L’Iran et Oman viennent de finaliser un accord sur une nouvelle route de navigation dans le Détroit d’Ormuz, fermé depuis cinq mois. Présenté comme une avancée diplomatique, ce texte ne cache pourtant pas sa fragilité : sa durée n’excède pas deux à quatre mois. Une limitation temporelle qui révèle l’incapacité des parties à résoudre les désaccords structurels. Pire, les précédents récents suggèrent un effondrement rapide, voire immédiat.
Pourquoi deux à quatre mois seulement ? Les vraies raisons
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, l’a confirmé : l’accord proposé est temporaire, limité à deux ou quatre mois maximum. Pourquoi une telle brièveté ? Parce que les trois acteurs principaux (Iran, Oman, États-Unis) n’ont trouvé aucun terrain d’entente sur les points de friction majeurs. Selon la BBC, l’Iran exige des frais de transit entre 5 % et 7 % du prix des cargaisons transitant par le détroit. Oman propose 3 %, tandis que Washington rejette catégoriquement tout prélèvement. Le mécanisme proposé prévoit que les navires entrent dans le Golfe persique via une route contrôlée par Téhéran et sortent via une route contrôlée par Mascate. Une solution cosmétique qui ne règle rien sur le fond.
L’approbation de Khamenei : une autorité affaiblie ?
L’accord attend l’approbation finale de l’Ayatollah Mojtaba Khamenei, Guide suprême iranien depuis février 2026. Or, Khamenei n’a pas été vu en public depuis les attaques du 28 février, au cours desquelles il a été blessé. Le président iranien Masoud Pezeshkian affirme maintenir le contact avec lui, mais l’absence prolongée du Guide soulève des interrogations sur sa capacité réelle à imposer une décision ferme. Une autorité fragilisée pourrait retarder l’approbation, voire provoquer des dissensions internes au régime. L’Associated Press rapporte que les négociateurs iraniens et omanis ont finalisé un projet d’accord, mais attendent toujours le feu vert de Khamenei.
Les précédents qui inquiètent : juin 2026
L’accord États-Unis-Iran s’est effondré en jours
En juin 2026, Washington et Téhéran avaient signé un Mémorandum d’accord (MoU) visant à arrêter les combats, rouvrir le Détroit d’Ormuz et conclure un traité de paix dans un délai de 60 jours. Cet accord s’est effondré en quelques jours seulement. Les négociations diplomatiques qui ont suivi ont échoué. Aucune des parties n’a cédé sur ses exigences fondamentales. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a déclaré : « Les facteurs rendant le Détroit d’Ormuz insécurisé existent toujours de la part des États-Unis, en particulier le blocus naval et autres actions agressives et menaçantes contre l’Iran et ses intérêts. » Une phrase qui résume l’impasse actuelle.
Leçons : les désaccords structurels restent non résolus
L’échec de juin 2026 illustre un constat brutal : tant que les États-Unis maintiennent leur blocus naval et refusent toute reconnaissance de la souveraineté iranienne sur le détroit, aucun accord ne tiendra. Basil Germond, professeur de sécurité internationale à l’Université de Lancaster, l’affirme dans The Independent : « Les États-Unis n’accepteront aucun arrangement post-guerre qui donnerait réellement à Téhéran plus de contrôle sur le transport maritime dans la région. » Le nouvel accord Iran-Oman reproduit exactement les mêmes failles structurelles.
Scénarios d’effondrement rapide
Les explosions du 5 août : signal d’une tension jamais éteinte
Le 5 août 2026, jour même de l’annonce de l’accord, un navire-citerne a signalé deux explosions en transit dans le Détroit d’Ormuz, à environ 10 miles au sud-est de Kumzar (Oman). CBS News rapporte l’incident, confirmé par les UK Maritime Trade Operations. Aucune revendication n’a été publiée, mais l’événement démontre que les forces hostiles restent actives dans la zone. Un simple incident de ce type pourrait suffire à relancer l’escalade militaire avant même l’entrée en vigueur de l’accord.
Frais de transit : le point de rupture probable
Le différend sur les frais de transit constitue le point de rupture le plus probable. Si l’Iran impose unilatéralement ses 5 % à 7 %, Washington pourrait réagir en renforçant son blocus ou en saisissant des navires iraniens. Si Téhéran accepte les 3 % proposés par Oman, les factions dures du régime pourraient dénoncer une capitulation. Dans les deux cas, l’accord n’a aucune marge de manœuvre. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a d’ailleurs tempéré les attentes : « Il y a eu des progrès dans ces négociations, mais pas de conclusion définitive. Nous espérons que cela se produira très bientôt. » Une formule prudente qui trahit le scepticisme de Washington.
L’accord Iran-Oman sur le Détroit d’Ormuz n’est pas une sortie de crise, mais un sursis fragile. Les désaccords structurels sur les frais de transit, le contrôle des routes et le rôle des États-Unis restent entiers. Les précédents récents (effondrement de l’accord de juin 2026 en quelques jours) et les incidents en cours (explosions du 5 août) indiquent une probabilité élevée d’échec rapide. Dans deux à quatre mois, le monde pourrait se retrouver exactement au même point qu’aujourd’hui, voire face à une escalade militaire renouvelée.








