Le Plan épargne retraite (PER) franchit un cap historique avec 150,4 milliards d’euros d’encours fin 2025, soit une progression spectaculaire de 20%. Cette performance témoigne de l’engouement croissant des 12,9 millions de titulaires français pour ce dispositif d’épargne retraite complémentaire.
Le PER consolide sa position dans l’épargne retraite française
L’épargne retraite française franchit un nouveau cap historique. Le Plan épargne retraite (PER), né de la loi Pacte de 2019, vient de dépasser les 150 milliards d’euros d’encours au quatrième trimestre 2025 — un seuil symbolique qui consacre l’ancrage durable de ce produit dans les stratégies patrimoniales des ménages. Cette performance, dévoilée par le ministère de l’Économie le 17 mai dernier, témoigne d’une maturité acquise en à peine six ans et d’une capacité remarquable à drainer l’épargne des Français vers la retraite complémentaire.
Avec 12,9 millions de titulaires et des encours atteignant précisément 150,4 milliards d’euros au 31 décembre 2025, le PER s’impose désormais comme une pièce maîtresse du paysage financier national. Une croissance de 20% sur l’année écoulée que peu d’observateurs avaient anticipée lors du lancement du dispositif, et qui invite à reconsidérer la place de la capitalisation dans l’architecture française de la retraite.
Car c’est bien là l’enjeu de fond : la progression du PER n’est pas seulement un fait financier, elle traduit une mutation silencieuse dans la manière dont les Français organisent et financent leur retraite. Longtemps fondé sur un modèle de répartition pure — où les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités —, le système français évolue progressivement vers une logique mixte, articulant solidarité intergénérationnelle et capitalisation individuelle. Le PER incarne cette transition : il ne remplace pas les régimes obligatoires, mais il comble les angles morts d’un système sous tension démographique croissante, en permettant à chaque épargnant de constituer un capital ou une rente complémentaire selon ses propres moyens et son horizon temporel.
Une collecte record qui défie les prévisions
Les chiffres publiés par Bercy dessinent un tableau d’ensemble particulièrement favorable. La progression irrigue l’ensemble des compartiments du dispositif : les PER individuels — ouverts à tout contribuable — affichent 88,5 milliards d’euros d’encours, en hausse de 21%, tandis que les PER d’entreprise collectifs atteignent 33,86 milliards d’euros, en progression de 22%. Même les PER obligatoires, traditionnellement plus inertes, enregistrent une hausse de 13%, à 28,04 milliards d’euros.
Cette dynamique s’appuie sur une collecte nette exceptionnelle de 20,2 milliards d’euros en 2025, soit une progression de 16% selon France Assureurs. Un rythme qui tranche avec la morosité de l’épargne traditionnelle et confirme l’appétit croissant des ménages français pour les solutions d’accumulation à long terme.
Les ressorts d’un succès inattendu
L’attractivité du PER repose sur un triptyque solide : flexibilité, avantages fiscaux et accès à une large palette de supports d’investissement. Contrairement aux anciens dispositifs — le PERP ou le contrat Madelin, aujourd’hui fermés aux nouveaux entrants — le Plan épargne retraite offre une architecture modulable, adaptée aux différents profils d’épargnants.
La gestion pilotée à horizon constitue l’un de ses atouts les plus distinctifs. Avant 40 ans, les versements s’orientent massivement vers les unités de compte, des supports plus risqués mais dotés d’un potentiel de rendement supérieur sur longue période. Cette dynamique contraste avec la prudence parfois excessive des produits d’épargne classiques, qui sacrifient souvent la performance au profit d’une liquidité immédiate peu utile dans une optique retraite.
Selon Capital, l’avantage fiscal demeure déterminant : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de plafonds annuels calculés sur les revenus professionnels. Il ne s’agit pas d’une exonération définitive, mais d’un report d’imposition à la sortie — une subtilité qui avantage significativement les contribuables fortement imposés en phase d’accumulation, et qui offre une marge de manœuvre réelle dans la gestion de la pression fiscale.
Un instrument au service du financement des entreprises
Au-delà des bénéfices individuels, le PER exerce une fonction macroéconomique que Bercy ne manque pas de souligner. Plus de 60% des actifs gérés financent directement les entreprises, dont 5 milliards d’euros en actifs non cotés — capital-investissement, dette privée, infrastructures. Cette orientation vers l’économie réelle distingue favorablement le modèle français de certains dispositifs anglo-saxons, parfois décriés pour leur tendance à alimenter les marchés financiers sans lien étroit avec l’activité productive.
Dans un contexte où les banques peinent à accompagner la croissance des PME et des ETI, le PER s’impose comme un canal complémentaire de financement, capable de mobiliser l’épargne longue des ménages au profit des besoins en capital des entreprises. Une convergence d’intérêts entre épargnants en quête de rendement et tissu économique en quête de financements stables.
Les modalités pratiques qui séduisent
L’accessibilité du Plan épargne retraite explique en partie son succès populaire. Salariés du secteur privé — via leur entreprise pour les compartiments collectif ou obligatoire —, travailleurs indépendants bénéficiant de plafonds de déduction spécifiques, ou encore tout contribuable souhaitant ouvrir un PER individuel : le dispositif s’adresse à une population très large, sans condition de revenus ni d’âge minimal.
Les conditions de sortie restent toutefois strictement encadrées. Le capital accumulé n’est en principe récupérable qu’au moment du départ à la retraite, sous forme de capital, de rente viagère, ou d’une combinaison des deux. Des cas de déblocage anticipé sont cependant prévus par la loi : invalidité de deuxième ou troisième catégorie, décès du conjoint ou du partenaire de Pacs, situation de surendettement, expiration des droits aux allocations chômage, ou encore acquisition de la résidence principale pour le seul compartiment individuel.
Cette rigueur, loin de dissuader les épargnants, semble au contraire les rassurer. La contrainte de blocage devient un pare-feu psychologique contre la tentation de puiser prématurément dans ses réserves — un atout que les professionnels du patrimoine ne manquent pas de valoriser auprès de leurs clients.








