Les cours du pétrole chutent de plus de 5% après les déclarations optimistes de Trump sur les négociations avec l’Iran. Un accord pourrait rouvrir le détroit d’Ormuz, mais les positions restent fragiles.
Le prix du pétrole s’assagit sur fond de négociations
Les cours du pétrole ont accusé une chute spectaculaire de plus de 5 % dans le sillage des déclarations optimistes de Donald Trump sur l’avancée des pourparlers américano-iraniens. Cette embellie survient alors que les négociations entre Washington et Téhéran semblent s’orienter vers un accord susceptible de rouvrir le détroit d’Ormuz — verrou stratégique par excellence du commerce énergétique mondial. Axios et CNBC analysent en détail les ressorts de cette détente sur les marchés.
Depuis l’embrasement du conflit, le 28 février dernier, les marchés pétroliers évoluent sous la menace constante d’une escalade incontrôlable. Le blocus iranien du détroit d’Ormuz, artère névralgique par laquelle transite en temps normal quelque 20 % de l’approvisionnement mondial en or noir, a déclenché la perturbation de l’offre la plus sévère de l’histoire moderne des hydrocarbures. C’est précisément cette menace qui avait propulsé les prix à des niveaux inédits — le Brent avait franchi allègrement les 100 dollars le baril —, avant que les espoirs diplomatiques ne viennent desserrer l’étau. La perspective d’une réouverture du détroit, même partielle, suffit à bouleverser les anticipations des opérateurs, tant la prime de risque géopolitique intégrée dans les cours était colossale. Retrouvez notre analyse sur les tensions militaires autour de l’Iran.
Trump temporise face aux pressions républicaines
Dimanche, le président américain a publié sur Truth Social un message délibérément mesuré : « Les négociations se déroulent de manière ordonnée et constructive, et j’ai informé mes représentants de ne pas précipiter un accord car le temps joue en notre faveur. » Le ton tranche singulièrement avec l’enthousiasme affiché la veille, lorsqu’il affirmait qu’un accord avait été « largement négocié ».
Cette volte-face trahit les tensions profondes qui traversent le camp républicain. Le sénateur Lindsey Graham a publiquement exhorté Trump à « tenir bon » dans les négociations, tandis que des voix de plus en plus critiques s’élèvent contre tout compromis avec Téhéran. Selon le Daily Press, le président aurait également eu un entretien téléphonique jugé « très satisfaisant » avec Benjamin Netanyahu dans la même journée de samedi.
Les contours d’un accord complexe émergent
D’après les informations rapportées par l’Associated Press, l’accord en gestation s’articulerait autour de plusieurs volets cruciaux. Téhéran s’engagerait à abandonner son stock d’uranium hautement enrichi — soit 440,9 kilogrammes portés à 60 % de pureté —, ce qui représente une concession nucléaire considérable. En contrepartie, le détroit d’Ormuz serait progressivement rouvert à la navigation internationale, tandis que Washington lèverait le blocus de ses ports et consentirait des allégements de sanctions permettant à l’Iran de reprendre ses exportations pétrolières sur les marchés mondiaux.
Le secrétaire d’État Marco Rubio, en déplacement en Inde, a confirmé que « des progrès significatifs, bien que non définitifs, ont été réalisés », soulignant que l’accord envisagé irait sensiblement plus loin que l’accord nucléaire de 2015 conclu sous l’administration Obama.
Réactions contrastées des marchés énergétiques
La réaction des marchés n’a pas tardé. Le Brent, référence mondiale des cours pétroliers, a plongé de 5,5 % à 97,90 dollars le baril dès lundi matin, tandis que le WTI américain cédait 5,8 % à 90,99 dollars. Comme le souligne la BBC, ces niveaux demeurent néanmoins très largement supérieurs aux 70 dollars observés avant le déclenchement du conflit — rappel brutal que la prime de guerre est loin d’avoir été intégralement effacée.
Cette volatilité des cours illustre avec éloquence la nervosité persistante des investisseurs, partagés entre l’espoir d’un dénouement diplomatique et la crainte d’un nouvel enlisement. Saul Kavonic, responsable de la recherche énergétique chez MST Financial, se montre d’ailleurs mesuré dans son optimisme : « Il y a désormais une lueur d’espoir qui apportera un soulagement à court terme sur les prix du pétrole. Mais même dans le scénario le plus favorable, les marchés resteront structurellement tendus jusqu’en 2027. »
L’Iran maintient ses positions
Téhéran, de son côté, adopte une posture résolument prudente face aux annonces américaines. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a bien reconnu un « rapprochement des positions », mais n’a pas manqué de dénoncer les « déclarations contradictoires » émanant de Washington. L’agence Fars News a, quant à elle, précisé que « même en cas d’accord possible, le détroit d’Ormuz restera sous gestion iranienne » — formulation qui en dit long sur les lignes rouges de Téhéran.
Cette méfiance viscérale s’explique en partie par les deux attaques dont l’Iran a été la cible au cours des négociations nucléaires précédentes. Le nouveau guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei — successeur de son père, tué lors des bombardements —, se trouverait, selon les services de renseignement américains, dans un lieu tenu secret, ce qui ne manque pas de compliquer singulièrement le fil des communications.
Implications géopolitiques et économiques majeures
Au-delà des enjeux strictement énergétiques, cet accord potentiel pourrait redessiner en profondeur l’équilibre régional au Moyen-Orient. Trump a évoqué l’élargissement des Accords d’Abraham, avec l’adhésion possible de l’Arabie Saoudite, du Qatar et du Pakistan — une perspective que Lindsey Graham qualifie déjà de « l’un des accords les plus conséquents de l’histoire du Moyen-Orient ».
Certains élus démocrates, à l’instar de Chris Van Hollen, dénoncent néanmoins un accord qui permettrait à l’Iran de « conserver trop de contrôle » sur ces voies maritimes stratégiques. L’onde de choc positive se fait déjà sentir sur les places asiatiques : le Nikkei japonais a bondi de 3,1 % lundi, franchissant pour la première fois de son histoire le seuil symbolique des 65 000 points.
La situation demeure éminemment fragile, Trump lui-même reconnaissant que « les deux parties doivent prendre leur temps et bien faire les choses ». Dans ce climat d’incertitude savamment entretenu, les marchés du pétrole continueront de disséquer chaque déclaration, chaque nuance, conscients que l’avenir énergétique mondial se joue, pour une large part, dans ces négociations secrètes entre Washington et Téhéran.








