TotalEnergies vient de commettre une erreur stratégique majeure. Le 27 juillet 2026, le géant pétrolier a annoncé faire appel du jugement du 25 juin qui l’obligeait enfin à compter ses vraies émissions climatiques.
TotalEnergies préfère la justice à la responsabilité
25 juin 2026 : le tribunal lui ordonne de compter ses vraies émissions
Le tribunal judiciaire de Paris a rendu un jugement sans appel. Le plan de vigilance de TotalEnergies est incomplet. La raison ? Le groupe exclut délibérément les émissions de Scope 3, celles générées par l’utilisation de ses produits par les clients. Essence brûlée dans les moteurs, kérosène consumé dans les avions, gaz naturel transformé en chaleur : TotalEnergies refuse de les comptabiliser. Le tribunal accorde six mois au groupe pour se conformer. Un délai raisonnable pour une multinationale qui emploie 100 000 collaborateurs et génère des milliards de bénéfices annuels.
27 juillet 2026 : le groupe refuse et fait appel
Un mois plus tard, TotalEnergies choisit la confrontation. Après délibération de son conseil d’administration, le groupe annonce officiellement son appel. La décision intervient alors que l’exécution provisoire impose au géant pétrolier de se conformer immédiatement au jugement. L’appel ne suspend rien. TotalEnergies doit obéir, qu’il conteste ou non. Cette stratégie révèle une entreprise prisonnière de son modèle économique fossile, incapable d’assumer les conséquences de son activité.
Les mauvais arguments d’un géant pétrolier en crise d’identité
« Ce n’est pas nous, c’est le client » : le sophisme de TotalEnergies
TotalEnergies déploie une rhétorique enfantine. Selon le groupe, « ce n’est pas TotalEnergies qui décide si un automobiliste choisit de rouler à l’essence, au biodiesel ou avec un véhicule électrique ». L’argument relève du sophisme pur. Un fabricant d’armes pourrait-il se dédouaner des morts causées par ses produits en invoquant la liberté de tir des acheteurs ? Un producteur de tabac échapperait-il aux poursuites sanitaires en arguant que fumer reste un choix personnel ? La responsabilité d’une entreprise ne s’arrête pas à la porte de son usine. Elle englobe les risques prévisibles liés à l’usage normal de ses produits. TotalEnergies maîtrise pourtant parfaitement ses chaînes d’approvisionnement quand il s’agit d’optimiser ses profits.
« C’est l’affaire des États » : quand TotalEnergies se dédouane de ses responsabilités
Le groupe invoque le soutien du ministère public qui aurait affirmé que le changement climatique relève « essentiellement de la responsabilité de la communauté internationale des États ». Cet argument juridique masque une réalité gênante : les multinationales énergétiques disposent de budgets supérieurs à ceux de nombreux pays. TotalEnergies pèse davantage dans les émissions mondiales que des dizaines d’États réunis. Renvoyer la responsabilité climatique aux seuls gouvernements constitue une pirouette intellectuelle. Les États fixent le cadre, les entreprises agissent dans ce cadre. La loi française sur le devoir de vigilance, adoptée en mars 2017, impose justement aux grandes entreprises de cartographier les risques graves pour l’environnement. TotalEnergies connaît ces risques. Il refuse simplement de les assumer publiquement.
Liberté d’entreprendre versus urgence climatique : un débat dépassé
TotalEnergies brandit un dernier argument : « Imposer à des entreprises du secteur de l’énergie ou de la défense, de l’aéronautique ou de l’automobile un contrôle des risques résultant de l’utilisation de leurs produits par leurs clients n’apparaît pas conforme aux objectifs de la loi, ni aux principes de sécurité juridique et de liberté d’entreprendre. » Cette posture révèle un décalage sidérant avec l’urgence climatique. La liberté d’entreprendre ne peut justifier l’aveuglement volontaire face aux catastrophes environnementales. Le groupe invoque également la directive européenne sur le devoir de vigilance qui n’aurait pas retenu les activités des clients. Argument spécieux : le droit français peut légitimement aller au-delà du droit européen en matière de protection environnementale.
L’exécution provisoire : TotalEnergies doit obéir, qu’il aime ça ou non
Six mois pour se conformer : un délai que le groupe devrait utiliser pour changer
Le jugement du 25 juin assortit l’injonction d’une exécution provisoire. Concrètement, TotalEnergies doit intégrer les émissions Scope 3 dans son plan de vigilance pendant l’examen de son appel. Le groupe dispose de six mois pour se mettre en conformité. Ce délai pourrait transformer la contrainte en opportunité. Publier un plan de vigilance complet renforcerait la crédibilité climatique du groupe auprès des investisseurs, des régulateurs et de l’opinion publique. Au lieu de cela, TotalEnergies choisit la posture défensive et le déni.
Début 2027 : le tribunal reviendra vérifier que TotalEnergies a compris le message
Un nouveau contrôle judiciaire est prévu début 2027. Le tribunal vérifiera la conformité du plan de vigilance révisé. Si TotalEnergies persiste dans son refus, les conséquences juridiques pourraient s’alourdir. L’action engagée en 2020 par les associations Notre Affaire à Tous, Sherpa, ZEA, France Nature Environnement et la Ville de Paris s’inscrit dans une vague mondiale de contentieux climatiques. Le groupe Shell affronte une bataille similaire devant la Cour suprême des Pays-Bas. Les juges du monde entier élargissent progressivement le périmètre de responsabilité des entreprises fossiles. TotalEnergies peut multiplier les appels, le vent de l’histoire souffle contre lui.








