Ebola : plus de 100 morts en République démocratique du Congo

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Ebola : plus de 100 morts en République démocratique du Congo © www.nlto.fr

Un mois après la déclaration de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, Médecins sans frontières alerte sur une progression du virus plus rapide que la réponse sanitaire déployée. Avec 782 cas et 181 décès officiellement recensés, l’ONG dénonce des lacunes critiques dans le dépistage, la surveillance et le traçage des contacts. L’absence de vaccin contre la souche Bundibugyo et la méfiance des populations fragilisent encore davantage la riposte.

Ebola : Médecins sans frontières dénonce une réponse sanitaire insuffisante face à la progression fulgurante de l’épidémie en RDC

Un mois après la déclaration officielle de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, la situation sanitaire se dégrade à une vitesse alarmante. Médecins sans frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme : la maladie progresse plus rapidement que les moyens déployés pour l’endiguer. Avec 782 cas recensés et 181 décès selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’ampleur réelle de la catastrophe demeure largement inconnue. Les lacunes dans le diagnostic, la surveillance épidémiologique et le traçage des contacts compromettent gravement les efforts de contrôle.

« Personne ne connaît l’ampleur réelle de l’épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule », alerte Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de Médecins sans frontières en RDC, dans un communiqué publié lundi 15 juin. L’ONG appelle à une réaction d’urgence « à la hauteur de la crise en cours », dénonçant des « dangereuses lacunes » dans la riposte sanitaire.

Déclarée le 15 mai, la dix-septième épidémie d’Ebola que connaît le pays africain de plus de 100 millions d’habitants se révèle particulièrement préoccupante. Deux jours après l’annonce des autorités congolaises, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclenché l’alerte sanitaire internationale. La situation se complique davantage car il n’existe ni vaccin ni traitement homologué contre la rare souche Bundibugyo à l’origine de cette flambée épidémique.

Des chiffres officiels qui ne reflètent qu’une partie de la réalité

Les données communiquées par les autorités sanitaires congolaises font état de 782 cas confirmés et 181 décès, soit un taux de létalité de 23%. Mais selon Sud Ouest, MSF estime que ces chiffres « ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité ». La province de l’Ituri concentre près de 95% des cas recensés, transformant cette région en épicentre de la catastrophe sanitaire. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu sont également touchés, compliquant encore la cartographie épidémiologique.

L’Ouganda voisin signale déjà 19 cas confirmés sur son territoire, preuve que l’épidémie prend une dimension régionale inquiétante. Dans un pays marqué par des décennies de conflits armés et des déplacements massifs de populations, la traçabilité des cas devient un casse-tête logistique et sécuritaire. L’OMS a toutefois noté vendredi dernier une légère amélioration du traçage des contacts : 70% des contacts sont désormais correctement suivis, contre 45% début juin. Un progrès certes, mais largement insuffisant aux yeux de MSF.

Un dispositif de dépistage cruellement inadapté à l’urgence

« Le dépistage reste l’une des principales faiblesses de la réponse, malgré des améliorations récentes des capacités de laboratoire et l’arrivée de centaines de tests mobiles dans l’est de la RDC, spécifiquement conçus pour le virus Bundibugyo », détaille Kate White. De nombreuses zones, particulièrement celles touchées par l’insécurité endémique, n’ont qu’un accès très limité aux tests de diagnostic. Les centres de traitement attendent parfois plusieurs jours avant d’obtenir les résultats d’analyse.

Dans la région du Nord-Kivu, un seul laboratoire assure l’analyse des échantillons sanguins. Les délais d’acheminement et de traitement s’étirent sur plusieurs jours, privant les équipes médicales d’une capacité de réaction rapide pourtant vitale face à un virus aussi contagieux. Selon Congo Quotidien, l’OMS a livré lundi 16,5 tonnes de fournitures médicales, incluant des équipements de protection individuelle, des médicaments et du matériel de désinfection. Un premier envoi de 4,6 tonnes et plus de 2000 tests RadiOne avait déjà été effectué deux semaines auparavant.

Malgré ces renforts matériels, la logistique demeure défaillante. L’insécurité qui règne dans plusieurs zones empêche les équipes d’accéder aux populations, retardant le dépistage précoce des cas et favorisant la propagation silencieuse du virus. « Sans un dépistage plus rapide et largement disponible, il sera difficile de détecter les cas suffisamment tôt pour contenir l’épidémie », prévient la coordinatrice médicale de MSF.

La méfiance des populations, obstacle majeur à la riposte sanitaire

En Ituri, région la plus touchée, MSF observe « de la peur et de la méfiance parmi les habitants face à l’arrivée soudaine des équipes de réponse Ebola ». Frédéric Lai Manantsoa, coordinateur d’urgence de MSF en RDC, souligne qu' »expliquer la maladie ne suffit pas à instaurer la confiance ». Il faut, insiste-t-il, « écouter les préoccupations de la population, et l’inclure pleinement dans la manière de façonner la réponse ».

La défiance communautaire n’est pas nouvelle dans l’est congolais. Lors de précédentes épidémies d’Ebola, notamment celle de 2018-2020 qui avait fait plus de 2200 morts, les équipes médicales avaient été confrontées à des violences, des attaques de centres de traitement et des rumeurs persistantes. Les populations locales, traumatisées par des années de conflit et habituées à se méfier des autorités, peinent à faire confiance aux interventions sanitaires venues de l’extérieur.

MSF déploie des équipes dans des zones plus reculées et instables pour améliorer les capacités de détection et renforcer le dialogue avec les communautés. L’ONG compte actuellement 600 professionnels de santé sur le terrain et a acheminé des centaines de tonnes de matériel depuis Kinshasa et l’international. Mais le temps presse : « Cette épidémie peut encore être maîtrisée, mais plus nous attendons, plus la marge de manœuvre se réduit », avertit Frédéric Lai Manantsoa.

Une crise sanitaire qui menace aussi les soins de santé courants

Au-delà de la lutte contre Ebola, MSF s’inquiète de l’impact de l’épidémie sur l’ensemble du système de santé congolais. « Les femmes enceintes ont toujours besoin de soins maternels, les enfants de vaccinations, et les patients de traitements contre le paludisme et le choléra », rappelle Kate White. La focalisation exclusive sur l’urgence épidémique risque de délaisser les soins de routine, aggravant encore la situation sanitaire globale d’une population déjà fragilisée.

Les centres de santé débordés par l’afflux de patients suspects d’Ebola peinent à maintenir leurs activités habituelles. De nombreux malades, craignant la contamination ou les mesures d’isolement, renoncent à consulter, laissant d’autres pathologies non traitées. Le paludisme, principale cause de mortalité dans la région, continue de faire des ravages dans l’indifférence relative. Le choléra, endémique dans plusieurs provinces, pourrait également profiter du relâchement de la surveillance sanitaire.

Les leçons non apprises de la catastrophe ouest-africaine

MSF n’en est pas à sa première confrontation avec l’OMS sur la gestion d’une épidémie d’Ebola. L’ONG avait été l’un des critiques les plus virulents de l’organisation onusienne lors de la grande épidémie d’Afrique de l’Ouest entre fin 2013 et 2016. Cette catastrophe sanitaire, la plus violente de l’histoire pour le virus Ebola, avait causé plus de 11 300 morts sur environ 29 000 cas recensés, à plus de 99% en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

À l’époque, Médecins sans frontières avait accusé l’OMS d’avoir été « trop lente à réagir », laissant l’épidémie se propager pendant des mois avant de déclencher une réponse internationale coordonnée. Les systèmes de santé fragiles des trois pays touchés s’étaient effondrés, entraînant une surmortalité considérable liée aux pathologies courantes non prises en charge.

Aujourd’hui, MSF craint de voir l’histoire se répéter en RDC. « En dépit de l’intensification récente de la réponse, d’importantes lacunes compromettent les efforts visant à contrôler l’épidémie, que ce soit en matière de diagnostic, de surveillance, de recherche des contacts ou d’engagement communautaire », martèle l’organisation dans son communiqué. Les défaillances actuelles rappellent tragiquement celles qui avaient permis au virus de ravager l’Afrique de l’Ouest il y a dix ans.

Des recommandations urgentes pour inverser la tendance

Face à l’urgence, MSF formule plusieurs recommandations précises. L’ONG exige du gouvernement congolais un renforcement immédiat du diagnostic et de la surveillance épidémiologique, ainsi qu’une facilitation de la circulation des personnels de santé et des fournitures médicales dans les zones affectées. Elle appelle également à une enquête indépendante pour documenter les carences de la réponse et améliorer les protocoles d’intervention.

Les principales mesures préconisées incluent :

  • Le déploiement massif de tests de diagnostic rapide dans toutes les zones touchées, y compris les plus reculées
  • La multiplication des laboratoires d’analyse pour réduire les délais de confirmation des cas
  • Le renforcement de l’engagement communautaire par l’inclusion des populations locales dans la conception de la réponse
  • Le maintien des services de santé de base parallèlement à la lutte contre Ebola
  • La protection renforcée du personnel soignant, exposé quotidiennement au virus

L’organisation insiste sur la nécessité d’une approche globale, ne se limitant pas à la réponse médicale stricte. Les dimensions sociales, culturelles et sécuritaires doivent être prises en compte pour espérer enrayer la progression du virus. Le précédent ouest-africain a démontré que l’acceptation communautaire des mesures sanitaires conditionne largement le succès de l’intervention.

Alors que la RDC traverse simultanément une crise politique majeure, avec l’adoption controversée au Sénat d’une loi sur l’organisation d’un référendum constitutionnel, les capacités de l’État à gérer l’urgence sanitaire semblent limitées. L’opposition congolaise dénonce la tenue d’un référendum alors qu’une partie du pays est occupée par l’armée rwandaise et qu’une épidémie d’ampleur menace des millions de vies.

La fenêtre d’opportunité pour contenir l’épidémie se referme rapidement. Chaque jour de retard dans le renforcement de la riposte sanitaire augmente le risque de voir le virus se propager à d’autres provinces congolaises, voire à d’autres pays de la région des Grands Lacs. La mobilisation internationale reste insuffisante face à l’ampleur du défi. MSF appelle l’ensemble de la communauté humanitaire à réagir avant qu’il ne soit trop tard, redoutant qu’une fois encore, les leçons du passé n’aient pas été retenues.

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