Meta : 18 milliards versés, aucune compensation pour les victimes

Meta accepte de payer 18 milliards de dollars pour clore un procès historique sur les dommages causés aux enfants par ses plateformes. Pourtant, les adolescents victimes d’anxiété, de dépression et de troubles mentaux documentés ne recevront aucune compensation directe.

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Meta : 18 milliards versés, aucune compensation pour les victimes © www.nlto.fr

Meta a accepté de débourser 18 milliards de dollars pour mettre fin à un procès historique concernant les dommages causés aux enfants par Facebook et Instagram. Cependant, les adolescents ayant souffert d’anxiété, de dépression et de troubles mentaux avérés ne recevront rien. L’ensemble des fonds ira aux États, sans aucune garantie de réparation des préjudices individuels. C’est le paradoxe d’un accord record où les victimes passent à côté.

Qui profite réellement de l’accord à 18 milliards ?

Le procès, initié par 29 États américains, accusait Meta d’avoir sciemment créé des plateformes addictives et d’avoir caché les effets néfastes sur la santé mentale des mineurs. Arturo Bejar, ancien ingénieur d’Instagram, a révélé que les dirigeants étaient informés des contenus nuisibles sans prendre de mesures. Des milliers de jeunes utilisateurs et de districts scolaires demandaient réparation pour les dommages causés par des algorithmes visant à maximiser le temps d’écran au détriment de la santé mentale.

Malgré cela, aucune compensation individuelle n’est prévue. Les avocats des victimes ont confirmé que « des milliers de jeunes et de districts scolaires poursuivent encore Meta, TikTok, Snap et YouTube ». L’accord avec les États ne résout pas ces plaintes individuelles. Les enfants souffrant de troubles alimentaires, de pensées suicidaires ou de dépression sévère devront continuer à se battre en justice. Rob Bonta, procureur général de Californie, a salué les « transformations massives » des plateformes, sans mentionner de compensation pour les victimes.

Destinations des 12,7 milliards alloués aux États

Une part de 70 % des 18 milliards, soit 12,7 milliards, sera remise aux États participants sur dix ans pour financer des « initiatives de sécurité en ligne » et des « programmes de prévention ». Cependant, aucun mécanisme de suivi public n’est prévu. Les États peuvent utiliser ces fonds pour des campagnes de sensibilisation, des formations pour enseignants ou des études d’impact, sans obligation de résultat. Rien n’assure qu’un seul dollar ira directement aux familles touchées ou aux adolescents en traitement psychiatrique après des années d’addiction à Instagram.

Le Vermont, par exemple, recevra 92,7 millions de dollars. L’État promet des « restrictions pour adolescents » et des « mesures de protection », mais aucun fonds de compensation pour les victimes n’a été créé. Les 30 % restants (5,3 milliards) ne seront versés que si YouTube et TikTok adoptent des mesures similaires et paient des montants équivalents. Meta conditionne ainsi une partie de son paiement au comportement de ses concurrents, une clause inédite dans un règlement judiciaire.

Meta évite toute admission de culpabilité

Meta n’a reconnu aucun tort dans cet accord, qu’elle présente comme une transaction pour « aller de l’avant ». Arturo Bejar, ex-employé d’Instagram, a souligné que Meta doit être tenue responsable des résultats, pas des simples efforts. La BBC rappelle que Meta a déjà choisi de payer des amendes plutôt que de modifier ses produits. L’absence d’admission de culpabilité affaiblit le précédent juridique, car aucun juge n’a formellement établi que Meta a enfreint la loi, le procès s’étant arrêté après seulement cinq jours, avant la déposition de Mark Zuckerberg.

Meta se vante d’avoir introduit 60 outils de sécurité sur Instagram, mais aucun n’est activé par défaut. Les dirigeants ont été informés que les taux d’adoption sont faibles, mais n’ont pas imposé ces protections pour ne pas diminuer le temps d’écran. L’accord prévoit des limites de temps, des blocages nocturnes et des contrôles parentaux renforcés.

Les recours collectifs peuvent-ils changer la situation ?

Les avocats des victimes poursuivent leurs recours collectifs contre Meta, TikTok, Snap et YouTube. Ces actions, regroupées en « Multi-District Litigation » (MDL), visent des compensations directes pour les préjudices individuels. Si elles aboutissent, Meta pourrait devoir verser des milliards supplémentaires, cette fois directement aux familles. Le procès avec les États s’est arrêté avant d’établir une jurisprudence claire. Les recours privés pourraient contraindre les plateformes à admettre leur responsabilité devant un jury. USA Today note que « les plaignants sont prêts à poursuivre le combat ».

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