La CFDT appelle à relancer d’urgence les négociations salariales dans les entreprises et la fonction publique. Marylise Léon dénonce les 47 branches professionnelles dont les grilles restent sous le Smic et exige des efforts de la part des employeurs face à l’inflation persistante.
La CFDT lance une offensive pour relancer les négociations salariales
Face à l’érosion persistante du pouvoir d’achat, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, choisit d’hausser le ton. Dans un entretien accordé au Parisien ce samedi 16 mai, la dirigeante de la première centrale syndicale française exige de rouvrir des négociations salariales dans les entreprises comme dans la fonction publique. Un impératif, selon elle, dicté par la persistance de l’inflation et par l’existence, proprement scandaleuse, de grilles salariales démarrant sous le plancher légal du Smic.
« Il est impératif de rouvrir des négociations salariales là où elles viennent de se conclure et d’anticiper celles qui sont prévues », martèle Marylise Léon. Cette déclaration intervient alors que le Smic s’apprête à être revalorisé de 2,41 % au 1er juin, soit quelque 35 euros nets supplémentaires par mois pour les salariés rémunérés au minimum légal — une progression que le syndicat juge notoirement insuffisante.
Une hausse du Smic jugée insuffisante par le syndicat
Pour la secrétaire générale de la CFDT, cette revalorisation ne fait que « répondre à un mécanisme automatique d’indexation sur l’inflation » — autrement dit, rattraper le retard plutôt qu’améliorer la condition des travailleurs. Elle glisse, non sans ironie : « Après, si la guerre en Iran s’éternise, il faudra peut-être revoir la copie. » Une allusion transparente aux tensions géopolitiques qui alimentent la flambée des prix énergétiques et pourraient relancer une nouvelle spirale inflationniste. Le raisonnement est limpide : une hausse mécanique du Smic, calée sur l’inflation passée, ne protège pas contre l’inflation à venir.
Interrogée par Le Figaro, Marylise Léon précise que cette position s’inscrit dans une stratégie plus large visant à contraindre les employeurs à assumer pleinement leurs responsabilités sociales. « Certaines entreprises vont très bien. Il faut que chacun fasse des efforts en fonction de ses moyens », insiste-t-elle, appelant à « responsabiliser les employeurs » — une formule volontairement vague, qui laisse entière la question des mécanismes concrets de contrainte.
Quarante-sept branches encore sous le seuil du Smic
Les chiffres avancés par la dirigeante confédérale sont accablants : 47 branches professionnelles disposent encore de grilles salariales dont le premier échelon se situe sous le Smic. « Et il y en aura encore beaucoup plus après la revalorisation du 1er juin ! », prévient-elle, soulignant l’effet mécanique et répété d’un relèvement du minimum légal sur des conventions collectives figées. L’hospitalisation privée affiche ainsi deux coefficients sous le seuil légal, tandis que les jardineries en cumulent pas moins de neuf — un paradoxe saisissant pour des secteurs en contact direct avec le grand public et dont l’image sociale se voudrait irréprochable.
« Au passage, ce sont ces dernières qui — non sans culot — voulaient ouvrir le 1er Mai ! », tacle Marylise Léon, visant les revendications patronales sur le travail dominical et les jours fériés. La saillie est précise : comment réclamer davantage de flexibilité de la part des salariés tout en refusant de respecter le strict minimum légal en matière de rémunération ? La contradiction, difficilement défendable, illustre à elle seule l’exaspération syndicale.
La fonction publique également concernée par ces négociations salariales
La dirigeante confédérale se garde bien de cantonner ses revendications au seul secteur privé. Elle pointe avec une acuité particulière les dysfonctionnements de la fonction publique, où « les dix premiers échelons du premier grade de la catégorie C sont en dessous du Smic ». Une situation proprement aberrante, qui conduit certains agents à « rester 19 ans sans augmentation de salaire » — dix-neuf années durant lesquelles l’inflation grignote chaque mois un peu plus leur revenu réel. Le service public, censé incarner l’exemplarité sociale de l’État-employeur, se retrouve ainsi épinglé pour les mêmes travers que les branches les moins vertueuses du privé.
Cette critique s’inscrit dans un contexte où les négociations salariales, tant dans le public que dans le privé, peinent structurellement à suivre le rythme de l’inflation. « Il faut prendre en compte l’inflation et les difficultés de pouvoir d’achat des salariés. Sinon, il existe un vrai risque d’accentuation de la fracture sociale », alerte Marylise Léon — un avertissement qui, pour être formulé en termes mesurés, n’en est pas moins d’une gravité politique réelle.
L’urgence de la transparence salariale mise en avant
Au-delà des questions de rémunération, la secrétaire générale de la CFDT fustige le retard pris par le gouvernement sur la transposition de la directive européenne relative à la transparence salariale — un texte conçu pour réduire les écarts de rémunération entre hommes et femmes, dont la date limite de transposition était fixée au 7 juin. À ce jour, aucun projet de loi n’a été soumis au Parlement. « Bien sûr que cela m’inquiète ! Et ça m’agace beaucoup ! », s’emporte Marylise Léon, dans des propos relayés par BFMTV. Une exaspération qui traduit une frustration plus profonde face aux atermoiements gouvernementaux sur les dossiers sociaux.
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou avait pourtant évoqué en janvier la présentation d’un projet de loi avant l’été, avant de repousser l’échéance à « dans l’année » — formule commode qui ne contraint à rien. Face à ces reports successifs, la dirigeante syndicale propose une solution tranchée : « On retire le projet de loi sur le 1er Mai, car franchement ce n’est pas une urgence, et on met à l’agenda des textes qui intéressent véritablement les travailleurs. » Une injonction à remettre les priorités dans l’ordre, qui sonne comme un désaveu de la politique sociale du gouvernement.








