L’OSINT : enquêter à partir des sources ouvertes

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L’OSINT : enquêter à partir des sources ouvertes © www.nlto.fr

L’OSINT, ou renseignement d’origine sources ouvertes, consiste à collecter, vérifier et analyser des informations accessibles au public. Publié en novembre 2024, le guide A Practical Guide to Conduct Open Source Investigations présente les méthodes, les outils et les principes éthiques nécessaires pour conduire une enquête. Des cinq questions fondamentales aux techniques de vérification des contenus, il propose un cadre pour examiner les informations et formuler des conclusions en tenant compte des limites des sources.

Comprendre l’OSINT et les enjeux de l’enquête

L’OSINT, ou renseignement d’origine sources ouvertes, désigne une démarche qui consiste à collecter, vérifier, relier et analyser des informations accessibles au public afin de répondre à une question précise. Présentée dans le document A Practical Guide to Conduct Open Source Investigations, publié en novembre 2024, cette méthode permet d’étudier des contenus, des comptes, des sites Internet ou des événements à partir de traces disponibles. Elle ne se résume pas à accumuler des informations. Elle nécessite une méthode rigoureuse, une réflexion sur les sources et une présentation claire des résultats. L’objectif est de produire des conclusions justifiées, tout en indiquant les incertitudes qui subsistent.

Qui peut mener une enquête OSINT ? Le document s’adresse notamment aux personnes qui souhaitent comprendre les mécanismes de manipulation de l’information et apprendre à examiner des activités en ligne. Une enquête peut porter sur des comptes, des publications, des images, des vidéos ou des réseaux de diffusion. Toutefois, l’OSINT ne signifie pas piratage. Elle repose sur des sources accessibles légalement et ne justifie pas de contourner des accès privés ou de pénétrer dans des comptes. L’enquêteur doit également considérer les personnes concernées, les risques liés à la collecte d’informations et les conséquences possibles de leur publication.

Pourquoi cette démarche est elle importante ? Le document aborde notamment la désinformation fondée sur l’identité, appelée IBD, ainsi que les notions de FIMI et de DIMI, liées à l’ingérence et à la manipulation de l’information. Ces phénomènes peuvent mobiliser des contenus trompeurs, des comptes et des stratégies de diffusion. Pour les étudier, l’enquêteur doit distinguer les faits observés des interprétations et des hypothèses. La présence de plusieurs comptes partageant un message ne suffit pas à démontrer une opération malveillante. Une analyse sérieuse cherche donc à comprendre les comportements sans attribuer automatiquement une intention ou une origine.

Les méthodes et les outils de l’enquête

Comment organiser une recherche ? Le document propose de commencer par les cinq questions fondamentales, connues sous le nom des 5 W. Qui sont les acteurs observés ? Quoi, c’est à dire quel contenu ou comportement, est étudié ? Où les publications apparaissent elles ? Quand ont elles été diffusées ? Pourquoi cette activité pourrait elle avoir lieu ? La dernière question demande une prudence particulière, car les motivations ne sont pas toujours directement observables. Ces interrogations permettent de délimiter le sujet, de préciser les informations manquantes et d’éviter une recherche trop vaste.

Pour décrire une activité, le guide présente également le cadre ABCDE. Celui ci examine les acteurs, leurs comportements, les contenus, le degré ou l’ampleur de l’activité et ses effets. Les TTPs, qui désignent les tactiques, techniques et procédures, permettent de décrire la manière dont une opération se déroule. Le document évoque aussi l’Online Operations Kill Chain, le DISARM Red Framework et STIX, qui servent à structurer l’analyse ou à partager des informations. Ces cadres organisent les observations, mais ne remplacent pas les preuves. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’identifier avec certitude les responsables d’une activité.

Quels outils utiliser ? Le guide distingue cinq familles. Les outils d’archivage, comme la Wayback Machine ou Archive.today, aident à conserver ou retrouver des pages. Des logiciels comme Gephi, Maltego et NodeXL servent à examiner des réseaux et des relations. La recherche inversée d’images, notamment avec Google Lens ou TinEye, aide à retrouver des contextes antérieurs. InVID WeVerify permet d’examiner certains contenus vidéo. Enfin, des services comme WHOIS, Censys, BuzzSumo ou Social Blade peuvent apporter des informations sur des domaines, des infrastructures ou la diffusion de contenus. Les résultats doivent toujours être interprétés avec prudence.

Vérifier, protéger et présenter les résultats

Quand faut il commencer une enquête ? Avant toute collecte, le guide recommande de définir une question précise, un périmètre, des objectifs et les risques éventuels. L’enquêteur doit déterminer les périodes et plateformes concernées, puis organiser ses notes. Chaque élément utile devrait être accompagné, lorsque cela est possible, de son adresse, de sa date, de son contexte et d’une copie conservée. Cette organisation facilite les vérifications ultérieures. Elle permet également de retrouver les éléments qui soutiennent une conclusion et ceux qui la contredisent.

Comment vérifier les informations ? Une image virale, par exemple, peut être examinée par recherche inversée, comparaison de ses versions et étude des détails visibles. Il faut rechercher des sources indépendantes et reconstruire une chronologie. La première publication retrouvée n’est pas nécessairement l’originale. De même, les métadonnées peuvent manquer ou avoir été modifiées, et les détecteurs automatiques peuvent se tromper. Le nombre de vues ou de partages ne prouve pas qu’un contenu a changé les opinions. L’enquête doit donc préciser ce qui est confirmé, ce qui reste incertain et ce que les données ne permettent pas d’affirmer.

Enfin, où et comment présenter les conclusions ? Le document insiste sur l’éthique, l’exactitude, la responsabilité et la protection de la vie privée. Les informations personnelles ne doivent pas être diffusées sans nécessité. L’enquêteur doit expliquer sa méthode, citer ses sources et reconnaître ses limites. Les exemples évoqués dans le guide, notamment ceux concernant Imane Khelif, Annalena Baerbock, Maia Sandu et Olena Zelenska, illustrent l’importance d’examiner les contenus et leur circulation sans transformer des accusations en faits établis. Une enquête OSINT solide repose ainsi sur une question claire, des vérifications croisées et des conclusions proportionnées aux preuves disponibles.

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