première fois, le grand sommet franco-africain se déroule dans un pays non francophone. À Nairobi, Emmanuel Macron a multiplié les déclarations sur une “nouvelle méthode”, centrée sur l’investissement, les infrastructures et les partenariats économiques plutôt que sur l’influence militaire traditionnelle. Cette évolution n’est pas un choix idéologique romantique ; elle est devenue une nécessité stratégique après les retraits forcés ou contraints de plusieurs pays du Sahel, dans un contexte de coups d’État, de montée du sentiment antifrançais et de recomposition sécuritaire régionale. Pendant des décennies, Paris entretenait l’idée d’une zone d’influence africaine quasi naturelle, mélange de coopération, de présence sécuritaire et d’interdépendance politique. Ce système s’est effondré beaucoup plus vite que prévu. Les juntes sahéliennes ont compris, pour certaines à leur dépend, qu’il existait désormais d’autres partenaires possibles, Russie, Chine, Turquie, Émirats, et surtout qu’aucune puissance occidentale ne possédait plus le monopole du soutien économique ou militaire. Macron tente donc une reconversion diplomatique : moins de soldats, plus de business, davantage de forums internationaux et une rhétorique obsessionnelle sur “l’écoute”. Le problème est que beaucoup de dirigeants africains entendent surtout un ancien empire expliquer qu’il a enfin compris qu’il n’était plus un empire. Mais derrière cette impression en fait la France a compris que le soutien militaire des pays africains coutait très cher sans rien rapporter a part aiguiser des rancoeurs idiotes de populations pauvres qui mettaient l’incurie de leurs dirigeants sur le dos des français. L’Afrique était devenu un centre de coûts pour des retours quasi inexistants.
Le Kenya devient le laboratoire d’une nouvelle compétition mondiale
Le choix du Kenya n’a évidemment rien d’anodin. Nairobi cherche à renforcer sa place comme plateforme diplomatique et économique régionale entre Occident, Chine et pays du Golfe. Le président William Ruto veut attirer davantage d’investissements internationaux et positionner son pays comme acteur central des discussions africaines sur l’énergie, le climat et les infrastructures. Pour la France, s’installer dans ce dispositif permet d’éviter l’image toxique associée à certaines parties du Sahel où la présence militaire française est devenue politiquement explosive sur le plan politique mais profondément stabilisatrice. Mais cette stratégie révèle surtout une réalité beaucoup plus profonde : la mondialisation a déplacé le centre de gravité français vers des États pragmatiques, anglophones et économiquement agressifs. Cependant, le vieux logiciel diplomatique français, réseaux personnels, bases militaires, proximité historique, fonctionne mal dans un continent désormais structuré par les investissements chinois, les financements du Golfe et la guerre mondiale pour les minerais critiques. Même le langage utilisé à Nairobi a changé. On ne parle plus d’“aide au développement” mais de chaînes de valeur, d’énergie verte, de corridors logistiques et de souveraineté industrielle. En quelques années, l’Afrique est devenue moins idéologique et infiniment plus transactionnelle. Exactement comme le reste du monde. Et pour la France, enfin l’Afrique peut devenir un centre de profit plutôt qu’un centre de coût. En fait, le retrait français des pays francophones, contrairement a l’image que cherche à donner les dictatures, correspond à une volonté de s’extraire de régions où l’aide se faisait sans aucun retour. En effet, les monceaux d’argent versés par la France l’ont été en pure perte et ont alimenté un système de prédation et de corruption des élites politiques et tribales de ces pays. Peut être même que de se retrouver face à leur responsabilité, ces pays vont devoir s’organiser différemment.








