À trois mois des élections de mi-mandat, Donald Trump change brusquement de costume. Le président américain, chantre du libre marché et défenseur historique de l’industrie pétrolière, s’en prend frontalement aux majors énergétiques. ExxonMobil et Chevron sont dans le viseur : leurs profits records au deuxième trimestre 2026 ne passent plus. L’essence à 4,10 dollars le gallon menace la majorité républicaine au Congrès.
La stratégie de Trump : blâmer l’industrie pétrolière pour sauver son bilan
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. ExxonMobil a engrangé 14,5 milliards de dollars de profits au deuxième trimestre 2026, soit plus du double de ses résultats de l’année précédente (7,1 milliards). Chevron fait encore mieux : 12 milliards de dollars, une hausse de 400% par rapport aux 2,5 milliards de 2025. Le conflit avec l’Iran, déclenché fin février 2026 par des frappes militaires américaines et israéliennes, a propulsé le baril à 96 dollars, soit 20% de plus qu’avant les hostilités.
Trump ne digère pas. « Ils gagnent trop d’argent sur la base d’une pénurie. Je n’aime pas ça. Ils vont en rendre une partie au public et ils ont intérêt à baisser le prix de détail, le prix à la consommation », déclare le président dans un ton inhabituel pour un républicain. L’homme qui a bâti sa carrière sur la dérégulation et le soutien aux entreprises énergétiques adopte soudain un discours interventionniste. La raison ? Les élections de novembre approchent, et les républicains risquent de perdre la Chambre des représentants, voire le Sénat.
Novembre 2026 approche : les républicains face au handicap de l’essence chère
Le 27 février 2026, l’essence coûtait 2,98 dollars le gallon. Six mois plus tard, elle atteint 4,10 dollars, soit une hausse de 40%. Cette inflation énergétique mine le pouvoir d’achat des Américains et entache le bilan économique de l’administration Trump. Les démocrates exploitent cette vulnérabilité pour mobiliser leur électorat. Dans ce contexte, Trump tente un coup politique : transformer les pétroliers en boucs émissaires pour détourner l’attention de sa propre responsabilité dans l’escalade avec l’Iran.
Le président a d’ailleurs suspendu une attaque militaire planifiée contre Téhéran début août, provoquant une baisse immédiate de 5% des prix du brut. Un geste calculé pour apaiser les marchés et offrir un répit aux consommateurs avant les midterms. Mais cette manœuvre tactique ne suffit pas à masquer la contradiction fondamentale de sa position.
Trump se positionne en défenseur des consommateurs : une nouvelle rhétorique
« Je ne devrais pas dire ça parce que je suis un grand partisan de la libre entreprise, personne plus que moi. Vous êtes surpris que je le dise ? Je le dis haut et fort. Je ne suis pas content », affirme Trump dans un aveu rare. Cette déclaration révèle l’inconfort du président face à ses propres contradictions idéologiques. L’homme qui a multiplié les faveurs fiscales et réglementaires pour l’industrie pétrolière réclame désormais un contrôle des prix, une mesure typiquement associée aux politiques interventionnistes qu’il a toujours combattues.
En juin 2026, Trump avait déjà ordonné au ministère de la Justice d’enquêter sur les prix de l’essence, suggérant une possible manipulation du marché. Une initiative qui sonne comme une opération de communication plus que comme une investigation sérieuse, tant les mécanismes de formation des prix du pétrole dépendent de facteurs géopolitiques et non de décisions unilatérales des entreprises.
L’attaque nommée contre Mike Wirth (Chevron) : tactique ou conviction ?
Trump ne se contente pas de critiques générales. Il cible directement Mike Wirth, PDG de Chevron, dans un message publié sur Truth Social. Le président reproche au dirigeant de ne pas avoir reconnu le rôle de son administration dans le soutien à l’industrie : « La seule chose que [Wirth] a commodément oublié de mentionner, c’est que sans le génie, la prévoyance, la force et la stabilité de l’administration TRUMP, l’industrie pétrolière, et notre pays lui-même, seraient MORTS ! »
Cette attaque personnalisée illustre la stratégie trumpienne : dramatiser, personnaliser, polariser. En désignant un responsable identifiable, le président offre à ses électeurs un adversaire tangible, plus facile à haïr qu’un mécanisme économique abstrait. Mais ce faisant, il révèle aussi sa faiblesse : son incapacité à contrôler réellement les prix du pétrole, déterminés par les marchés mondiaux et non par décret présidentiel.
La contradiction : Trump, champion du libre marché qui réclame le contrôle des prix
La volte-face de Trump révèle l’impasse idéologique dans laquelle se trouvent les conservateurs américains face à l’inflation énergétique. Comment concilier la défense du capitalisme sans entraves et la nécessité politique de protéger le pouvoir d’achat des électeurs ? Trump choisit le pragmatisme électoral au détriment de la cohérence doctrinale. Mais cette stratégie comporte un risque : elle légitime l’idée d’une intervention de l’État dans l’économie, ouvrant la porte à des politiques que les républicains ont toujours combattues.
Les démocrates ne manqueront pas de souligner cette contradiction. Comment Trump peut-il simultanément revendiquer le mérite de la prospérité de l’industrie pétrolière et lui reprocher d’en tirer profit ? Comment peut-il se présenter comme le défenseur du libre marché tout en exigeant un contrôle des prix digne d’une économie dirigée ?








